SCULPTURES.

Le buste en marbre de M. de Trudaine, et les portraits de

plusieurs autres magistrats.

_Le séminaire des Clercs irlandois_ (rue du Cheval-Vert).

Jean Lée, prêtre irlandois échappé à la persécution de la reine

Élisabeth, étant venu se réfugier à Paris avec six écoliers de sa

nation, fut reçu avec eux au collége de Montaigu; ceci arriva en 1578.

Le nombre de ces réfugiés s'étant bientôt augmenté, on les transféra

au collége de Navarre, qu'ils quittèrent encore pour aller occuper une

maison qu'avoit louée pour eux, au faubourg Saint-Germain, le

président l'Escalopier. Nous avons dit comment, en 1677, ils furent

établis avec les prêtres irlandois au collége des Lombards, où ils

restèrent jusqu'en 1776, époque à laquelle ils vinrent occuper, rue du

Cheval-Vert, une maison plus commode, qu'ils durent au zèle et à la

libéralité de leur supérieur, M. l'abbé Kelly.

Le but de cet établissement étoit de former à l'état ecclésiastique de

jeunes Irlandois, pour les mettre en état de faire ensuite des

missions dans leur pays.

La chapelle, bâtie sur les dessins de M. Bellanger, architecte, est

d'une grande simplicité. Au-dessus une grande salle servoit de

bibliothèque[434].

[Note 434: Cette maison est encore occupée par des prêtres

de cette nation.]

_La communauté des Eudistes_ (rue des Postes).

La plupart de nos historiens de Paris ont oublié de parler de cette

communauté, dont l'existence n'est pas même indiquée sur la plus

grande partie des plans. C'étoit une congrégation de prêtres séculiers

instituée sous le nom de _Jésus_ et de _Marie_ par le P. Eudes, dont

nous avons déjà parlé. Il en avoit puisé l'esprit et conçu le dessein

dans la congrégation de l'Oratoire, dont il étoit membre, et destina

ces prêtres à diriger les séminaires et à faire des missions. Son

projet reçut sa première exécution à Caen, où il fut autorisé par des

lettres-patentes données en 1643.

La double utilité de cet institut engagea quelques personnes pieuses à

appeler les Eudistes à Paris; et M. de Harlai approuva, en 1651, la

donation qu'on leur fit de la moitié d'une maison située près de

l'église Saint-Josse qu'ils desservirent pendant quelque temps, et

dont l'un d'eux fut même nommé curé. Mais cette maison ayant été

vendue, ils acquirent en 1703 celle dont nous parlons, et dans

laquelle ils demeurèrent jusque dans les derniers temps. Toutefois

leur intention ne fut d'abord que de s'en servir comme d'un hospice:

car on les voit, depuis cette époque, établis dans la cour du palais,

et chargés de desservir la basse Sainte-Chapelle.

Ce ne fut qu'en 1727 qu'ils vinrent habiter la rue des Postes, et que

le concours des deux puissances leur procura enfin un établissement

permanent. Un décret de l'archevêque de Paris du 28 juillet 1773 les y

maintint sous le titre de communauté et de séminaire pour les jeunes

gens de cette congrégation; et il leur fut permis en conséquence

d'acquérir jusqu'à 6,000 livres de rente.

Le maître-autel de la chapelle étoit décoré d'un Christ; sans nom

d'auteur.

_Séminaire Anglois_ (même rue).

Ce séminaire fut établi en 1684 par quelques prêtres anglois, sous le

nom et l'invocation de _saint Grégoire-le-Grand_. Les lettres-patentes

données à cet effet par Louis XIV sont datées de cette année, et

portent la permission d'établir une communauté d'ecclésiastiques

séculiers anglois. L'archevêque de Paris y joignit son consentement en

1685.

La chapelle de ce séminaire, extrêmement petite, n'offroit rien de

remarquable.

_Séminaire du Saint-Esprit et de l'Immaculée Conception_ (même rue).

Cet institut doit son existence à M. Claude-François Poullart des

Places, prêtre du diocèse de Rennes. Convaincu que le manque de

ressources empêchoit souvent de jeunes étudiants d'entrer dans les

séminaires, et de suivre leur vocation, ce pieux ecclésiastique en aida

d'abord quelques-uns, et conçut ensuite le projet de les réunir en

communauté. Cet établissement, dont la charité et l'humilité étoient la

base, et auquel plusieurs personnes respectables s'empressèrent de

coopérer, fut formé en 1703 rue Neuve-Sainte-Geneviève. M. Poullart

voulut qu'on ne reçût dans son séminaire que des jeunes gens capables

d'étudier en philosophie ou en théologie; et qu'après le temps destiné à

cette étude ils pussent encore résider deux ans dans cette maison, pour

se préparer complètement aux fonctions du sacerdoce. Du reste il exigea

qu'ils ne prissent aucun degré, qu'ils renonçassent à l'espoir des

dignités ecclésiastiques, qu'ils se bornassent à servir dans les pauvres

paroisses, dans les postes déserts ou abandonnés, pour lesquels les

évêques ne trouvoient presque point de sujets, enfin à faire des

missions tant dans le royaume que dans nos colonies.

Cet établissement parut si utile, qu'il ne tarda pas à obtenir de

puissantes protections: le clergé, assemblé en 1723, lui assigna une

pension. Il en obtint une autre du roi en 1726, avec des lettres de

confirmation. Placé d'abord, comme nous venons de le dire, rue

Neuve-Sainte-Geneviève, il fut transféré en 1731 dans la rue des

Postes, au moyen d'un legs de 40,000 livres que M. Charles Le Baigue,

prêtre habitué de Saint-Médard, avoit fait à ce séminaire par son

testament du 17 septembre 1723. Avec cette somme ils achetèrent

d'abord une maison à laquelle ils firent depuis des réparations et des

augmentations considérables. La première pierre des bâtiments neufs

fut posée en 1769 par M. de Sartine.

La façade de ces bâtiments avoit été construite sur les dessins de M.

Chalgrin; il étoit aussi l'architecte de la chapelle, dont l'intérieur

étoit décoré d'un ordre ionique[435].

[Note 435: Cette communauté a été rétablie; les bâtiments

des deux établissements précédents sont occupés maintenant

par des pensions ou par des particuliers.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8) · 第 108 / 241 题