LE CRÉDIT FONCIER SUISSE.

Les Prussiens sont payés et partis. Notre crédit est intact. La Banque

de France a, dans ses caves, 700 millions de numéraire. Nos exportations

dépasseront, cette année, de plus de 300 millions les exportations de

l'année dernière. La rente 5 p. 100 reste fermement au-dessus de 92 fr.

N'est-ce pas là une situation rassurante?

Nous pouvons donc nous attendre à une énergique reprise des affaires, et

nous trouvons un signe incontestable de la vitalité financière qui reste

acquise à notre marché dans les émissions qui mettent déjà en ébullition

le monde de la finance et des affaires.

Au milieu des opérations qui occupent l'attention des capitalistes nous

devons signaler la transformation qui vient de s'accomplir dans la

Société du Crédit foncier suisse, et que nous croyons appelée à faire

fructifier l'important actif que possède encore la compagnie.

Une assemblée générale des actionnaires, tenue le 4 septembre à Genève,

vient d'approuver la réduction du capital social au chiffre de l'actif

réel de la compagnie, et si, à première vue, cette mesure semble

douloureuse au point de vue des pertes qu'elle est obligée de

reconnaître, on ne peut, en fin de compte, que l'approuver hautement au

point de vue de l'intérêt bien entendu des obligataires et des

actionnaires. On émonde le bois mort pour donner plus de sève aux

rameaux restés vivants. Il faut aussi, dans le monde des affaires, avoir

le courage de diminuer le champ de ses opérations, quand les pertes que

l'on a subies rendent cette réduction indispensable.

Les Anglais, avec leur esprit pratique, n'hésitent jamais à prendre ces

résolutions viriles et à constituer un nouveau capital, quand ils voient

la possibilité de tirer profit de leur affaire.

Or, l'actif du Crédit foncier suisse est encore de 19,700,000 francs,

chiffres ronds, et ce sont ces dix-neuf millions de propriétés,

d'immeubles, d'entreprises industrielles qu'il s'agit aujourd'hui de

mettre en valeur, avec un nouveau fonds de roulement.

Le capital à réaliser est d'ailleurs peu considérable. Avec 3,375,000

francs, la société pourra mettre en exploitation régulière tout son

avoir, et nous croyons fermement à la réalisation de ce capital, parce

que les intéressés, actionnaires et obligataires, seront les premiers à

souscrire les 45,000 bons de 100 francs qu'émet aujourd'hui la

compagnie. Les intéressés n'ont-ils pas, en effet, trois raisons

décisives qui doivent les porter à souscrire ces bons: La garantie

sérieuse qui est affectée à ces titres particuliers, l'intérêt

rémunérateur qu'ils rapportent et la nécessité de réaliser la somme

indispensable au salut de leur entreprise.

Léon Creil.

[Illustration: EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE.--Appareil pour la

fabrication des eaux gazeuses, exposé par M. Mondollot fils.]

L'Illustration, No. 1596, 27 Septembre 1873 · 第 29 / 33 题