[137] Sans doute _Lefèvre-Deumier_, bibliothécaire des Tuileries.
[138] Le _comte Marchand_, qui suivit l'Empereur à Sainte-Hélène et qui
plus tard accompagna le prince de Joinville pour ramener en France les
cendres de Napoléon.
[139] On trouve dans ce jugement sur _Géricault_ l'influence manifeste
d'une conversation que Delacroix eut avec Chenavard à Dieppe en 1854.
Il est intéressant de rapprocher ce passage du Journal, écrit en 1855,
des notes antérieures sur le même sujet, notamment celles de 1854 et
surtout celles des premières années 1823, 1824. (Voir t. I, p. 47, 60,
61, et t. II, p. 454.)
[140] Voir _Catalogue Robaut_, nos 1034 et 1035.
[141] _Feuillet de Conches._
[142] _Émile Chatrousse_, sculpteur, né en 1830, élève de Rude et
d'Abel de Pujol. En 1855, il exposa la _Résignation_, une figure de
femme accroupie au pied de la croix, qu'on peut voir à Saint-Eustache.
1856
10 _janvier._--Aller chez Rossini.--Soirée de Ségalas[143]. Le même en
aura une autre dans quinze jours.--Soirée de Mme Viardot.--Aller chez
Bisson[144]. Tableau ou dessin à lui envoyer.
Chez Rossini, chez Ségalas ensuite, où le préfet[145] m'a montré une
bienveillance très inaccoutumée. Il s'est prodigué en récits dans
lesquels il ne m'a pas épargné ceux qui étaient à sa louange: sa
fermeté, sa bravoure même dans différentes circonstances critiques ont
été le thème de la conversation dans laquelle je n'ai eu qu'à approuver
du bonnet.
Chez Rossini auparavant; je contemple avec plaisir cet homme rare: je
l'entoure à plaisir d'une certaine auréole; j'aime à le voir; il n'est
plus le Rossini moqueur d'autrefois.
J'y trouve la bonne Alberthe, sa fille et Mareste; c'est Boissard qui
m'avait conduit.
*
11 _janvier._--Aller chez Perpignan avant le conseil.--Chez Philippe
Rousseau[146], si je peux.--Chez Mouilleron.--Je suis resté chez moi.
*
12 _janvier._--(Le dîner du préfet.) Au lieu de dîner chez le préfet,
j'ai été chez Mme Sand, voir au cirque sa pièce de _Favilla_[147].
Excellente donnée que la pauvre amie n'a pas fait ressortir. Je crois
que malgré les belles parties de son talent, elle ne parviendra jamais
à faire une pièce[148]; les situations périssent entre ses mains:
elle ne connaît pas le point intéressant. _Le point intéressant_,
tout est là; elle le noie dans des détails et émousse continuellement
l'impression qui devrait résulter de la science des caractères. Cette
situation d'un fou aimable, qui se croit le maître d'un château où
on le tolère, devait être une excellente occasion de comique ou de
pathétique; elle ne se doute pas le moins du monde de ce qui lui
manque.
Cette obstination à poursuivre un talent qui paraît lui être refusé, à
en juger par tant de tentatives infructueuses, la classe, bon gré, mal
gré, dans un rang inférieur. Il est bien rare que les grands talents
ne soient pas portés dune manière presque invincible vers les objets
qui sont de leur domaine: c'est surtout à ce degré que conduit plus
particulièrement l'expérience. Les jeunes gens peuvent se tromper
pendant quelque temps sur leur vocation, mais non les talents mûris et
exercés dans un genre.
*
13 _janvier._--Dîner chez Baroche[149].--Mme de Vaufreland.--J'ai
rempli mon programme.
À dîner, Mérimée me parlait de Dumas avec la plus grande estime:
il le préfère à Walter Scott. Peut-être en vieillissant se fait-il
meilleur?... Peut-être loue-t-il beaucoup de peur d'avoir des ennemis
de sa faveur?...
Je me suis éclipsé le plus tôt que j'ai pu. J'ai été chez Mme de
Vaufreland; excellentes gens.
À travers les Champs-Élysées, noyé dans des tourbillons élevés par le
vent le plus furieux et le plus glacial.
Berryer partait comme j'arrivais.
*
14 _janvier._--Dîner du deuxième lundi. Trousseau nous dit très bien
que les médecins sont des artistes. Il y a chez eux, comme chez les
peintres et les poètes, une partie scientifique, mais elle ne fait que
les médecins et les artistes médiocres. C'est l'inspiration, c'est le
génie propre du métier qui fait le grand homme.
J'ai été ensuite, après une assez longue promenade avec Dauzats, chez
Delangle un instant, puis chez Halévy. Toujours grande foule, beaucoup
de jeu, véritable maison de Socrate, trop petite pour contenir tant
d'amis.
Dans la journée, Th. Frère[150] qui me dit avoir remarqué avec d'autres
mes progrès constants dans les ouvrages de mon exposition, si bien que
le dernier lui paraît le plus ferme, le plus simple, avec les qualités
de couleur, comme avec l'absence de noir, etc.
*
15 _janvier._--Concert Viardot. Magnifique concert: l'air d'_Armide._
Ernst[151], le violon, m'a fait plaisir; Telefsen me dit chez la
princesse qu'il a été très faible. J'avoue mon impuissance à faire
une grande différence entre les diverses exécutions, quand elles sont
arrivées à un certain degré. Comme je lui parlais de mon souvenir de
Paganini, il me dit que c'était sans doute un homme incomparable.
Les difficultés et les prétendus tours de force que présentent ses
œuvres sont encore pour la plupart indéchiffrables pour les violons
les plus habiles: voilà l'inventeur! Je pensais à tant d'artistes, qui
sont le contraire, dans la peinture, dans l'architecture, dans tout.
*
16 _janvier._--Jour de Boilay. Aller chez Bisson et chez la princesse.
Resté très tard chez la princesse.
*
17 _janvier._--Chez Mme Viardot: elle a chanté de nouveau l'air
d'_Armide_... Sauvez-moi de l'amour!
Berlioz insupportable, se récriant sans cesse sur ce qu'il appelle la
barbarie et le goût le plus détestable, les trilles et autres ornements
particuliers dans la musique italienne; il ne leur fait même pas grâce
dans les anciens auteurs, comme Hændel; il se déchaîne contre les
fioritures du grand air de D. Anna.
*
18 _janvier._--Voir Guillemardet, avant le conseil.--Après le
conseil: Guérin, Mesnard[152], Philippe Rousseau.--Carte à Baroche,
Grosclaude[153].--Voir à l'Hôtel de ville pour le surplus du payement
du salon de la Paix.--Cerfbeer.
--À l'Hôtel de ville et flânerie complète; j'aime beaucoup à rôder
ainsi toute une journée dans ce vieux Paris. Quinze jours avant,
j'avais été dans le Marais pour trouver le général G..., à la place
Royale, et j'étais revenu tout le long des boulevards. Aujourd'hui,
j'ai été chez Guérin, que je n'ai pas trouvé, et je suis entré à
Notre-Dame.
Chez Baroche; lui écrire.
Le soir, dormi après dîner, malgré toutes sortes de projets.
Je devais, dans la journée, aller chez Mesnard, au Sénat. Rencontré
Ravaisson[154], à qui j'ai promis d'envoyer les deux dessins de
Chenavard, place du Palais-Bourbon, 6.
Le matin, j'avais été chez mon cher Guillemardet. Il me remet un paquet
de mes lettres écrites anciennement à Félix; il est facile d'y voir
combien l'esprit a besoin des années pour se développer dans les vraies
conditions. Il me dit qu'il y voit déjà le même homme que je suis
aujourd'hui. Plus de mauvais goût et d'impertinence que d'esprit, mais
il faut que ce soit ainsi. Ce désaccord singulier entre la force de
l'esprit qu'amène l'âge et l'affaiblissement du corps, qui en est aussi
la conséquence, me frappe toujours et me paraît une contradiction dans
les décrets de la nature. Faut-il y voir un avertissement que c'est
surtout vers les choses de l'esprit qu'il faut se tourner, quand le
corps et les sens nous font défaut? Il est du moins incontestable que
c'est une compensation; mais combien il faut veiller sur soi pour ne
pas lâcher quelquefois la bride à ces recrudescences mensongères, qui
nous font croire que nous pouvons être jeunes ou faire comme si nous
l'étions! Tel est le piège où tout va s'abîmer.
*
19 _janvier._--Dîné chez Doucet[155]. Je suis revenu avec Dumas, qui
m'a parlé de ses amours avec une _vierge_ veuve d'un premier mari et
_avec_ un second en exercice.
Pendant qu'on jouait au baccarat chez Doucet, Augier, que j'aime
beaucoup, me parlait de la dignité qu'il y a pour un artiste à ne pas
chercher à gagner trop d'argent, et par conséquent la nécessité de ne
pas le dépenser en objets de pure vanité. Il trouve qu'un artiste peut
vivre dans un intérieur simple. Mme Doucet me disait qu'un dîner qui
coûtait à des personnes dans une position modeste 3 ou 400 francs les
privait d'avoir souvent, pour cinquante francs, trois ou quatre amis,
avec la fortune du pot. Du reste, elle habite dans un petit entresol
très bas de la rue du Bac, mais décoré avec tout le luxe et l'éclat
modernes: dorures, damas, meubles inutiles, rien n'y manque.
*
20 _janvier._--Le soir, chez Fortoul[156]. Je trouve Barbier et sa
femme, Ravaisson, etc.
*
21 _janvier._--Delangle, de Royer[157], Perrier[158], la princesse
Camerata.--Répondu à Panseron[159].
--Le clair de la robe verte de l'homme de la _Clorinde: zinc vert,
orange, zinc jaune._
--Chez la princesse Camerata le soir: elle ne me dit pas un mot,
suivant son habitude; V... me dit que c'est par timidité. Nous allons
ensuite chez Perrier. J'y trouve Mme de Pontécoulant. Mme Rodrigues me
dit qu'on fait de la musique chez elle tous les mardis.
*
22 _janvier._--Dîner chez Mme Herbelin[160].--Envoyé à M. Ravaisson les
deux têtes du Corrège, de Chenavard.
*
23 _janvier._--Quelle bévue! Je vais au bal du préfet qui est la
semaine prochaine. Je suis revenu à pied le long de la rivière.
Rencontré Mouilleron, qui m'a promis de m'avoir quelques épreuves de la
_Marguerite auprès de l'autel_[161]. Le lui rappeler.
*
27 _janvier._--Écrire à M. Lebouc[162] pour les billets de concert
promis à M. Riesener.
*