L’ARRIVÉE

I

Je ne crois pas que personne soit jamais entré dans la Cité de Dieu avec

aussi peu d’émotion que moi. J’avais l’impression d’être devenu

absolument insensible; et je n’éprouvais ni joie ni tristesse, ni

crainte ni exaltation. Je voyais devant moi la Vérité, se dressant là

comme un pic neigeux, et j’avais à me rendre vers elle. Jamais, fût-ce

une seule minute, jamais je n’avais douté de cela depuis le moment où je

m’en étais convaincu; et je n’ai pas besoin de dire que jamais, non

plus, je n’en ai douté dans la suite. J’essayais bien de réchauffer

cette froideur qui m’avait envahi: mais tous mes efforts échouaient à

plat. J’étais comme quelqu’un qui abandonnerait l’éclat d’une lumière

artificielle--au sortir d’un salon illuminé et chaud, merveilleusement

agréable et commode--pour pénétrer désormais dans un monde de pâle

lumière naturelle. J’avais échangé une erreur qui m’était familière et

douce contre une certitude qui n’avait pour moi que d’être ce qu’elle

était. En un mot, j’étais profondément apathique, et sans ombre d’une

illusion sentimentale.

Les confessions d'un converti · 第 49 / 60 题