Cette église doit le nom qu'elle porte à la chapelle de l'hôpital dont
nous venons de parler. Vers le milieu du quinzième siècle, les
habitants des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel, trop éloignés
des églises Saint-Médard, Saint-Hippolyte et Saint-Benoît, leurs
paroisses, avoient sollicité l'érection de cette chapelle en
succursale. Cette demande, après quelques contestations, leur fut
accordée en 1566; et la sentence de l'official qui ordonna cette
érection remit la nomination du chapelain qui devoit résider à
Saint-Jacques-du-Haut-Pas aux curés et vicaires perpétuels des églises
que nous venons de nommer.
Les Bénédictins de Saint-Magloire ayant été transférés, en 1572, dans
la maison des Hospitaliers de Saint-Jacques, il arriva que l'office de
ces religieux devant se dire à certaines heures, se rencontroit
souvent avec celui de la succursale, ce qui, des deux côtés, devint
également incommode, et détermina les paroissiens à faire bâtir une
nouvelle chapelle à côté de l'ancienne. Elle fut commencée en 1584, et
l'on en bénit le cimetière le 10 mai de la même année.
Dès l'époque de l'érection de cette succursale, le prêtre qui la
desservoit avoit pris le titre de curé; plusieurs actes cités par
Jaillot le lui donnent, et il paroît que cette cure étoit alors à la
nomination du trésorier de la Sainte-Chapelle. Cependant la chapelle
de Saint-Jacques-du-Haut-Pas n'étoit point encore une paroisse en
titre; et ce titre elle ne le dut qu'à l'augmentation rapide des
habitants de ce quartier. Cette augmentation devint telle, que, dès
1603, on forma le projet de faire bâtir une église plus vaste, ce qui
toutefois ne fut exécuté qu'en 1630, parce qu'une foule d'obstacles en
traversèrent jusque-là l'exécution. La première pierre en fut posée,
le 2 septembre de cette année, par Monsieur, frère de Louis XIII; et
ce fut alors seulement que les habitants obtinrent l'érection de leur
église en paroisse, ce qui ne fut accordé toutefois qu'après de
longues contestations, et sous la condition de certaines redevances
aux curés des diverses églises dont la chapelle Saint-Jacques étoit
auparavant dépendante. Il fut aussi ordonné que cette cure seroit à
l'avenir à la présentation alternative du chapitre Saint-Benoît et du
curé de Saint-Hippolyte.
Toutefois les travaux de la nouvelle église, commencés avec beaucoup
d'ardeur, restèrent suspendus, faute de secours, jusqu'en 1675; et à
cette époque on n'avoit encore construit que le choeur de l'église que
nous voyons aujourd'hui. On en dut la continuation à madame
Anne-Geneviève de Bourbon, princesse du sang, duchesse douairière de
Longueville, qui s'étoit retirée aux Carmélites. Elle posa la première
pierre de la tour et du portail le 19 juillet de cette année, et ses
libéralités furent d'un grand secours à la fabrique pour en achever la
construction; mais il est juste de dire que la plus grande partie de
la dépense fut faite par les paroissiens. Il est peu d'exemples dans
cette histoire d'un zèle de piété plus unanime et plus touchant. Les
carriers, qui étoient en grand nombre dans le quartier, fournirent
gratuitement toute la pierre dont cette église est pavée, et les
ouvriers employés à sa construction voulurent donner chacun un jour
de leur travail par semaine. Ces deux parties de l'église, le portail,
décoré de quatre colonnes doriques, et la tour, d'une forme carrée,
furent construits sur les dessins de l'architecte Guittard, membre de
l'académie, et achevés en 1684. On commença en 1688 la chapelle de la
Vierge située dans le fond du choeur[336].
[Note 336: _Voy._ pl. 159. Cette église a été rendue au
culte.]