Nous comprenons fort bien l'état d'anxiété nerveuse dans lequel la
situation met un grand nombre de nos concitoyens. Tous nos efforts
tendent à leur assurer, en même temps qu'un minimum de vivres, une
certaine quiétude d'âme en ce qui touche la garantie contre la disette.
S'il est un résultat que personne ne peut contester, c'est que le Comité
a réussi à maintenir le moral de la population. Or, il y a des gens que
cela ennuie. Ils croient préférable de propager des bruits troublants et
de semer le désarroi dans des âmes, qui ont déjà tant de causes de
tristesse. Le Comité fournit régulièrement du pain à tous les habitants;
pour ce faire, il doit manipuler en moyenne _240.000 kgr. de farine par
jour_, ou 2.400 sacs de 100 kgs! Ce n'est pas une mince besogne. Il
livre en outre un assez grand nombre d'autres produits qui, pour la
première année de fonctionnement, représentaient déjà au 1er mai dernier
(non compris le blé et la farine) le chiffre respectable de 28 millions
de kgr.! Nos achats, pendant les douze premiers mois, ont formé une
moyenne de 4 millions de francs par mois. Depuis le 1er mai 1916, cette
moyenne mensuelle s'est élevée à 9 millions de francs pour l'ensemble du
District, qui ravitaille une population dont la Ville de Lille constitue
le quart. Nos opérations avec la C. R. B. atteignaient, au 10 Juillet,
72 millions de francs. Ajoutez-y les 3.500.000 francs d'achats faits en
Hollande par la Ville de Lille (Comité Hollandais) et environ 5 millions
d'autres achats en Hollande réalisés pour le compte de la Ville de
Lille, et vous aurez une idée de l'importance de la besogne de
ravitaillement qu'assument ici des organismes publics et collectifs.
Ces quelques renseignements doivent rassurer nos concitoyens. Dans
l'ensemble, ils ont été approvisionnés de mieux en mieux par le Comité
Américain, qui a pu augmenter progressivement la ration de pain,
accroître et le nombre et la quantité des autres denrées à repartir.
Cela a été d'autant plus heureux, que les ressources tirées directement
de la région sont allées en diminuant, et que les commerçants privés ont
été, depuis longtemps, contraints de renoncer à faire venir des
marchandises de Hollande. Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'aucun
négociant particulier n'aurait pu fournir nos produits au prix où nous
les offrons.
Le public a donc largement bénéficié de l'action de notre Comité (_dont
nous lui demandons de reporter le mérite aux zélés et généreux
Américains de la Commission for Relief in Belgium_), et, tant que la
situation actuelle durera, nous pouvons l'assurer qu'il en bénéficiera.
Pourquoi alors des personnes malavisées s'ingénient-elles à faire
circuler des bruits plus ou moins pessimistes, qui troublent et
inquiètent surtout les pauvres gens? Il n'y a que demi mal lorsqu'on
colporte, par exemple, la nouvelle suivante: «Le Comité va nous vendre
des moules fraîches, savez-vous? les wagons doivent arriver demain en
gare Saint-Sauveur». Ce bruit repose sur un fondement réel, et nous
aurons des moules. Mais les prétendus connaisseurs devraient savoir
qu'elles ne sont bonnes que dans les mois en _r_, qu'actuellement elles
sont trop jeunes et qu'il faut attendre encore cinq ou six semaines
avant d'en faire venir.
Il est beaucoup moins innocent de répandre le bruit qu'on n'aura plus de
riz. Les Lillois ont dû remarquer que le stock a permis au Comité local
d'augmenter la quantité distribuée toutes les deux semaines et de donner
en moyenne, faute d'haricots ou de lentilles, 100 gr. de riz par jour et
par bouche. Nous avons donc du riz en abondance. Nous continuons à en
recevoir des bateaux entiers et c'est certainement un de nos arrivages
les plus réguliers et les plus constants.
Il est déjà survenu, il arrivera encore des à coups dans les envois de
la C. R. B. Par exemple, nous avions peur, il y a quelques jours, de
manquer momentanément de lard. Nous avons déjà expliqué les motifs de
cet état de choses, qui nous a, depuis l'origine, causé plus d'ennuis
que les détracteurs du Comité ne disent d'inexactitudes. Il est le plus
souvent imputable à l'insuffisance du nombre des navires disponibles;
mais la C. R. B. s'est toujours préoccupée d'y parer. L'heureuse annonce
d'un arrivage important de lard a dissipé nos craintes, cette fois
encore. En tout cas, _l'absence provisoire d'un produit ne doit pas
faire conclure à sa disparition complète_. Nous mettons le public en
garde contre les malins qui ont un intérêt personnel à l'induire en
erreur. Car ce n'est pas toujours par sottise et pour le plaisir de
faire courir un bruit mensonger qu'on cherche à tromper; on a parfois
profit à créer un courant d'opinion... Nous pensons que les
consommateurs n'apprécient pas trop défavorablement le café du Comité,
_qu'ils paient vingt quatre sous la livre_, et qu'ils seraient bien en
peine si nous étions forcés d'en cesser la vente. Qu'ils se rassurent!
La C. R. B. nous a promis il y a deux mois, d'accroître quelque peu la
quantité livrée, en la portant à 17 grammes (de café vert) par jour et
par bouche, et elle a tenu sa promesse. La preuve c'est que le Comité
local de Lille en offre double ration toutes les deux semaines! Ne
croyez pas ceux qui vous disent que le Comité n'aura plus de café; il
continuera inlassablement à vous en fournir sans aucune majoration de
prix. Il a tellement souci de satisfaire, sur ce point, le désir
légitime des habitants du Nord que, ne pouvant plus trouver de chicorée,
il va introduire un produit, la _torréaline_, qui remplacera la chicorée
et qui s'ajoutera au café. Mais le café, le bon café, qui ne se confond
avec aucun succédané, vous n'en manquerez pas, chers Lillois, du moins
autant qu'il nous est permis de le prévoir dans les conjonctures
actuelles!
Persistez donc, dans la confiance que vous accordez au Comité Américain;
n'écoutez pas les racontars, et comptez sur le dévouement tant de fois
mis à l'épreuve, de la C. R. B, et sur la bonne volonté des dirigeants
du Comité de District, qui n'ont en vue que l'intérêt public.
LE COMITÉ.
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