C'étoit dans l'origine un hôpital connu sous le nom de
Saint-Jacques-du-Haut-Pas. On ne sait rien de positif ni sur l'origine
des religieux qui le desservoient, ni sur l'époque de leur
établissement à Paris. Le P. Helyot[330] nous présente cet ordre comme
une société de laïcs qui, au douzième siècle, et à l'exemple des
religieux appelés _Pontifices_ ou faiseurs de ponts, s'étoient voués à
l'occupation pénible de faciliter aux pèlerins les passages difficiles
des rivières, et faisoient eux-mêmes les ponts et bacs destinés à cet
usage. Il dit qu'ils portoient, comme marque distinctive, un marteau
figuré sur la manche gauche de leur habit; que cet institut, ayant été
favorisé, forma une espèce de congrégation religieuse, dont le
chef-lieu fut le grand hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, au
diocèse de Lucques en Italie. Quelques historiens en ont fait un ordre
militaire; d'autres prétendent qu'ils étoient chanoines réguliers. La
première opinion sembleroit la plus probable, parce qu'en effet le
chef de l'ordre prenoit le titre de commandeur.[331] Jaillot
conjecture qu'ils étoient établis à Paris dès le douzième siècle; et
que c'est d'eux qu'il est question dans une donation faite, en 1183,
par Philippe-Auguste de tout ce qui lui appartenoit sous Montfaucon;
d'autres historiens ne pensent pas que l'hôpital du Haut-Pas ait été
fondé avant l'année 1286. Quelques-uns même, tels que Sauval et D.
Félibien, reculent cette fondation jusqu'au quatorzième siècle; mais
des titres authentiques en constatoient l'existence dès 1260[332].
[Note 330: _Hist. des Ordr. rel._, t. II, p. 280.]
[Note 331: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 246.]
[Note 332: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 247.]
Ces hospitaliers, ne trouvant pas en France l'occasion de rendre aux
fidèles les services auxquels ils s'étoient obligés par leur institut,
cherchèrent quelque autre moyen de leur devenir utiles, et le trouvèrent
dans l'érection d'un hôpital, où ils reçurent les pèlerins des deux
sexes, et leur prodiguèrent tous les secours de l'humanité et de la
religion. L'utilité de cette nouvelle institution fut si vivement
sentie, que, malgré la suppression de cet ordre faite en 1459 par Pie II
et la réunion de ses revenus à celui de Notre-Dame de Bethléem, on
résolut de le conserver en France. Antoine Canu, qui en étoit commandeur
en 1519, fit rebâtir l'hôpital et reconstruire une plus grande église,
qui fut dédiée, par François Poncher, évêque de Paris, sous le nom de
Saint-Raphaël archange et de Saint-Jacques-le-Majeur. Les choses
restèrent dans le même état jusqu'au milieu du siècle suivant, que cet
hôpital fut mis dans la main du roi, sans qu'on en sache la raison. On
trouve qu'en 1554 il fut destiné, par un arrêt du conseil, à recevoir
les soldats blessés, et qu'en 1561 le roi en faisoit acquitter les
charges.
Nous avons déjà dit qu'en 1572 un ordre de Catherine de Médicis fit
transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas les religieux de
Saint-Magloire[333]. Cette translation, qui ne s'opéra que
difficilement, et contre le gré de ces religieux, fit naître parmi eux
des dégoûts, y produisit un relâchement si marqué, que M. de Gondi,
évêque de Paris et abbé de ce monastère[334], se crut obligé de
recourir à l'autorité du parlement, qui, par son arrêt du 13 février
1586, ordonna que cette abbaye seroit réformée, et nomma des
commissaires à cet effet. Cette réforme eut tout le succès que l'on
pouvoit désirer; mais le nombre des religieux diminua successivement,
et à un tel point, que M. Henri de Gondi, cardinal de Retz et évêque
de Paris, jugea qu'il ne pouvoit trouver ni un lieu ni une
circonstance plus favorable pour établir un séminaire qu'il avoit
depuis quelque temps résolu de former. Il obtint à cet effet des
lettres-patentes du mois de juillet 1618, qui autorisèrent la
fondation de ce séminaire, et y appliquèrent le produit de la mense
conventuelle.
[Note 333: _Voy._ tom. I, 2e part., p. 583.]
[Note 334: Dès 1480 l'abbaye Saint-Magloire étoit possédée
en commande. Catherine de Médicis, long-temps avant la
translation, avoit demandé la suppression du titre et de la
dignité abbatiale, et l'union des revenus à l'évêché de
Paris, ce qui fut accordé par une bulle de Pie IV en 1564,
et confirmé, en 1575, par une autre bulle de Grégoire XIII.]
Ce fut aux PP. de l'Oratoire que ce prélat jugea à propos de confier
la direction du nouvel établissement: ils furent chargés d'instruire
et d'entretenir douze ecclésiastiques, à sa nomination et à celle de
ses successeurs. L'événement justifia pleinement la sagesse d'un tel
choix; et de cette école, recommandable par la science et la piété de
ses directeurs, on a vu, dans l'espace de près de deux siècles, sortir
une foule de sujets distingués, dont plusieurs ont été l'ornement de
l'Église, et en ont rempli les premières dignités.
Ce fut le 16 mars 1620 que fut passée la transaction entre les PP. de
l'Oratoire et les religieux de Saint-Magloire: il fut convenu que
ceux-ci pourroient rester dans la maison, qu'ils y jouiroient chacun
d'une pension de 414 livres, et de la prébende de l'église Notre-Dame,
qu'on avoit affectée à leur mense. Le dernier de ces religieux y
mourut en 1669.