La langue parlée dans les conciliabules de voleurs sous la dénomination
d'_argot_, qu'elle a toujours conservée depuis, dérive, dit-on, de
Ragot, «l'élégant et insigne orateur bélistral unique, Ragot, jadis tant
renommé entre les gueux à Paris, comme le parangon, roy et souverain
maistre d'iceux, lequel a tant fait en plaidant pour le bissac d'autruy,
qu'il en a laissé de ses enfants pourveuz avec les plus notables et
fameuses personnes que l'on saurait trouver.» Je ne sais si l'on doit
ajouter foi à cette assertion tirée des dialogues de Jacques Tahureau,
mais ce qui est certain, c'est que l'argot était connu sous Louis XI. En
ce temps-là cinq ou six pièces de vers furent écrites en langage
argotique par François Villon, poète de quelque mérite _superlatif_ en
exploits de _coupe-bourses_, comme dit Et. Pasquier, et habile _tailleur
de faux coins_ (faux monnayeur).
Eh bien! s'il vivait de notre temps, et s'il lui prenait fantaisie de
déroger par une semblable composition à l'étiquette de notre
littérature, il n'y réussirait pas sans difficulté. Aujourd'hui l'argot
est pauvre, et se prête mal à la poésie, même à la poésie lyrique, qui
permet plus de licence que toute autre. Au nombre des chansons
fredonnées dans les prisons, dans le genre de celles des pages 28, 29 et
30, je n'en connais en vérité pas une seule qui mérite d'être rapportée
ici comme complément.
Voici une burlesque traduction argotique d'un permis de publicité, et
que l'on retrouve à la fin de tous les anciens vocabulaires des filoux.