On perd sa trace.
Cent ans plus tard.
On lit dans un manuel d'Histoire de France:
«... Ici se place un incident sans importance réelle, mais qui fit
grand bruit, si l'on en croit les contemporains.
«Un certain général Boulanger sut profiter de l'état de malaise que
les agitations stériles de la politique radicale avaient créé dans le
pays. Il sut grouper les mécontentements, les appétits et les
rancunes, et, à la tête d'un parti où figuraient ensemble des hommes
de la Commune, des radicaux pressés d'arriver au pouvoir, des
royalistes et des impérialistes, unis seulement pour la lutte et
n'ayant en commun que des haines et des négations, il marcha à
l'assaut du parlementarisme et put, un moment, aspirer à la dictature.
La résistance énergique du cabinet Tirard-Constans et la sagesse du
pays conjurèrent le danger, et les élections du 29 septembre 1889
marquèrent la fin du parti boulangiste.
«On ignore ce que devint le général après son échauffourée. Il est
impossible, faute de documents sérieux (car on n'a que ses
proclamations, qui sont insignifiantes), de dire si Boulanger fut un
ambitieux de haute intelligence et capable de grands desseins, ou s'il
ne fut qu'un aventurier vulgaire, servi un moment par des
circonstances exceptionnelles, et, finalement, inégal à sa fortune.»
* * * * *
J'espère que l'on sentira plus de pitié que de raillerie dans ces
faciles horoscopes. Car, à moins qu'il ne soit devenu un grand sage
pour avoir vu les hommes de près ou qu'il n'ait été secouru par une
heureuse frivolité de caractère, cet homme si rudement tombé, et de si
haut, doit, à l'heure qu'il est, souffrir infiniment. Et volontiers je
lui adresserais le mot de Sophocle: «Ô malheureux! malheureux!
malheureux! Je ne puis désormais te donner un autre nom!»