_Caricature_ fondée par Ch. Philippon en 1830, obtenait, depuis deux
ans, un immense succès. N'était-ce pas, au reste, le premier mariage
célébré, dans le journalisme, entre la plume et le crayon!--Aussi les
quatre pages de la petite feuille hebdomadaire ne suffirent bientôt plus
à repaître les curiosités nouvelles qu'elle avait éveillées. De là, dans
l'esprit de Ch. Philippon, l'idée d'une seconde «Caricature»,--mais
quotidienne, celle-là,--sous ce titre: _le Charivari._
Lisez le prospectus. C'est une franche déclaration de guerre au pouvoir:
«... La lutte sera loyale toujours, et si nos coups sont vifs,
instantanés comme le fait qui les aura provoqués, peut-être nous
sera-t-il possible d'en proportionner la rudesse au plus ou moins de
gravité des circonstances; comme encore de les porter moins acérés, par
cela même qu'ils seront plus pressés. On peut frapper moins fort quand
on frappe sans cesse....»
Le premier numéro porte la date du 1er décembre 1832. Or c'est bien le
moins que nous saluions, au passage, le berceau d'un confrère qui,
malgré ses perpétuelles campagnes et ses innombrables blessures,
accomplit actuellement, et d'une façon si gaillarde, sa
quarante-et-unième année.--Notre cadre, par malheur, nous interdit la
moindre monographie: une fortune pour un libraire intelligent! C'est
pourquoi nous ne dirons rien de ces fameux dessins qui se vantaient si
fièrement de tout dire: «... Nous délions tous les arrêts, nous délions
toutes les cours et nous échapperions à toutes les lois, si nous en
étions réduits à redouter d'injustes condamnations, et à éluder des lois
antilibérales. Le crayon, qui est notre plume, à nous, sait rendre
toutes nos pensées et tout est de son domaine... (Nº du 27 mars 1833).»
Nous ne nous arrêterons pas davantage à ces articles de fond où les
trois hommes d'État tympanisaient l'Ordre-de-chose avec une verve chaque
jour plus féconde, plus implacable et plus âcre.
Notre lot est le simple droit de fourrage dans cette partie humoristique
qui semble,--sous la rubrique de _Carillons_,--une pépinière de
«légendes pour dessins» non utilisées et à l'état de rudiment.
Collection que, de nos jours encore, les Hippolyte Briollet et les Paul
Girard, ont continuée, sous l'habile direction de M. P. Véron, avec
moins d'audace peut-être, mais autant d'esprit que leurs devanciers.
1832
Le ministère a beau se démener; il ne peut obtenir un mouvement de
hausse. La baisse fait des progrès à mesure que la majorité se dessine.
C'est que la Bourse a peur du _Thiers_ consolidé.
La France nouvelle prétend que l'impression du discours du trône a été
généralement bonne. Le pays n'a pourtant vu jusqu'ici que de tristes
épreuves.
Un journal ministériel nous dit que M. Thiers a un grand fonds
d'éloquence; malheureusement M. le ministre de l'intérieur est forcé,
par état, de tenir ses fonds secrets.
Entre le coup d'État populaire du 29 juillet et le coup d'État
monarchique du 7 juin, il y a cette différence que le premier fut une
cause sans effet, tandis que le second fut un effet sans cause.
Il ne faut pas s'étonner que ces messieurs soient parvenus à soustraire
l'état de siège au verdict du pays. Ces messieurs ont toujours été
très-forts sur la soustraction.
Une arme à feu! quel moyen absurde pour abattre une _poire_! Aussi la
gaule réclame.
Le _Journal de Paris_ prétend qu'en juin les insurgés voulaient frapper
le juste-milieu _au coeur_. En ce cas, on a bien raison de dire qu'ils
tentaient l'impossible.
On dit que la nouvelle chambre a un écho. Ce n'est assurément pas dans
le public.
Que de gens peuvent dire, comme le Christ:--«Je porte ma croix,
Seigneur, sans l'avoir méritée!»
On a remarqué avec surprise que le projet de loi sur l'état de Siège, se
termine par le protocole ordinaire: Donné, etc.--Joli cadeau qu'on nous
fait là!
<sc>Jules Rohaut.</sc>
(_A suivre._)