Pierre de Tournemine.--_Écartelé d’or et d’azur, à la traverse d’argent
brochant sur le tout._--Devise: _Aultre n’auray._
Robert de Vair.--_D’or, à deux fasces de gueules._
Jean Louvel, sire de Ver.--_De gueules, au léopard d’argent._
Guillaume de Verdun.--_D’or, fretté de sable de six pièces._
Girard Le Viconte.--_D’azur, à trois coquilles d’or, sans oreilles,
posées deux et une._--Devise: _Æternæ rerum vires._
Pierre de Viette.--_D’argent, à la bande d’azur, accompagnée de six
tourteaux de gueules, posés en orle._
M. DESCHAMPS DE VADEVILLE.
VIII
AU QUINZIÈME SIÈCLE
NOTE SUR L’ATELIER MONÉTAIRE ÉTABLI AU MONT SAINT-MICHEL
[Page 257]
Parmi les monnaies qui sont mentio[=n]ées le plus fréque[=m]ent dans
les actes et les textes du commencement du XVᵉ siècle, on peut citer
les _moutons d’or_[43] qui devaient leur nom à l’agneau pascal qu’ils
ont pour type, et leur grande reno[=m]ée au titre excellent que saint
Louis avait donné aux agnels qu’il fit le premier fabriquer. C’est en
effet le _denier d’or à l’agnel_ de Louis IX qui est sans cesse rappelé
comme étalon dans les ordonnances de ses successeurs. En général le
titre des _moutons d’or_ fut plus respecté par les souverains que celui
des autres monnaies, et l’on en changea la figure aussi peu que le
permirent les modifications involontaires du style de l’art. Le nom du
prince réduit à quelques lettres et relégué dans une place secondaire
permettait, à chaque nouveau règne, de produire des imitations très
approchées du type accoutumé.
Voici la description du _petit mouton_ tel qu’il avait cours sous
Charles VI; nous prenons comme exemple une pièce de la collection de
M. Rousseau, portant un point secret indiquant le lieu où elle a été
frappée.
♱ AGN: DEI: QVI: TOLL: PECAT: MVDI: MIS: NOB: Agneau nimbé tenant une
bannière à croix tréflée; sous les pieds de l’agneau K. F. RX. Point
sous l’V de _mundi_, vingtième lettre.
R ♱ XPC. VINCIT. XPC. REGNAT: XPC. INPERAT. Croix fleuronnée,
anglée de quatre fleurs de lys, dans un entourage composé de quatre
cintres et de quatre angles; or, poids: 2,54 grammes (Fabrication de
Sainte-Menehould, mai 1418.)
On conçoit aisément combien un pareil type était fait pour tenter les
imitateurs étrangers; aussi vit-on dans plusieurs pays circuler des
contrefaçons du _petit mouton français_.
[Page 264]
On était, dit M. Mantellier[44], à une époque difficile pour la
monnaie; en France, les ateliers, privés par la guerre des ressources
qui les alimentent, ne subsistaient qu’au moyen des refontes; et
indépenda[=m]ent de ses embarras particuliers, le duc de Bourbon tenait
aux affaires du roi par des liens trop intimes pour ne pas ressentir
en Dombes le contre-coup de cette détresse. Il est peu étonnant,
d’ailleurs, que ce prince, qui passa les premières années de sa vie
à la guerre contre les Anglais, les dernières dans les intrigues du
dauphin, et fut mêlé à tous les évènements d’alors, ait manqué de temps
et d’argent pour monnayer.
Ces détails historiques rendent compte de la rareté excessive du
_mouton d’or_ que nous publions ici et qui constitue une importante
acquisition pour la numismatique du xvᵉ siècle.
Henri V étant mort le 31 août 1422 et Charles VI le 21 octobre suivant,
le jeune Henri VI fut proclamé roi de France le 12 novembre et le
duc de Bedford fit frapper monnaie au nom du prince anglais partout
où s’étendait son pouvoir. Cependant, en Normandie même, quelques
places fortes étaient restées fidèles au dauphin. De ce nombre était
le Mont-Saint-Michel, qui ne se rendit jamais aux troupes étrangères.
L’atelier monétaire, établi en ce lieu, continuait à frapper au nom
de Charles VII, ainsi qu’on le voit par différentes chartes[45]. Il
est probable que la pièce suivante, conservée dans la collection de M.
Rousseau, a été faite au Mont-Saint-Michel.
♱ AGN. DEI. QVI. TOLL. PCAT. MVDI. MISE. NOBS. Agneau nimbé tenant une
bannière surmontée d’une croisette, sous les pieds de l’agneau: K. F.
RX; le tout dans un entourage de onze petits cintres. Point sous la
dix-huitième lettre.
R. ♱ XPC. VINCIT, etc. Croix fleuro[=n]ée, anglée de quatre fleurs de
lys, dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles, à
l’extérieur duquel sont placées six fleurs de lys, une croisette et un
groupe de trois points. Point sous la dix-huitième lettre. Or; poids:
2,56 grammes. (Fabrication de mai 1423.)
Cette monnaie, dont le style est relativement récent, convient
parfaitement aux premières années du règne de Charles VII; mais, comme,
d’une part, il n’est plus question de la fabrication des _moutons d’or_
après l’ordona[=n]ce du 26 octobre 1428, et que, de l’autre, Charles ne
rentra en possession des villes monétaires de la Normandie qu’en 1449,
la présence du point sous la dix-huitième lettre, qui est la marque
française de Saint-Lô, ne s’expliquerait pas.
Il est assez naturel de penser que ce point secret, devenu sans emploi
par suite de la spoliation anglaise, fut attribué au lieu qui avait
remplacé Saint-Lô dans la liste des ateliers français.
Nous voyons, en effet, les officiers royaux, qui avaient exercé leurs
fonctions au Mont-Saint-Michel, réclamer, en 1453, contre la nomination
de deux gardes de la monnaie de Saint-Lô, faite le 30 juin 1450[46]. A
cette époque, cette dernière ville avait abandoné l’_annelet_ sous la
seconde lettre, différent des Anglais, pour reprendre le point sous la
dix-huitième lettre, et le Mont-Saint-Michel cesse de figurer parmi les
villes monétaires. De cette coïncidence il paraît résulter que ces deux
ateliers n’ont battu de la monnaie française qu’à l’exclusion l’un de
l’autre.
Si nos conjectures sont justes, ce _mouton d’or_ aurait été
frappé l’année même où Louis d’Estouteville et ses cent dix-neuf
gentils-homes, aidés par les religieux de l’abbaye, repoussèrent, avec
un courage resté célèbre, les attaques désespérées des Anglais.
ADRIEN DE LONGPÉRIER.
IX
POÉSIE FRANÇAISE DU XVᵉ SIÈCLE
UNE PRIÈRE EN VERS A L’ARCHANGE
[Page 306]
Glorieux saint Michel archange,
A vous rens graces et louanges
De tout mon cuer, devotement,
En vous suppliant humblement,
Qu’envers Jhesu Crist, nostre pere,
Et Marie, sa fille et mere,
Fassiés que pardon me soit fait
De ce que puis avoir mefait,
Durant tout le cours de ma vie.
A jointes mains merci vous prie:
Car vous avés la cognoissance
Des bonnes ames, et puissance
Recevoir et mener en gloire.
Si vueillez avoir en memoire
Mon ame, quant l’eure viendra
Que du cors partir li fauldra:
Par vous soit conduite tout droit
En Paradis; que Dieu l’ottroit[47]!
X
PREMIERS MONUMENTS DU THÉATRE FRANÇAIS (XVᵉ SIÈCLE)
LE MISTÈRE DU SIÈGE D’ORLÉANS QUI FUT REPRÉSENTÉ DU VIVANT DE JEANNE
D’ARC (I)
[Page 306]
DIEU.
Michel ange, entend à moy:
Je veuil par toy faire messaige,
Pour subvenir au desarroy
De France, le noble heritaige.
En Barois yras en voyaige,
Et feras ce que je te dy.
Au plus près d’un petit village
Lequel est nommé Dompremy,
Qui est situé en la terre
Et seigneurie de Vaucouleur,
Là trouveras, sans plus enquerre,
Une pucelle par honneur.
En elle est toute doulceur,
Bonne, juste et innocente,
Qui m’ayme du parfont du cueur,
Honneste, sage et bien prudente.
Tu luy diras que je luy mande
Qu’en elle sera ma vertu,
Et que par elle on entende
L’orgueil des François abatu;
Et que je me suis consentu
Recouvrer le royaulme de France,
Et par elle sera debatu
Contre les Anglois par oultrance.
Premièrement, tu luy diras
Que par elle vueil qu’i soit fait,
Et de par moy luy commanderas
Qu’i soit acomply et parfait.
Sy est qu’elle voise de fait
Pour lever le siege d’Orleans,[48]
Chasser les Anglois à destroit,
S’y ne s’en vont incontinant.
Puis après, elle le menra
Le roy Charles sacrer à Rains.
De par moy elle acomplira
Et en parviendra à ces fins;
Que de ce ne se doubte point:
Ma vertu sera avec elle,
Pour acomplir de point en point
Par icelle jeune pucelle.
Dy luy aussi pareillement
Qu’elle se veste en habit d’omme;
Je luy donray le hardiment,
Pour mieulx que le cas se consomme.
Puis elle s’en yra en somme
Devers Robert de Baudricourt,
Pour l’amener en ceste forme
Devers le Roy et en sa court.
MICHEL ANGE.
Mon chier seigneur, en grant coraige
Acompliray vostre ordonnance
Vers la pucelle bonne et saige;
Le cas luy diray en presence,
Je y vois, sans nulle difference,
Faire vostre commandement.
DIEU.
Que elle aye bonne fiance,
Sans soy esbayr nullement.
Pose d’orgues.--Et vient devers la Pucelle gardant les brebiz de
son pere et queusant[49] en linge.
MICHEL.
Jeune pucelle bien eureuse,
Le Dieu du ciel vers vous m’envoye,
Et ne soyez de rien peureuse:
Prenez en vous parfaicte joye
Dieu vous mande, c’est chose vraye,
Que y vieult estre avecque vous,
Où vous soyez en quelque voye;
Si n’ayez point doncques de poux[50],
Sa voulenté et son plaisir
Est que vous aillez à Orleans,
Pour en faire Anglois saillir
Et lever le siège devant.
Se de vous sont contredisant,
En armes vous les convaincrez,
Ne contre vous ne seront puissans;
Mès de tout point les subjugrez.
Puis après, y vous conviendra
A Rains mener sacrer le Roy,
Que ainsi Dieu vous conduira,
Et Charles oster hors d’esmoy.
Combien qu’il ait beaucoup desroy[51]
Et pour le present fort à faire,
Dieu le fera paisible en soy,
Que il a ouy sa prière.
Et au seigneur de Baudricourt,
Vous luy direz que y vous maine
Incontinent, le chemin court,
Que il est vostre cappitaine,
Ainsi que c’est chose certaine.
Devers le Roy vous menera
En abit d’omme, toute seine,
Que Dieu toujours vous conduira.
LA PUCELLE.
Mon bon seigneur, que dictes vous?
Vous me faictes trop esbaye:
Cecy ne vient point à propoux,
En ce je ne sçay que je die.
Moy, povre pucelle ravye
Des nouvelles que vous me dictes,
Sachez, je ne les entend mie,
Que y me sont trop auctentiques.
Je ne vous pourroye respondre
Ainsi, moi, povre bergerete,
Vous qui cy me venez semondre.
Comme une simple pucelette,
Gardant es champs dessus l’erbete
Les povres bestes de mon pere,
Une jeune simple fillete,
Vous dis sont à mon bien contraire.
MICHEL ANGE.
Jehanne, ne vous en esmayez;
Que Dieu l’a ainsi ordonné,
Et veut que l’onneur vous ayez
Du royaulme, present fortuné,
Qui a esté habandonné
Par pechié commis des François;
Par vous sera roy couronné
Et remis en ses nobles drois.
PUCELLE.
En armes je ne me congnois,
Ne m’appartient la congnoissance,
Ainsi que vous le povez vois;
Et en moy n’est pas la puissance,
Ne ne treuve nulle apparence
D’aller devers le cappitaine
Lui raconter vostre ordonnance:
C’est que devers le Roy me maine.
MICHEL.
Amye, y le fault ainsi
Le faire, que Dieu le commande.
N’ayez de riens peur ne soucy,
Quand de par moy y le vous mande.
PUCELLE.
La chose, sachez, est si grande
Qu’i n’est nul qui le peust pencer,
Ne en moy n’est sens qui se tende
A savoir cecy propencer.
MICHEL.
Fille, acomplissez la chose
Et Dieu sera avecques vous,
Qui vous gardera, comme une rose,
De polucion contre tous.
Ayez en luy ferme propoux
Et le faictes de bon coraige.
Y vous aidera, et n’ayez poux
De tout dangier et tout dommaige.
PUCELLE.
A Dieu je vouldroye obeyr
Comme je doy et est raison,
Et très humblement le servir,
A mon povoir sans mesprison;
Et tousjours, en toute saison,
Vueil estre sa povre servante,
Actendant sa vraye maison
Lassus ou ciel, où est m’entente.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne, vraye pucelle,
Qui est d’icelui bien aymée;
Ayez tousjours ferme pensée.
De Dieu estre sa pastorelle.
PUCELLE.
En nom Dieu, je vueil estre celle
De le servir, s’i luy agrée.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne, vraye pucelle,
Qui est d’icelui bien aymée.
PUCELLE.
Mon bon seigneur, vostre nouvelle
De par moy sera réclamée
Au seigneur de ceste contrée,
Par la voye que dictes telle.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne vraye pucelle,
Qui est d’icelui bien aymée;
Ayez toujours ferme pensée
De Dieu estre sa pastorelle.
Puis s’en part, et y a pose.
MICHEL.
Pere, j’ay du tout acomply
Le vostre messaige humblement,
Sans riens avoir mis en oubly,
A la pucelle, vrayement;
Laquelle, debonnairement
De tout son cueur, vous veult servir,
Et tout vostre commandement
Le vouldra faire et acomplir.
DIEU.
Le royaulme je remetray sus,
Et les anemis confonduz,
Par la pucelle ruez jus
Et par elle tout convaincuz;
Que, dès si qu’elle les aura veuz,
En elle sera telle vaillance
Que il en seront esperduz.
Ou royaulme n’auront plus puissance.
Pose. Puis dit:
LA PUCELLE.
O mon Dieu et mon créateur,
Plaise vous moy toujours conduire.
Vous estes mon père et seigneur
Auquel je ne veuil contredire.
XI
POÉSIE FRANÇAISE DU XVIᵉ SIÈCLE
CANTIQUE DE PÈLERINAGE
1.
Je chanteray du Seigneur
La grandeur
En presence de ses Anges.
Son sainct Nom je beniray
Et diray
Tousjours ses sainctes louanges.
2.
Soit que le flambeau du jour
De son tour
Ait avancé la carrière,
Soit qu’il s’en aille levant
Ou couchant
Il me verra en prière.
3.
Les petits chantres aislés
Esveillés
Seront de la compagnie;
Parmi les champs et les bois
De leurs voix
Accompliront l’armonie.
4.
L’air noircy de tourbillons
A nos sons
Appaisera son orage;
Le ciel qui nous entendra
Monstrera
Les rays de son beau visage.
5.
Leve donc mon cueur à toy,
O grand Roy,
Embrase moy de ta flamme,
Afin que nul entretien
Que le tien
Ne puisse attirer mon ame.
6.
Ta majesté, ô grand Dieu,
D’aucun lieu
Ne sçauroit estre bornée,
Et devant toy cent mille ans
S’escoulant
Ne sont pas une journée.
7.
Tu es au plus haut des cieux
Glorieux,
Tu es au plus bas du monde;
Tu balances sur trois doigts
Tout le poids
De cette machine ronde.
8.
Ton esprit penetre tout
Jusque au bout,
Rien n’est hors de ta presence;
Tu es cet œil qui tout voit
Et connoit
Le fond de la conscience.
9.
Le Ciel, qui d’astres reluit
Toute nuict,
Emprunte de toy sa grace,
Et tout l’esclat non-pareil
Du soleil
N’est qu’un rayon de ta face.
10.
Sans efforts ce que tu veux
Tu le peux,
Et ton vouloir est ta peine;
Tu peux effacer ce tout
Tout d’un coup
Au seul vent de ton haleine.
11.
Tu fais cheminer les Roys
Sous tes loix
Et les princes de la terre
Desquels tu romps d’un clein-d’œil
Tout l’orgueil
Qui est fresle comme verre.
12.
Tu nous donnes les moissons
Aux saisons
Que toy seul fais et disposes;
Tu fais largesse et soutiens
De tes biens
La vie de toutes choses.
13.
C’est toi qui d’un riche esmail
Sans travail
Dore nos belles preries;
C’est toi qui donne à ces champs,
Tous les ans
Leurs gayes tapisseries.
14.
Dieu! qui ne voit les bienfaicts
Que tu fais
A toute humaine nature.
Bien qu’il semble homme au dehors
En son corps,
Il n’en a que la figure.
15.
Si tu monstres ton courroux
Contre nous,
Tout se renverse et chancelle;
La terre tremble d’effroy,
Hors de soy
Devant ta face immortelle.
16.
Quand tu lances par les airs
Mille esclairs
Et les esclats de ta fouldre,
Si tu ne les reserrois,
Tu mettrois
Tout cet univers en poudre.
17.
Tu fais de flots escumer
Cette mer,
Tu la brouilles de nuages.
Et puis tu retiens les vens
Insolens
Pour accoiser ces orages.
18.
Toy qui commandes à ces flux
Et reflux,
Fais qu’aucun mal ne me greve,
Et deffend ton pelerin
Au chemin
Quand il passera la greve.
19.
Anges qui donnez les mains
Aux humains,
Au cours de nostre voyage,
Soyez tousjours mon support
Jusque au port
De ce mien pelerinage.
20.
Et toy, reçoy ces accens
Dont le sens
Est tiré de tes ouvrages.
Que tous courbez avec moy
Devant toy
Te font honneur et hommage.
Amen.
XII
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
UN CHANT POPULAIRE EN L’HONNEUR DE SAINT-MICHEL
[Illustration: _Lent._
Saint Michel, Archange des mers;
Votre puissance est sans égale,
Ayant renversé Lucifer,
Malgré sa fureur infernale;
Nous nous prosternons devant vous:
Saint Archange, priez pour nous.
]
2.
Vous êtes l’ornement des Cieux.
Et la gloire vous est acquise,
Prince des Esprits glorieux
Et le protecteur de l’Église:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
3.
Vous défendez les gens de bien,
Et le pauvre, dans l’indigence,
Ne manquera jamais de rien,
Lorsque vous serez sa défense:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
4.
Vous consolez les Pèlerins,
Qui, pour vous rendre leurs hommages,
Vous invoquent par les chemins,
Afin d’obtenir vos suffrages:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
5.
C’est vous, l’Archange glorieux,
Qui portez l’arme de victoire;
Nous venons vous offrir nos vœux,
Et chanter en votre mémoire:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
6.
Nous n’aurons que vous au moment
Que viendra le Juge sévère
Pour tenir son grand jugement,
Qui puisse adoucir sa colère:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
7.
Lorsqu’à l’article de la mort,
Le Diable nous voudra surprendre,
Daignez dans ce dernier effort
Venir du Ciel pour nous défendre:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
8.
Nous vous prions à jointes mains,
Prosternés en votre présence,
De nous aider en nos besoins;
Soyez, grand Saint, notre défense;
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
9.
O Saint Michel, qui, dans le ciel,
Chantez du Très Haut les louanges;
Saint Raphaël, saint Gabriel,
Anges, Chérubins et Archanges:
Priez le Rédempteur pour nous;
Anges du Ciel, priez pour nous.
XIII
AU XVIIIᵉ SIÈCLE
UNE LETTRE A MABILLON[52]
AU RÉVÉREND PÈRE DOM JAN MABILLON, RELIGIEUX DE L’ABBAYE DE SAINT
GERMAIN DES PREZ, A PARIS.
[Page 346]
Du Mont Saint Michel ce 8 avril 1706 P. C.
Mon révérend pere,
Je ne scais si j’ay fait response à la lettre que votre révérence m’a
fait l’honneur de m’escrire au sujet de notre monastère dont elle
veut faire tirer des planches. Dans le doutte où je suis, j’aymes
mieux luy escrire deux foys que de manquer à une, je dois luy avoir
escrit que j’avois cherché le dessein de notre monastère fait par nos
pères, mais inutilement. Monsieur notre intendant me la demande avecq
instance: je fus dans la mesme peine à son égard que je suis au votre.
Si j’avois icy quelqu’un capable d’en faire un dessein exact, je le
ferois faire mais je n’ay personne; il mériteroit plus qu’aucun autre,
sans contredit, une place dans vos annales, mais j’aimerois autant ou
peut-être mieux ne l’y point mettre du tout s’il n’y est bien fait et
si tout n’y est bien marqué.
La fontaine de Saint Aubert est au bas d’un grand escalier qui descend
du pied de notre batiment, sur la grève, elle est sur la grève mesme
tout joignant le rocher, elle étoit autrefoys renfermée dans une
tour que la mer a renversé, et a penetré dans la ditte fontaine qui
est ordinairement salée quand la mer y pénètre, c’est un grand puis
elevé de quinze à vingt pieds de la grève. Le bout de notre dortoir
donne à l’orient et règne au nord et au midi. Le batiment a près de
deux cents pieds de long. Dans le premier étage sont de grandes sales
voutées sans avoir que de très petites ouvertures et en petit nombre
à cause qu’il est en manière de forteresses; du bout de l’orient sont
le réfectoir au deuxième étage, la cuisine, la sale des chevaliers, au
bout de laquelle est cet escalier qui descend à la fontaine de Saint
Aubert; au troisième étage c’est un dortoir avecq le cloistre, qui est
au dessus de la sale des chevaliers, et qui n’a aucun étage au dessus;
au quatrième étage un deuxieme dortoir au dessus du premier, et un
cinquieme étage au dessus où est la classe d’un bout, et de l’autre un
grenier.
Du côté du midy on a joint à ce batiment un autre petit corps de logis
qui ne comance qu’au deuxieme étage, c’est à dire au plain pié du
réfectoir. Il y a quatre étages; le premier sert de lavoir, le deuxieme
c’est la chambre des hostes; les deux autres étages n’occupent qu’une
petite partie du bout du dortoir joignant le cloitre, parceque s’il
s’étendoit tout le long du dortoir il en déroberoit tout le jour et
les cellules en seroient inutiles, il en occupe trois qui ne servent
de rien. Le troisième étage est une chambre commune, et le quatrieme
la bibliotheque; il n’y a qu’un espace de six à sept pieds entre le
ron point de l’eglise et ce petit corps de logis, qui sert d’entrée au
monastère.
Je ne connois point de petite montaigne à l’oposite de _Tombelaine_.
Tombelaine est un rocher, au nord du notre; à un gros quart de
lieüe, on y conte une demi lieüe. C’est un diminutif de tombe, la
notre s’apelle le mont de tombe [in monte tombe]. L’autre s’apelle
Tombelaino, quasi tombula. Il y a eu des batiments qui ont tous esté
razez par ordre de la cour, c’est un prieuré dont le revenu s’estand
pour la pluspart dans la paroisse de Bassillé distante de deux lieues
dudit Tombelaino, où il y a un fief qui en dépend. Au nord est de
Tombelaino, il y a une pointe de terre qui avance en la mer et qui est
fort elevé qui s’apelle le pignon butor, mais il n’y a jamais eu ni
église ni chapelle. Au nord ouest est la pointe de cancale ces deux
pointes font comme un croissant ou une très grande anse; nous sommes
dans le milieu de cet anse, car le flux nous entour d’une demi lieu au
sud.
[sidenote:
cancal
le mont la grande mer
St Michel
le pignon butor
]
A l’oüest de Tombelaine, il y a une montaigne apellée Montdol, éloigné
d’un gros quart de lieu de Dol et d’une demie lieue au plus du rivage
de la mer. Je ne scays pas si vous ne voulez point parler de cette
montaigne. Il y a un petit prieuré dépendant d’icy dont l’église est
sur la montaigne avecq un bourg.
Il seroit trop juste que notre monastère contribuast à la gravure de
ces planches, et si j’en avois eu la nouvelle dans le temps que notre
premier procureur étoit à Paris, je l’aurois chargé de donner quelque
chose à votre réverence, mais il me seroit plus facile de tirer de
l’eaue de notre rocher que de l’argent de nos officiers et en verité
quand ils le voudroient ils ne le pouroient pas à présent. La misère
est si grande que cela passe l’imagination. Il y a trois ans que je
dois quelque chose a un marchand libraire de Rennes que je n’ay encore
pu faire payer. Je suis bien faché de ne pouvoir satisfaire a sa tres
juste demande, car on ne peut estre avecq plus de distinction d’estime
et de considération que je suis,
Mon révérend père,
Votre très humble et tres obeissant serviteur et confrere.
Frère Julien DOYTE.
M. B.
XIV
PENDANT LA RÉVOLUTION[53]
[Page 351]
Nous maires et officiers municipaux de la ville du Mont Sᵗ Michel étant
occupés à nos affaires communes de laditte ville avons été interrompu
par un bruit extraordinaire, qui a fait sortir plusieurs habitants de
leurs maisons, et après estre sorty de notre bureau dans la grande rüe,
nous avons vu les nommés Thomas Desplancher et Jean Desplancher son
frère habitans de cette ville qui se frapoient à coups de poind et de
pieds, et se tiroient par les cheveux, et se tretoient indignement par
des jurement, et comme lesdits Desplancher sont dans lusages de faire
du tapages dans la ville et de troubler journellement le repôs public;
pourquoi nous avons ordonné comme de police que lesdits Desplancher
garderoient provisoirement prison l’espace de vingt-quatre heures
dans les prisons de cette ville, pourquoy nous avons enjoint au sieur
Turgot officier de garde de ce jour de commander des soldats en nombre
suffisent pour constituer prisonniers lesdits Desplancher; sauf à
ordonner plus grande peines s’il y echeit contre les dits Desplancher
donné à notre bureau le vingt sept may sur les dix heures et demie du
soir mil sept cent quatre-vingt-dix.
L’EVATU, _maire_; J. RICHARD, _officier municipal_; BLIN, _officier
municipal_; AUQUETIL, _procureur_; L. LEROY, _ptre grefier_.
Ledit jour a comparu ledit sieur Turgot officier de garde sur les huit
heures du soir le quel nous a déclaré avoir constitué prisonniers
lesdits Desplancher au terme de la sentence cy dessus ce qu’il a signé
Charles TURGOT.
Du jeudi vingt décembre mil sept cent quatre vingt douze nous officiers
municipaux soussigné ayant apris que la nouvelle municipalité est
constituée, Déclarons nos fonctions municipalle finie et arrestée ce
dit jour et an que dessus.
F. MOUILLAUD, _Cy dev. officier_; L. LEROY, _Cy dev. maire_; Charles
TURGOT, _Cy dev. officier_; HEVAUT, _Cy dev. greffier_.
* * * * *
L’an mil sept cent quatre vingt treize le deuxième octobre, l’an 2ᵉ de
la République française une et indivisible
Au Mont Sᵗ Michel