L’ÉTUDE DES ESCALIERS.

Il était temps de donner les détails nécessaires à l’exécution des

escaliers. Le grand cousin avait dit à Paul de préparer ces détails;

mais Paul, comme on peut le supposer, ne s’en était pas tiré à son

honneur et n’avait fourni que des traits parfaitement inintelligibles

aux autres aussi bien qu’à lui-même, malgré les indications sommaires

fournies par l’architecte en chef.

«Allons, dit le grand cousin, il faut nous mettre à cette besogne

ensemble.

«Le père Branchu et le charpentier demandent les détails.

[dessin]

«Prenons d’abord le grand escalier et traçons sa cage (fig. 39). Nous

avons pour la hauteur du rez-de-chaussée, compris l’épaisseur du

plancher, 4m,50c, les marches ne doivent pas avoir plus de

0m,15c de hauteur chacune; il nous faut donc compter trente

marches pour arriver du sol du rez-de-chaussée au sol du premier étage.

De largeur ou de _pas_, suivant le terme admis dans les constructions,

une marche doit avoir de 25 à 30 centimètres, pour donner une montée

facile. Donc trente marches donnent 7m,50c ou 9 mètres de

développement. Je crois vous avoir déjà dit cela quand nous avons tracé

le plan du rez-de-chaussée. Si nous prenons le milieu de l’espace

réservé aux marches, sur notre plan, nous trouvons juste 9 mètres.

Traçant donc les marches sur cette ligne milieu et leur donnant 275

millimètres de _pas_, nous pouvons trouver deux paliers dans les angles

en A, A’; nous ferons _gironner_ ces marches de manière à éviter les

angles aigus près du noyau. La première marche sera en B, la dernière

en C. En D, nous ferons sous l’emmarchement la cloison qui permettra

d’établir le _water-closet_ en A’. Puisque, à ce palier A’, nous avons

monté 18 marches (chacune ayant 15 centimètres de hauteur), nous aurons

pour ce water-closet 2m,50c sous plafond, ce qui est plus que

suffisant. Nous l’éclairerons par une fenêtre E. Les deux baies F

éclaireront l’escalier et suivront le niveau des marches, comme

l’indique l’élévation. Car rien n’est plus ridicule et plus incommode

que de couper les fenêtres par les marches d’un escalier, et, bien que

cela soit pratiqué tous les jours dans nos habitations, c’est là un de

ces contre-sens que tout constructeur doit éviter. Du couloir de service

G, on entrera dans le water-closet par la porte H.

«Traçons maintenant l’élévation ou plutôt la projection verticale de cet

escalier. Voici comment on procède: on trace la cage en élévation, puis

on divise la hauteur à monter en autant de parties qu’il doit y avoir de

marches, ainsi que je le fais en I. Projetant horizontalement ces

divisions sur l’élévation, et verticalement les bouts des marches avec

la cage et le noyau, indiqués au plan, on obtient par la rencontre de

ces deux projections le tracé des marches le long de la cage et contre

le noyau.

«Voilà qui est fait. La dernière marche est donc en K au niveau du

plancher du premier étage. Pour monter au deuxième étage, nous avons

4m,00 à monter d’un plancher à l’autre; donnant 0m,156 à chaque

marche, nous trouvons 26 marches, plus une fraction de millimètre dont

il n’y a pas à tenir compte. Donc, nous conserverons en plan le tracé de

la première révolution à partir de la marche L, ce qui donne 13 marches

jusqu’au point M. De ce point nous tracerons les 13 autres marches pour

faire le nombre de 26, comme je le marque sur le bout de plan

supplémentaire en N. Puis, pour l’élévation, nous procéderons comme

ci-dessus. Nous obtiendrons alors le tracé général de V en X pour les

deux étages. Le tracé établi, il s’agit de savoir en quelle matière nous

ferons ces marches? Étant comprises entre des murs et un noyau qui est

un mur lui-même, nous pouvons, si bon nous semble, les faire en pierre

de taille d’un seul morceau chacune. Toutefois, cela n’est guère

praticable en ce pays parce que nous nous procurerions difficilement de

la pierre dure, compacte, fine, bonne pour cet objet. Nous nous

contenterons donc de faire seule la première marche en pierre, et, quant

aux autres, nous les ferons en charpente, en les recouvrant de bonnes

tablettes de chêne; et pour ne pas les sceller dans les murs, nous

ménagerons un bandeau saillant en maçonnerie formant crémaillère[61] le

long des murs et du noyau pour recevoir la partie de leurs _abouts_,

ainsi que je vous l’indique ici (fig. 40). On lattera ces marches

laissées brutes par-dessous, rabotées seulement sur la face ou

contre-marche[62] A. Afin qu’elles ne puissent branler sur leur repos de

maçonnerie, nous les fixerons avec des pattes B, lesquelles seront

masquées par la tablette formant pas et entreront dans les trous de

scellements C.

[dessin]

«Quant à l’escalier de service en limaçon, nous le ferons en pierre

dure, chaque marche portant noyau, ainsi que je vous le marque ici (fig.

41).

[dessin]

«Maintenant essayez de mettre tout cela au net pour pouvoir donner

promptement les détails au maçon et au charpentier.»

Avec bien de la peine, Paul parvint à faire un tracé assez complet sur

les indications fournies par le grand cousin; mais celui-ci fut obligé

d’y mettre souvent la main, car son inspecteur n’était pas de première

force en géométrie descriptive élémentaire, et ces projections lui

offraient à chaque instant des difficultés. Paul s’embrouillait dans ses

lignes, prenait un point pour un autre, et eût maintes fois laissé de

côté compas, équerre et tire-ligne, si le grand cousin n’avait été là

pour le remettre sur la voie.

Comment on construit une maison · 第 36 / 65 题