I
Je revins chez ma mère dans un état assez étrange, mais à coup sûr
profondément misérable. Pour résumer en un mot une foule de symptômes
que je ne puis songer à mettre sous les yeux du lecteur, je me sentais
complètement épuisé au point de vue spirituel. Une seule chose
m’apparaissait avec une clarté absolue, autant du moins que je restais
capable d’une vision intellectuelle: c’était que j’avais le devoir de me
soumettre à Rome. C’est aussi ce que je fis comprendre à ma mère, pour
laquelle je n’avais pas eu de secrets depuis le premier jour; et je me
rendis volontiers à la proposition qu’elle me fit, d’ajourner toute
résolution jusque vers la fin de mai, afin de me laisser le temps et le
repos nécessaires pour une réaction possible. Pendant ce temps, il m’est
arrivé plus d’une fois de célébrer encore la communion anglicane dans la
petite chapelle de notre maison, et cela pour des motifs que j’ai déjà
expliqués: mais, avec le consentement de mon supérieur, je refusai
obstinément d’aller prêcher où que ce fût, en déclarant que, pour le
moment, je traversais une crise d’où allaient dépendre tous mes plans
pour l’avenir. Aussi bien était-il parfaitement exact que je me
trouvais, à ce moment, dans une période d’indécision totale, quant à la
suite de ma vie religieuse; car ma confiance dans le jugement de mes
supérieurs et dans celui de ma mère aurait déjà suffi pour me faire
admettre la possibilité d’un changement qui me ramènerait à mon ancienne
manière de voir. Matériellement, j’étais toujours encore un membre de la
communauté anglicane de la Résurrection; je récitais mon office avec une
régularité parfaite, et observais les autres détails de la règle de
notre communauté. Dès lors, pourtant, j’avais fait part à quelques amis
intimes de ce que je considérais comme devant m’arriver.