RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-BENOÎT.

_Rue des Amandiers._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies,

et de l'autre à celle de la Montagne-Sainte-Geneviève; dès le

treizième siècle elle portoit ce nom, dont on n'a pu découvrir

l'étymologie. On disoit également rue des _Almandiers_, de

_l'Allemandier_ et des _Amandiers_.

_Rue des Anglois._ Elle traverse de la rue Galande dans celle des

Noyers, et étoit connue sous ce nom dès le treizième siècle. Sauval

insinue qu'il lui a été donné à cause du long séjour que les Anglois

ont fait à Paris[443]. Jaillot prouve qu'une telle opinion ne peut

être admise, parce que cette rue étoit ainsi nommée plus de deux

siècles avant le règne de Charles VI. Sans prétendre en donner la

véritable étymologie, il pense qu'il seroit plus vraisemblable de

l'attribuer aux Anglois que la célébrité de l'Université de Paris

engageoit à venir faire leurs études dans cette ville, et dont le

nombre étoit en effet si considérable, qu'ils formèrent une des quatre

_nations_ dont ce grand corps étoit composé.

[Note 443: T. I, p. 109.]

_Rue de l'Arbalète._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de

l'autre, à celle des Charbonniers. On lit dans les titres de

Saint-Geneviève qu'au quatorzième siècle elle s'appeloit _rue des

Sept-Voies_[444], et qu'au milieu du seizième on la nommoit _rue de la

Porte de l'Arbalète_, autrement _des Sept-Voies_. Il y avoit dans

cette rue une maison dite de l'Arbalète, qui faisoit le coin de la rue

des Sept-Voies, et c'est là qu'il faut chercher sans doute

l'étymologie de ces diverses dénominations.

[Note 444: Cens. de 1380.]

_Rue du Cimetière-Saint-Benoît._ Elle aboutit d'un côté à la rue

Saint-Jacques, de l'autre à la rue Fromentel, et doit son nom au

cimetière Saint-Benoît, auquel elle conduisoit en 1615. On agrandit ce

cimetière en même temps qu'on en supprima un autre qui occupoit une

partie de la place Cambrai. Quelques nomenclateurs donnent à cette rue

la dénomination de _rue Breneuse_; un autre dit qu'elle s'appeloit _de

l'Oseroie_ en 1300. Guillot en indique effectivement une sous ce nom,

et l'abbé Lebeuf pense aussi qu'elle est représentée par

celle-ci[445]. Jaillot produit plusieurs titres qui lui font croire

qu'anciennement cette rue n'étoit point distinguée de celle de

Fromentel, dont elle fait la continuation; et celle-ci se prolongeoit

alors sous le même nom jusqu'à la rue Saint-Jacques. Quant à la rue de

l'_Oseroie_, il conjecture que ce pouvoit être une ruelle comprise

dans l'église Saint-Benoît, et sur l'emplacement de laquelle ont été

construites les chapelles de la nef[446].

[Note 445: T. II, p. 569.]

[Note 446: Chronol. hist. des cur. de S. Ben., p. 26 et 27.]

_Rue de Biron._ Cette rue, qui donne d'un côté rue du

Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle de la Santé, étoit

encore sans nom en 1772. Elle a pris depuis celui qu'elle porte

aujourd'hui.

_Rue des Bourguignons._ Cette rue, qui donne d'un bout dans la rue du

Faubourg-Saint-Jacques, et de l'autre dans celle de Lourcine, étoit

anciennement nommée _rue de Bourgogne_. Sur plusieurs plans on ne la

fait commencer qu'au coin de la rue de la Santé, ou, pour mieux dire,

au bout du carrefour où étoit autrefois placée la _croix de la sainte

Hostie_[447]; et toute la partie antérieure jusqu'à la rue

Saint-Jacques y est nommée _rue des Capucins_. C'étoit par cette rue

ou chemin, et le long des murs du Val-de-Grâce, que devoit passer le

boulevard ou cours planté d'arbres dont on avoit résolu en 1704,

d'environner la ville, et qui depuis a été tracé et exécuté à une

assez grande distance de ce premier emplacement[448].

[Note 447: Cette croix fut érigée en 1668, en réparation

d'un sacrilége commis dans l'église Saint-Martin, cloître

Saint-Marcel. Au mois de juillet, trois voleurs s'étant

introduits dans cette église rompirent le tabernacle,

emportèrent le saint ciboire, et dispersèrent les hosties.

Ils furent arrêtés, et déclarèrent qu'ils avoient enveloppé

une de ces hosties dans un linge, et l'avoient jetée près

des murs du Val-de-Grâce. Elle y fut heureusement trouvée,

et levée avec les cérémonies requises, à la suite desquelles

M. l'archevêque ordonna une procession solennelle et

expiatoire, où il assista nu-pieds et l'étole derrière le

dos. On éleva ensuite la croix dont nous parlons, et tous

les ans le clergé de la paroisse s'y rendoit

processionnellement.]

[Note 448: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé

d'_Hautefort_. C'est l'ouverture d'une rue projetée en 1724

et non continuée, laquelle devoit traverser de celle des

Bourguignons dans la rue des Lyonnois.]

_Rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie._ Ces deux rues

parallèles se réunissoient l'une à l'autre, et avoient leur entrée par

la rue Saint-Jacques; c'étoit, à proprement parler, une rue qui

tournoit autour de plusieurs maisons. Sauval dit qu'anciennement elle

se nommoit _rue du Puits_[449]; et Jaillot la trouve, au commencement

du quinzième siècle, sous le nom de _rue aux Bretons_; mais, dès le

seizième, elle est désignée sous la double dénomination qui lui est

restée. Ces deux rues avoient été ouvertes sur un fief qui appartenoit

aux religieuses de Long-Champs; et l'on trouve qu'en 1661 le roi

permit aux filles de la congrégation de Charonne, dont il vouloit

favoriser l'établissement, de former un marché dans cet endroit[450].

[Note 449: T. I, p. 121.]

[Note 450: Ces rues ont été depuis supprimées, pour

faciliter l'entrée de la place Sainte-Geneviève.]

_Rue de la Bûcherie._ Elle commence à la rue du Petit-Pont, et finit à

celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Sauval dit qu'elle devoit son nom à

un port aux bûches qu'il y avoit auprès en 1415[451]. Jaillot prouve

que ce port existoit en cet endroit bien des siècles avant cette

époque; et, sans nier que le nom de cette rue en tire son étymologie,

il pense qu'elle pourroit bien aussi avoir reçu cette dénomination de

quelques boucheries établies anciennement en ce lieu. Au reste ces

deux étymologies sont également constatées par des titres de

Sainte-Geneviève du treizième siècle, dans lesquels on lit: _Vicus de

Boucharia et Buscharia_, etc. Cette rue avoit été ouverte au bas d'un

clos fort étendu qu'on appeloit le clos Mauvoisin, dont nous aurons

bientôt occasion de parler; et, dès le sixième siècle, elle étoit

couverte de maisons jusqu'à la rue du Fouare seulement. En 1202 le

clos Mauvoisin ayant été donné à cens, sous la condition d'y bâtir, la

rue fut successivement continuée jusqu'à son extrémité, opération qui

cependant n'étoit pas encore terminée à la fin du siècle suivant[452].

[Note 451: T. I, p. 121.]

[Note 452: Plusieurs titres de l'archevêché font mention

d'une ruelle qui donnoit dans cette rue, et qu'on nommoit,

en 1490, _ruelle du Lion-Pugnais_, et en 1508, du

_Trou-Punais_. Ce dernier nom étoit commun aux fossés ou

cloaques où se perdoient les eaux et les immondices, qui de

là étoient portées à la rivière. Jaillot pense que cette

ruelle est la descente vis-à-vis la rue des Rats, qu'on

appeloit _les Petits-Degrés_.]

_Place Cambrai._ Elle fut ouverte, au commencement du dix-septième

siècle, sur une partie de la rue Saint-Jean-de-Latran, qui s'étendoit

jusqu'à la rue Saint-Jacques, et sur un terrain qui servoit

anciennement de cimetière. On le nommoit _le Grand Cimetière_, _le

Cimetière de Cambrai_, _le Cimetière de l'Acacias_; _le Cimetière du

Corps-de-garde_. Ces différents noms venoient de la _terre de

Cambrai_, ainsi appelée parce que la maison de l'évêque de Cambrai,

convertie depuis en collége, y étoit située; d'un acacia qu'on y avoit

planté, et d'un corps-de-garde voisin.

_Rue des Capucins_[453]. Ce n'étoit, au siècle dernier, qu'un chemin

qui conduisait de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à celle de la

Santé. On la nommoit ainsi parce qu'elle régnoit le long de l'enclos

des Capucins.

[Note 453: Cette rue est maintenant nommée _rue Méchin_,

dans une de ses parties. Celle qui va du faubourg

Saint-Jacques au Champ-des-Capucins a conservé son ancien

nom.]

_Rue des Carmes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, et de

l'autre à celle du mont Saint-Hilaire. Comme elle a été ouverte, ainsi

que celle de Saint-Jean-de-Beauvais, sur le clos Bruneau, on lui en a

souvent donné le nom. Elle portoit aussi celui de _Saint-Hilaire_,

parce qu'elle aboutissoit à cette église, et c'est ainsi qu'elle est

dénommée dans des actes de 1317 et 1372. Son dernier nom lui vient du

couvent des Carmes qui y étoit situé.

_Rue du Carneau._ C'est une ruelle qui descend de la rue de la

Bûcherie à la rivière, et que presque tous nos plans ont figurée sans

lui donner aucun nom. Jaillot prétend cependant que, dès le treizième

siècle, elle étoit connue sous celui de _la Poissonnerie_, puis de _la

Place au Poisson_ dans le dix-septième; plus anciennement elle

s'appeloit _rue des Porées_. C'est ainsi qu'elle est indiquée dans le

rôle des taxes de 1313, et dans un compte de 1398, rapporté par

Sauval[454].

[Note 454: T. III, p. 263.]

_Rue des Charbonniers._ Elle fait la continuation de la rue de

l'Arbalète, et aboutit à celle des Bourguignons. Son nom lui vient

d'un lieu voisin dit _les Charbonniers_, dont il est question

plusieurs fois dans le terrier du roi de 1540.

_Rue Chartière._ Elle aboutissoit d'un côté à la rue du Puits-Certain,

de l'autre à celle de Reims. Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit _de

la Charretière_[455]. Guillot écrit _de la Chareterie_, et l'on trouve

dans d'autres titres _de la Charrière_[456], _de la Chartrière_ et

_des Charettes_.

[Note 455: T. I, p. 124.]

[Note 456: Hist. de Par., t. III, p. 392.]

_Rue du Cheval-Vert_[457]. Elle traverse de la rue des Postes à celle

de la Vieille-Estrapade. Si l'on en excepte un seul plan, celui de

Nolin, publié en 1699, où elle est appelée _rue du Chevalier_, on

trouve le premier nom dans tous les actes, et notamment dans les

censiers de Sainte-Geneviève, qui en font mention dès 1603. Elle fut

fermée en 1646, sans qu'on en sache les raisons, et rouverte depuis,

sans que l'époque de cette ouverture soit désignée. Son nom lui vient

probablement de quelque enseigne.

[Note 457: On la nomme maintenant _rue des Irlandois_.]

_Rue des Chiens._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, et

de l'autre à celle des Cholets. Sauval[458] et ses copistes prétendent

que le bas peuple avoit changé les deux dernières lettres du nom de

cette rue, parce qu'elle étoit solitaire et malpropre. Jaillot pense

au contraire que cette dénomination ordurière étoit la plus ancienne,

et fut changée en celle _des Chiens_, qu'elle portoit déjà avant le

milieu du dix-septième siècle. Guillot indique dans sa nomenclature

une _rue du Moine_, que l'abbé Lebeuf croit être celle-ci; Jaillot,

qui en doute, entame à ce sujet une longue discussion, qui n'éclaircit

nullement cette question si peu importante[459].

[Note 458: T. I, p. 125.]

[Note 459: On la nomme aujourd'hui rue _Jean-Hubert_.]

_Rue des Cholets._ Cette rue donne d'un côté dans la rue

Saint-Étienne-des-Grés, de l'autre dans celle de Reims, et doit son

nom au collége qu'on y a bâti. Auparavant on la nommoit

_Saint-Symphorien_ et _Saint-Symphorien-des-Vignes_. Cette dernière

dénomination venoit de ce que le carré que forme cette rue avec celle

de Reims, des Sept-Voies et de Saint-Étienne-des-Grés, étoit un clos

planté de vignes. On la trouve aussi indiquée sous les noms de _petite

rue Sainte-Barbe_ et de _rue des Vignes_.

_Rue d'Écosse._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Mont-Saint-Hilaire,

et de l'autre à celle du Four. Guillot n'en fait point mention,

quoiqu'elle existât déjà de son temps. En 1313 on la nommoit _rue au

Chauderon_, de l'enseigne d'une maison qui subsistoit encore en 1636;

mais, dès le seizième siècle, on l'appeloit rue d'Écosse. Robert dit

qu'elle a porté le nom de _rue des Trois-Crémaillères_.

_Rue Saint-Étienne-des-Grés._ Elle donne d'un bout dans la rue

Saint-Jacques, de l'autre sur la Place-Sainte-Geneviève. Dès 1230,

elle est désignée sous ce nom dont nous avons fait connoître

l'étymologie en parlant de l'église qui le lui a donné.

_Rue de la Vieille-Estrapade._ Elle est située entre la

Place-de-Fourci et celle de l'Estrapade; et cette dernière place qui

lui a donné ce nom, l'avoit reçu parce que, pendant long-temps, on y

avoit fait subir aux soldats le supplice de l'estrapade, dont

l'appareil fut depuis transporté au marché aux chevaux. Avant cette

époque, cette rue se nommoit _rue des Fossés-Saint-Marceau_, ayant été

ouverte sur les fossés de la ville.

_Rue du Fouare._ Elle aboutit d'un côté à la rue Galande, de l'autre à

celle de la Bûcherie. Ce nom est une altération de celui de _feurre_,

c'est-à-dire de paille, dans notre ancien langage; aussi, dans tous

les vieux titres, cette rue est-elle appelée _vicus Straminis_, _vicus

Straminum_, _via Straminea_. On voit dans un cartulaire de

Sainte-Geneviève[460] qu'en 1202 Matthieu de Montmorenci, seigneur de

Marli, et Mathilde de Garlande sa femme, donnèrent leur vigne appelée

le clos Mauvoisin (c'est le même que celui de Garlande), à cens, à

plusieurs particuliers, à la charge d'y bâtir. Ainsi se formèrent les

rues Galande, du Fouare et autres qui se trouvent entre la rue de la

Bûcherie et la Place-Maubert. Nous avons déjà dit comment, sous

Philippe-Auguste, il s'établit de nouvelles écoles dans celle dont

nous parlons. Elle reçut le nom qu'elle porte encore aujourd'hui,

parce que les écoliers, suivant l'usage qui s'observoit alors,

étoient, par respect pour leurs maîtres, assis par terre sur de la

paille, dont on jonchoit les écoles.

[Note 460: Fol. 190.]

Les anciens titres prouvent que la rue du Fouare étoit fermée à ses

deux extrémités; et l'on croit que c'étoit pour empêcher le passage

des voitures, dont le bruit auroit pu incommoder et distraire les

étudiants.

_Rue du Four._ Elle donne d'un côté dans la rue des Sept-Voies, de

l'autre dans celle d'Écosse, dont elle n'est pas même distinguée sur

les anciens plans. Cependant le cartulaire de Sainte-Geneviève de 1248

en fait mention sous le nom de _Vicus_ et de _ruella Furni_; Guillot

la nomme _du Petit-Four, qu'on appelle le Petit-Four-Saint-Ylaire_. On

lui avoit donné ce nom parce que le four banal, qui appartenoit à

l'église Saint-Hilaire, y étoit situé.

_Rue et place de Fourci._ Elles sont situées entre la rue de la

Vieille-Estrapade et celle des Fossés-Saint-Victor. Sur la plupart

de nos plans cette rue n'est pas distinguée de celle des

Fossés-Saint-Marceau ou Vieille-Estrapade. Elle doit son nom à M.

Henri de Fourci, président aux enquêtes et prévôt des marchands,

qui, en exécution d'un arrêt du conseil du 17 avril 1685, fit

combler les fossés et aplanir le terrain, beaucoup plus escarpé

alors qu'il ne l'est aujourd'hui.

_Rue Fromentel._ Elle aboutit d'un côté à la rue du

Mont-Saint-Hilaire, vis-à-vis le Puits-Certain, et de l'autre à celle

du Cimetière-Saint-Benoît. Ce nom est une abréviation de celui de

_Froid-Mantel_, ainsi qu'il est indiqué dans le cartulaire de

Sainte-Geneviève de 1243: _vicus qui dicitur Frigidum-Mantellum_. On

trouve dans celui de Sorbonne, en 1250, _vicus Frigidi-Mantelli_;

_Fretmantel_, aliàs _Brunel_ en 1313. Dans tous les actes des siècles

suivants on lit _Fresmantel_, _Froit-Mantel_ et _Fromentel_[461].

[Note 461: Au coin de cette rue est une maison dont quelques

historiens ont parlé, à cause de la statue de Henri IV qu'on

y voyoit encore à la fin du siècle dernier. L'abbé Lebeuf

dit (t. I, p. 208) que «la tradition est que Gabrielle

d'Estrées, duchesse de Beaufort, y a logé, et y a reçu

quelquefois ce prince.» Il adopte cette tradition, et

critique Piganiol, qui place l'hôtel de cette duchesse dans

la rue Fromenteau, près le Louvre. Jaillot croit devoir le

combattre, parce qu'il ne trouve rien qui puisse autoriser

une semblable opinion. «Il est plus vraisemblable, dit-il,

que l'hôtel de la duchesse de Beaufort étoit dans la rue

Fromenteau, près le Louvre, que dans la rue Fromentel, près

Saint-Hilaire, cette dernière maison n'annonçant rien, par

sa structure ni par son étendue, qui puisse faire présumer

qu'elle ait été occupée par Gabrielle d'Estrées; d'ailleurs

je n'ai trouvé aucun titre où la rue Fromentel soit appelée

Fromenteau, quoique celle-ci ait porté le nom de la

première.»]

_Rue Galande._ Elle commence au carrefour Saint-Séverin, et aboutit à

la place Maubert. Ce nom est visiblement une altération de celui de

Garlande, que portoit une famille très-connue au onzième siècle. Le

clos Mauvoisin, comme nous l'avons dit plus haut, faisoit partie de la

seigneurie de Garlande; le cartulaire de Sainte-Geneviève renfermoit

une transaction de l'an 1225, qui nous apprenoit que c'est sur le

terrain de ce clos qu'au commencement du treizième siècle furent

percées les rues Galande, des Trois-Portes, des Rats et du Fouare, en

vertu d'un accensement fait en 1202 par Matthieu de Montmorenci et

Mathilde de Garlande sa femme[462]. Ce clos appartenoit dans le

principe à l'abbaye Sainte-Geneviève, qui[463] l'avoit donné en fief à

ce seigneur, à la charge que ceux qui y bâtiroient seroient de la

paroisse du Mont. Nous avons déjà remarqué qu'en 1118 Étienne de

Garlande avoit donné une partie des vignes de ce clos pour la

dotation de la chapelle Saint-Agnan[464]: il faut ajouter qu'en 1134

Louis-le-Gros approuva cette donation, sous la réserve de 18 den. de

cens[465], d'où il faut conclure que ce clos étoit en partie dans la

_directe_ du roi et en partie dans celle de Sainte-Geneviève.

[Note 462: Gall. christ., t. VII, inst. col. 225.]

[Note 463: Pigan., t. VI, p. 108.]

[Note 464: _Voy._ t. I, prem. part., p. 280.]

[Note 465: Past. A, fol. 583; B, 873; D, 206 et 306.]

_Carré Sainte-Geneviève._ On appelle ainsi la place qui étoit devant

les églises de Sainte-Geneviève et de-Saint-Étienne-du-Mont. Elle

avoit été formée d'une partie de l'ancien cloître, qui fut donnée à

cens en 1355 pour y bâtir les maisons qu'on y voit aujourd'hui. Ce

cloître étoit fermé par des portes au bout des rues des Sept-Voies,

des Amandiers et des Prêtres.

_Place Sainte-Geneviève._ La construction de la nouvelle église

Sainte-Geneviève a donné naissance à cette nouvelle place, formée de

la destruction des rues de la Grande et de la Petite-Bretonnerie, et

de la démolition de plusieurs édifices.

_Rue Neuve-Sainte-Geneviève._ Elle aboutit d'un côté à la place de

Fourci, de l'autre à la rue des Postes. Elle doit ce nom au clos de

Sainte-Geneviève, sur lequel elle a été ouverte[466].

[Note 466: Il y avoit autrefois trois ruelles dans cette

rue: la première n'est désignée par aucun nom, à moins que

ce ne soit celle qu'on trouve dans les titres sous celui de

_ruelle Chartière_. Les deux autres se nommoient, l'une,

_rue Sainte-Apolline_, l'autre, _ruelle de la Sphère_. C'est

sur cette dernière et sur la partie d'un jeu de paume qui

portoit le même nom, que fut bâtie la maison des Filles de

Sainte-Aure.]

_Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève._ Nous avons déjà parlé de cette

rue au quartier de la place Maubert. La petite partie qui dépend de

celui-ci étoit comprise dans le cloître Sainte-Geneviève, qui, de ce

côté, commençoit au bout de la rue des Amandiers. Dans ce petit espace

se trouvoit une ruelle sans bout, ou cul-de-sac, dont il restoit

encore des vestiges dans le siècle dernier[467].

[Note 467: Cens. de S. Genev. de 1540.]

_Cul-de-sac Gloriette._ Il dépendoit de ce quartier, quoiqu'il fût

situé à l'extrémité de la rue de la Huchette, comprise dans le

quartier Saint-André-des-Arcs. Ce cul-de-sac doit son nom au fief

Gloriette, sur lequel il avoit été percé, et qui l'avoit communiqué

également à la boucherie établie en cet endroit au quinzième siècle.

Sa situation sur le bord de la rivière, qui le rendoit propre à

l'écoulement du sang des animaux, lui fit donner le nom de

_Trou-Punets_ ou _Punais_, qu'il porte dans plusieurs actes de ce

temps-là. Le lieu qu'y occupoit la boucherie, laquelle existoit encore

dans le siècle dernier, étoit une maison qui servoit auparavant de

bureau pour recevoir le péage du Petit-Pont. En 1382 on en prit une

partie pour faire une nouvelle tour au Petit-Châtelet[468].

[Note 468: À côté de ce cul-de-sac étoit une ruelle

_descendante de la boucherie de Gloriette-en-Seine_, telle

est sa seule désignation dans un acte de 1492. Le terrier du

roi de 1540 l'appelle _ruelle des Étuves_.]

_Rue du Mont-Saint-Hilaire_ ou _du Puits-Certain_. Cette rue donne

d'un côté dans les rues Saint-Jean-de-Beauvais et Chartière, de

l'autre dans celles des Carmes et des Sept-Voies. Elle n'étoit d'abord

désignée le plus souvent que sous le nom général de _clos Bruneau_:

c'étoit celui du territoire sur lequel elle est située; mais dès le

treizième siècle on lui donnoit déjà le nom qu'elle porte aujourd'hui.

On l'appelle aussi vulgairement _rue du Puits-Certain_, à cause du

puits public situé à l'entrée de cette rue, lequel fut construit par

les soins et aux dépens de Robert Certain, curé de Saint-Hilaire. Du

reste cette rue doit son dernier nom à l'église paroissiale qu'on y

avoit élevée[469].

[Note 469: Dans cette rue est un cul-de-sac appelé

_Bouvard_: c'étoit, dans l'origine, un chemin qui descendoit

de la Montagne dans la rue des Noyers, et qui coupoit le

clos Bruneau en deux parties. Quoi qu'en dise l'abbé Lebeuf

(t. I, p. 206), il paroît que cette ruelle n'existoit pas

dans le treizième siècle, Guillot et le rôle des taxes de ce

temps-là n'en parlent pas. Dans les siècles suivants on la

trouve désignée d'abord sous le nom de _Longue-Allée_,

ensuite sous ceux de _Josselin_, _Jousselin_, _Jusseline_,

_Saint-Hilaire_. Jaillot pense que son dernier nom de

_Bouvard_, ainsi, que celui de la _cour des Boeufs_, qui

n'en est pas très-éloigné, est dû aux bouchers de la

Montagne, qui mettoient leurs boeufs dans ces deux endroits.

(Ce cul-de-sac est aujourd'hui fermé.)]

_Rue Jacinthe._ Elle traverse de la rue Galande dans celle des

Trois-Portes. Elle a même été long-temps confondue avec cette dernière

sur les plans et dans les censiers de Sainte-Geneviève. On l'a aussi

appelée _ruelle Augustin_.

_Rue Saint-Jacques._ Elle commence au coin des rues Saint-Séverin et

Galande, et finit à l'ancienne porte, au coin des rues Saint-Hyacinthe

et des Fossés-Saint-Jacques. Au douzième siècle cette rue n'avoit

point de nom particulier: on l'appeloit simplement _vicus Magnus_,

_Major vicus_, _major vicus parvi Pontis_. Dans le siècle suivant, une

chapelle de Saint-Jacques lui fit prendre le nom de cet apôtre, et le

donna également aux religieux qui s'y établirent. Elle reçut aussi

dans ses diverses parties les noms des églises qui en étoient les plus

voisines. On trouve en 1263[470]: _Magnus vicus Sancti Jacobi

Prædicatorum_; en 1250, 1258 et 1268, _Magnus vicus Sancti Stephani

de Gressibus_; en 1273, _magnus vicus prope Sanctum Benedictum le

Bestournet_; en 1298, _Magnus vicus ad caput ecclesiæ Sancti

Severini_; _grant rue_, _grant rue outre le Petit-Pont_, _grant rue

vers Saint-Mathelin_, _grant rue Saint-Benoît_, etc.; enfin _grand rue

Saint-Jacques_.

[Note 470: Cartul. Sorb., fol. 28.]

_Rue du Faubourg-Saint-Jacques._ Elle fait la continuation de

la rue Saint-Jacques depuis les rues Saint-Hyacinthe et

des Fossés-Saint-Jacques jusqu'à la barrière et au nouveau

boulevard[471].

[Note 471: Cette rue étoit anciennement traversée par

plusieurs rues, et contenoit quelques culs-de-sacs, qui,

même avant la révolution, ne subsistoient plus qu'en partie.

1º. La _rue de Paradis_. Elle étoit située à côté du passage

qui conduisoit aux Ursulines. Son premier nom étoit _rue

Notre-Dame-des-Champs_[471-A]; on la nomma ensuite _ruelle

Jean-le-Riche_ et _Neuve-Jean-Richer_[471-B], _des

Poteries_, _de Saint-Séverin_. Le nom de Paradis vient d'une

enseigne. (Cette rue, élargie maintenant par la démolition

du couvent qui en étoit voisin, est appelée rue des

Ursulines.)

2º. Les culs-de-sac des Ursulines et des Feuillantines:

c'étoient deux passages qui conduisoient aux monastères de

ces religieuses. Le premier est entré dans la nouvelle rue

des Ursulines, l'autre est détruit sans qu'il en reste

aucune trace.

3º. La _rue des Marionnettes_. Elle étoit ouverte en face du

passage des Carmélites, et aboutissoit à la rue de

l'Arbalète. On la trouve dans les censiers de

Sainte-Geneviève sous les noms du _Mariollet_ et du

_Marjollet_. Jaillot pense que ce nom lui vient d'un

marmouzet placé sur la porte d'une grande maison qui servoit

de boucherie. Ce marmouzet étoit appelé la Tête-Noire. Les

jardins de cette maison, composés de cinq arpents, entrèrent

dans le territoire des Feuillantines; la rue fut fermée, et

la partie qui donnoit dans celle de l'Arbalète fut accordée

par la ville aux filles de la Providence. (Il ne reste plus

de vestiges de cette rue.)

4º. Le cul-de-sac ou passage des Carmélites, qui se

prolongeoit ci-devant jusque dans la rue d'Enfer.

5º. La _rue des Samsonnets_. Cette rue, partant du coin des

murs du Val-de-Grâce, alloit aboutir dans la rue des

Bourguignons, au champ des Capucins. On la trouve sous les

noms de _rue du Samsonnet-à-la-Croix_ et _du

Puits-de-l'Orme_. En 1636 elle s'appeloit _rue de l'Égout_,

parce qu'elle servoit en effet à cet usage. Vers cette

époque, les protestants avoient dans cette rue un prêche,

qu'on appeloit vulgairement _Temple de Jérusalem_[471-C].

Elle étoit fermée depuis long-temps, et est aujourd'hui

entièrement détruite.

6º. Enfin la _ruelle Saint-Jacques-du-Haut-Pas_, qui

traversoit de la rue du Faubourg dans celle d'Enfer: ce

passage se fermoit la nuit par deux portes grillées.]

[Note 471-A: Sauval, t. I, p. 255.]

[Note 471-B: Cens. de S. Genev.]

[Note 471-C: Reg. de la ville, fol. 238.]

_Rue des Fossés-Saint-Jacques._ Cette rue, qui commence à l'endroit

où étoit l'ancienne porte qui sépare la ville des faubourgs, aboutit à

l'Estrapade. Son nom vient des fossés sur lesquels elle a été bâtie.

_Rue Jean-de-Beauvais._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, de

l'autre à celles de Saint-Jean-de-Latran et du Mont-Saint-Hilaire.

Sans nous arrêter à relever l'erreur de Sauval[472], qui la confond

avec la rue de Beauvais située près du Louvre, nous dirons qu'elle

prit d'abord le nom d'un ancien clos de vignes appelé dans les titres

_clausum Brunelli_, _clos Burniau_, _Brunel_ et _Bruneau_, au travers

duquel elle fut percée, et qu'elle le portoit encore au milieu du

quinzième siècle; celui de Beauvais n'est pas si ancien, et a excité

de longues discussions parmi les antiquaires. Les uns veulent qu'il

vienne de la chapelle de Beauvais, dédiée sous l'invocation de saint

Jean-Baptiste; l'autre d'un libraire nommé Jean de Beauvais, dont la

maison étoit située au coin de cette rue. Cette question est si peu

importante, que nous ne voulons ni exposer les raisons alléguées pour

et contre, ni faire un choix dans ces deux opinions[473].

[Note 472: T. I, p. 125.]

[Note 473: Il y avoit autrefois dans cette rue un passage

qu'on nommoit _petite ruelle de Saint-Jean-de-Latran_, et

qui conduisoit à l'enclos de la maison du même nom.]

_Rue Saint-Jean-de-Latran._ Elle aboutissoit d'un côté au haut de la

rue Saint-Jean-de-Beauvais, de l'autre à la place Cambrai. On

l'appeloit anciennement _rue de l'Hôpital_, à cause des

_Hospitaliers_ qui s'y établirent au douzième siècle. C'est par la

même raison qu'au quatorzième elle étoit désignée sous les noms de

_rue Saint-Jean-de-l'Hôpital_, _Saint-Jean-de-Jérusalem_ et enfin

_Saint-Jean-de-Latran_.

_Rue Judas._ Elle traverse de la rue des Carmes à celle de la

Montagne-Sainte-Geneviève. Ce nom est ancien; les cartulaires de

Sainte-Geneviève de 1243 et 1248 indiquent déjà cette rue, _vicus

Jude_. On peut présumer qu'il y demeuroit des Juifs au douzième

siècle.

_Rue-Saint-Julien-le-Pauvre._ Elle aboutit d'un côté à la rue Galande,

de l'autre à celle de la Bûcherie. Ce seroit une des plus anciennes de

Paris, si, dès l'origine, on avoit donné ce nom au chemin qui

conduisoit à l'église Saint-Julien; mais il n'y avoit, dans ces temps

reculés, que quelques maisons éparses de ce côté, qui depuis, s'étant

multipliées et rapprochées, ont enfin formé la rue dont nous parlons.

_Rue des Lavandières._ Cette rue donne d'un côté dans la rue des

Noyers, et aboutit de l'autre à la place Maubert. Elle devoit son nom

aux lavandières que la proximité de la rivière avoit engagées à se

placer dans ce quartier. Les titres en font mention, dans le treizième

siècle, sous les noms de _vicus et ruella Lotricum_[474]. Guillot et

le rôle des taxes de 1313 l'appellent _rue à Lavandières_ et _aux

Lavandières_. Ce nom n'a pas varié.

[Note 474: Cart. de S. Genev. de 1243; Cart. Sorbon. de

1259.]

_Rue des Lionnois._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Charbonniers,

et de l'autre à celle de Lourcine. Cette rue fut percée au

commencement du dix-septième siècle.

_Rue Maillet_[475]. Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté

dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle d'Enfer.

[Note 475: Elle se nomme maintenant _rue Cassini_.]

_Rue des Noyers._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de

l'autre à la place Maubert. Le nom qu'elle porte lui fut donné à cause

de quelques noyers plantés au bas du clos Bruneau, dans l'endroit où

elle est située. Sauval[476] prétend qu'elle a porté le nom de

Saint-Yves, et n'en donne aucune preuve: on la trouve, au contraire,

dans tous les titres sous sa première dénomination, qu'elle paroît

avoir toujours conservée. Elle est appelée successivement, dès le

treizième siècle, _vicus de Nuceriis_ et _Nucum_; _vicus Nucium_;

_vicus de Nucibus_[477].

[Note 476: T. I, p. 153.]

[Note 477: Cart. de S. Genev. de 1243.]

_Rue de l'Observatoire_[478]. Elle règne le long de l'enceinte dans

laquelle on a construit le monument auquel elle doit sa dénomination.

Ce n'étoit encore, au siècle dernier, qu'un chemin sans nom: ce n'est

que depuis peu d'années qu'on a enfin inscrit à ses extrémités celui

qu'elle porte aujourd'hui.

[Note 478: Cette rue est maintenant fermée d'un côté. La

partie qui donne dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques forme

un cul-de-sac nommé de _Longue Avoine_.

À côté de ce cul-de-sac on a percé une rue nouvelle qui

aboutit au boulevard. Elle se nomme _rue Le Clerc_.]

_Rue du Plâtre._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de

l'autre à celle des Anglois, et doit son nom à une plâtrière qu'on y

avoit ouverte dès le treizième siècle. Il n'a varié jusqu'à présent

que dans la manière de l'écrire, et non dans sa signification. En 1247

et 1254 on trouve _vicus Plastrariorium... Domus Radulphi Plastrarii_;

_vicus Plastrariorium_ et _Plasteriorum_ en 1250; _rue de la

Platrière_, en 1300; _à Plastriers_ et _des Plastriers_ au même

siècle; enfin _rue du Plastre_ au quinzième et depuis[479].

[Note 479: Cart. Sorb., fol. 64 et 123.--Pastor. A, p.

709.--Nécrol. de N. D., 16 juin.]

_Rue du Petit-Pont._ Elle commence au Petit-Châtelet, et finit au bout

des rues Galande et Saint-Séverin. Quoiqu'elle portât très-anciennement

ce nom, et que, dans tous les actes des douzième et treizième siècles

qui la concernent, on lise _vicus Parvi Pontis_, Jaillot cependant la

trouve désignée, en 1230, sous celui de _rue Neuve_, _vicus Novus_[480].

[Note 480: Arch. de S. Germ.-des-Prés.]

_Rue des Trois-Portes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Rats, de

l'autre à celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Elle portoit ce nom dès

le treizième siècle; on lui donna depuis celui d'_Augustin_, et le

censier de Sainte-Geneviève l'indique ainsi: _Ruelle Augustin, dite

des Trois-Portes_. L'abbé Lebeuf a donné de ce dernier nom une

étymologie qui ne semble pas juste; Jaillot qui la combat, prouve que

la véritable origine de cette dénomination vient de ce qu'il n'y avoit

que trois maisons dans cette rue, et par conséquent trois portes. Les

autorités qu'il cite à ce sujet paraissent sans réplique[481].

[Note 481: Quart. S. Ben., p. 197.]

_Rue des Postes._ Elle commence à l'Estrapade, et finit à la rue de

l'Arbalète. Son premier nom étoit _rue des Poteries_; et l'étymologie

de ce nom, qui a fort exercé les antiquaires, nous semble avoir été

heureusement expliquée par Jaillot[482]. «Dans tous les titres de

Sainte-Geneviève, dit-il, l'endroit où cette rue est située est nommé

_le clos des Poteries_, _le clos-des-Métairies_. Il étoit planté en

vignes qui _avoient été baillées, à la charge de payer_ le tiers-pot

_en vendange de redevance seigneuriale_.» Voilà donc la véritable

origine du nom de clos des Poteries. On le lui donnoit encore, quoique

les vignes eussent été arrachées, et qu'on y eût bâti des maisons. Les

terres labourées qu'on substitua aux vignes lui firent donner celui de

_clos des Métairies_. Quant à la rue, dès le seizième siècle son nom

primitif étoit altéré, car, dans le terrier du roi de 1540, elle est

appelée _rue des Poteries_, et maintenant _des Postes_[483].

[Note 482: Quart. S. Ben., p. 198.]

[Note 483: Il y avoit autrefois dans cette rue deux ruelles

qui y aboutissoient, et qui ne subsistent plus. On les

appeloit _Chartière_ et _de la Sphère_.

Il y avoit aussi deux autres rues, changées depuis en

cul-de-sac. La première se nommoit anciennement

_Saint-Séverin_, _des Poteries-des-Vignes_ et _de la Corne_.

Sa situation entre les murs de plusieurs communautés et des

rues désertes en ayant rendu le passage extrêmement

dangereux, on la fit fermer, et elle prit alors le nom de

_cul-de-sac de Coupe-Gorge_. Plusieurs accidents qui y

arrivèrent encore depuis ce changement déterminèrent enfin à

la détruire tout-à-fait, et le terrain en fut donné à ceux

dont les jardins y aboutissoient. Ce cul-de-sac s'étendoit

autrefois jusqu'à la rue des Marionnettes, et comprenoit la

_rue du Puits-de-la-Ville_, qui avoit été en partie cédée

aux filles de la Providence.

Le second cul-de-sac, qui formoit une rue, laquelle

aboutissoit à la précédente, existe encore, et se nomme le

_cul-de-sac des Vignes_. Cette rue traversoit celle des

Postes, et s'étendoit du côté opposé jusqu'à la rue

Neuve-Sainte-Geneviève. Elle devoit son nom au clos de

vignes sur lequel elle avoit été ouverte. Cependant on lit

dans un terrier de Sainte-Geneviève, de 1603, qu'auparavant

on l'appeloit _rue Saint-Étienne_, _Neuve-Saint-Étienne_,

_clos des Poteries_; et qu'alors il y avoit un cimetière

destiné aux pestiférés.]

_Rue du Pot-de-Fer._ Elle traverse de la rue des Postes dans la rue

Moufetard. Le terrier de Sainte-Geneviève de 1603 l'appelle _rue du

Bon Puits_, à présent dite _du Pot-de-Fer_. Plus anciennement elle se

nommoit _rue des Prêtres_. Son dernier nom lui vient d'une enseigne.

Sauval et d'autres disent qu'elle s'appeloit autrefois _rue du

Bon-Qutto_[484]; c'est sans doute une faute d'impression.

[Note 484: T. I, p. 159.]

_Rue des Poules._ Elle aboutit à la Vieille-Estrapade et à la rue du

Puits-qui-Parle. Elle fut nommée ainsi en 1605[485]; auparavant on

l'appeloit _rue du Châtaignier_. C'étoit dans cette rue que les

protestants avoient autrefois leur cimetière. Un contrat passé en 1635

l'indique sous le nom de _rue du Mûrier_, dite _des Poules_.

[Note 485: Cens. de Ste. Genev., fol. 103.]

_Rue des Prêtres._ Elle traverse de la rue Bordet au carré

Sainte-Geneviève. En 1248 on l'appeloit _vicus Monasterii_. Guillot la

nomme _petite ruellette Saint-Geneviève_. On la trouve aussi sous le

nom de _rue du Moutier_. Enfin on l'a nommée rue des Prêtres, et ces

deux noms sont relatifs à l'église où elle conduit, et aux prêtres qui

s'y sont logés.

_Rue du Puits-qui-Parle._ Elle aboutit d'un côté à la rue

Neuve-Sainte-Geneviève, et de l'autre à celle des Postes. On lui a

donné le nom qu'elle porte à cause du puits d'une maison qui fait le

coin de cette rue et de celle des Poules, lequel formoit un écho. Les

censiers de Sainte-Geneviève l'indiquent sous ce nom dès 1588. Rien ne

prouve qu'anciennement elle ait été appelée _rue des Rosiers_, comme

l'avancent Sauval et quelques autres[486].

[Note 486: T. I, p. 160.]

_Rue-du-Puits-de-la-Ville._ Elle est depuis long-temps fermée à ses

deux extrémités. Nous venons de dire que c'étoit la continuation de la

rue de la Poterie et de celle des Vignes. Elle devoit ce nom à un

_regard_ pour les eaux qu'on y avoit pratiqué.

_Rue des Rats._ Cette rue donne d'un côté dans la rue Galande, de

l'autre dans celle de la Bûcherie. Guillot la désigne sous le nom de

_rue d'Arras_; et le plus ancien censier de Sainte-Geneviève, sous

celui des Rats. Ainsi elle est antérieure au règne de Charles VI, sous

lequel Sauval prétend qu'elle fut ouverte[487]. Son dernier nom lui

vient d'une enseigne.

[Note 487: _Ibid._]

_Rue de Reims._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, de

l'autre à celle des Cholets. On l'appeloit, au commencement du

treizième siècle, _rue au duc de Bourgogne_; et on la trouve encore

désignée sous le même titre dans le censier de Sainte-Geneviève de

1540.

_Rue de la Santé._ Elle commence au champ des Capucins, et aboutit à

la barrière. On ne la connoissoit autrefois que sous le nom de _chemin

de Gentilli_. Elle doit celui qu'elle porte aujourd'hui à l'hôpital

qui y étoit situé.

_Rue des Sept-Voies._ Cette rue donne d'un côté dans la rue

Saint-Étienne-des-Grés, et de l'autre dans celle du Mont-Saint-Hilaire;

dès le douzième siècle on la nommoit ainsi: _apud Septem vias_[488]. On

trouve en effet sept rues qui aboutissent au milieu ou aux extrémités de

celle-ci. Guillot l'appelle _rue de Savoie_; c'est sans doute pour la

rime, car on ne trouve aucun titre qui fasse mention d'un hôtel ou de

quelque autre propriété des ducs de Savoie en cet endroit[489].

[Note 488: Cart. S. Gen., p. 83.]

[Note 489: Dans cette rue est un passage nommé _cour des

Boeufs_, qui communique de la rue des Sept-Voies à celle de

la Montagne-Sainte-Geneviève. Au seizième siècle on

l'appeloit _rue aux Boeufs_. Cette rue existoit dès le

quatorzième, mais ne portoit alors aucun nom. La demeure de

quelques bouchers, et les étables dans lesquelles ils

mettoient leurs boeufs lui ont fait donner cette

dénomination, qui n'a pas varié.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8) · 第 117 / 241 题