LES RELIGIEUSES FEUILLANTINES

Le pape Sixte V, en approuvant la réforme exécutée par le P. Jean de

La Barrière dans son abbaye de Feuillants, de l'ordre de Cîteaux, lui

avoit permis, par sa bulle du 13 novembre 1587, d'établir des

monastères de l'un et de l'autre sexe. Les premières Feuillantines,

fondées près de Toulouse suivant les uns, à Montesquiou de Volvestre,

diocèse de Rieux, suivant les autres, furent transférées dans la

première de ces deux villes, le 12 mai 1599. Il paroît que les

Feuillants ne se montrèrent pas dans le principe disposés à leur

procurer de nouveaux établissements: car ils se refusèrent obstinément

à toutes les offres qui leur furent faites à ce sujet, et ce monastère

fut le seul qu'elles possédèrent jusqu'en 1622. À cette époque, madame

Anne Gobelin, veuve de M. d'Estourmel de Plainville, capitaine d'une

compagnie des Gardes-du-corps, forma le projet d'attirer des

Feuillantines à Paris; et prévoyant les difficultés qu'elle alloit

éprouver de la part des Pères Feuillants, elle eut assez de pouvoir

pour déterminer la reine Anne d'Autriche à écrire à ces religieux,

assemblés alors à Pignerol dans leur chapitre général. Cette lettre,

que le chapitre reçut comme un ordre honorable, eut tout l'effet qu'on

en attendoit. Le 30 juillet de cette même année 1622, les supérieurs

firent partir de Toulouse six religieuses, qui arrivèrent à Paris au

mois de novembre suivant, et descendirent chez les Carmélites, d'où

elles furent conduites processionnellement, par les Feuillants de

Paris, dans la maison qui leur étoit destinée. Elle avoit été achetée

dès 1620 par leur bienfaitrice, et, pendant cet intervalle, disposée

d'une manière convenable à recevoir une communauté. Des

lettres-patentes confirmèrent l'établissement, et madame d'Estourmel

acheva de le consolider par un don de 27,000 livres, et une rente de

2,000 liv. qu'elle lui assura.

La chapelle de ce monastère fut changée, au commencement du siècle

suivant, en une église dont le portail, construit par un architecte

nommé Marot, présentoit la forme pyramidale et les ornements

d'architecture en usage à cette époque. Quelques historiens de Paris

en ont dit beaucoup de mal: nous ignorons pourquoi, car il n'est pas

certainement le plus mauvais de ceux qui ont été construits dans le

même système[351]. La maison fut en même temps réparée, et toutes ces

dépenses se firent au moyen du bénéfice d'une loterie qui leur fut

accordée par arrêt du conseil du 29 mars 1713[352].

[Note 351: _Voy._ pl. 167.]

[Note 352: Les bâtiments de cette communauté sont en partie

détruits, en partie habités par des particuliers.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8) · 第 80 / 241 题