I
Je ne crois pas que personne soit jamais entré dans la Cité de Dieu avec
aussi peu d’émotion que moi. J’avais l’impression d’être devenu
absolument insensible; et je n’éprouvais ni joie ni tristesse, ni
crainte ni exaltation. Je voyais devant moi la Vérité, se dressant là
comme un pic neigeux, et j’avais à me rendre vers elle. Jamais, fût-ce
une seule minute, jamais je n’avais douté de cela depuis le moment où je
m’en étais convaincu; et je n’ai pas besoin de dire que jamais, non
plus, je n’en ai douté dans la suite. J’essayais bien de réchauffer
cette froideur qui m’avait envahi: mais tous mes efforts échouaient à
plat. J’étais comme quelqu’un qui abandonnerait l’éclat d’une lumière
artificielle--au sortir d’un salon illuminé et chaud, merveilleusement
agréable et commode--pour pénétrer désormais dans un monde de pâle
lumière naturelle. J’avais échangé une erreur qui m’était familière et
douce contre une certitude qui n’avait pour moi que d’être ce qu’elle
était. En un mot, j’étais profondément apathique, et sans ombre d’une
illusion sentimentale.