4° Une feuille sur laquelle sont deux sujets, dont une _Vue de
Tancarville._
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_Augerville_, 9 _octobre_[549].--Arrivé le mardi.
Il ne faut pas être injuste pour notre nation. Elle a présenté
de nos jours, dans les arts, un phénomène dont je ne connais pas
d'exemple ailleurs. Après les merveilles de la Renaissance, qui a vu
particulièrement la sculpture égaler, surpasser même la sculpture
italienne, la France, il faut le dire, a subi la décadence dont
l'Italie lui donnait l'exemple, comme elle lui avait donné celui de ses
chefs-d'œuvre. Le règne des Carrache, très glorieux encore, a amené
pour l'Italie, comme pour la France, une série d'écoles abâtardies
dont le Vanloo a été le dernier mot. Il était réservé à notre pays de
ramener à son tour le goût du simple et du beau. Les ouvrages de nos
philosophes avaient réveillé le sentiment de la nature et le culte des
anciens. David résuma, dans ses peintures, ce double résultat. Il est
difficile de se figurer ce que fût devenue dans ses mains une nouveauté
si hardie pour l'époque où elle se produisit, s'il eût possédé les
qualités extraordinaires d'un Michel-Ange ou d'un Raphaël. Elle fut
toutefois d'une portée immense au milieu du renouvellement général
des idées et de la politique. De grands artistes continuèrent David,
et quand cet héritage, tombé dans des mains moins habiles, sembla
atteint de la langueur dont les plus belles écoles ont donné tour à
tour l'exemple, un second renouvellement, semblable pour la fécondité
des idées qu'il venait remuer à celui qu'avait opéré David, montra
des faces de l'art toutes nouvelles dans l'histoire de la peinture.
Après Gros, issu de David, mais original par tant de côtés, Prud'hon
alliant la noblesse de l'antique à la grâce des Léonard et des Corrège,
Géricault, plus romantique et plus épris à la fois de la vigueur des
Florentins, ouvraient des horizons infinis et autorisaient toutes les
nouveautés.
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12 _octobre._--Dieu est en nous. C'est cette présence intérieure qui
nous fait admirer le beau, qui nous réjouit quand nous avons bien
fait et nous console de ne pas partager le bonheur du méchant. C'est
lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes de génie et qui
les enchante au spectacle de leurs propres productions. Il y a des
hommes de vertu comme des hommes de génie; les uns et les autres sont
inspirés et favorisés de Dieu. Le contraire serait donc vrai: il y
aurait donc des natures chez lesquelles l'inspiration divine n'agit
point, qui commettent le crime froidement, qui ne se réjouissent jamais
à la vue de l'honnête et du beau. Il y a donc des favoris de l'Être
éternel. Le malheur qui semble souvent, et trop souvent, s'attacher
à ces grands cœurs ne les fait pas heureusement succomber dans
leur court passage: la vue des méchants comblés des dons de la fortune
ne doit point les abattre; que dis-je? ils sont consolés souvent en
voyant l'inquiétude, les terreurs qui assiègent les êtres mauvais, leur
rendent amères leurs prospérités. Ils assistent souvent, dès cette
vie, à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à la divine
inspiration est une récompense suffisante: le désespoir des méchants
traversés dans leurs injustes jouissances est...[550].
[549] Cette lettre du 9 octobre et la suivante du 12 octobre se
trouvent sur un carnet contenant des croquis pris à Augerville et
appartenant à M. Chéramy.
[550] Inachevé dans le manuscrit.
1863
1er _février_[551].--_La reine de Saba_ (au crayon).
[551] Extrait d'un agenda portant la date de 1863 et resté entre les
mains de Jenny Le Guillou.
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5 _mars._--Aujourd'hui, envoyé à M. Laguerre 200 francs pour solde
de tout arriéré[552].
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