5 avril.

On perd sa trace.

Cent ans plus tard.

On lit dans un manuel d'Histoire de France:

«... Ici se place un incident sans importance réelle, mais qui fit

grand bruit, si l'on en croit les contemporains.

«Un certain général Boulanger sut profiter de l'état de malaise que

les agitations stériles de la politique radicale avaient créé dans le

pays. Il sut grouper les mécontentements, les appétits et les

rancunes, et, à la tête d'un parti où figuraient ensemble des hommes

de la Commune, des radicaux pressés d'arriver au pouvoir, des

royalistes et des impérialistes, unis seulement pour la lutte et

n'ayant en commun que des haines et des négations, il marcha à

l'assaut du parlementarisme et put, un moment, aspirer à la dictature.

La résistance énergique du cabinet Tirard-Constans et la sagesse du

pays conjurèrent le danger, et les élections du 29 septembre 1889

marquèrent la fin du parti boulangiste.

«On ignore ce que devint le général après son échauffourée. Il est

impossible, faute de documents sérieux (car on n'a que ses

proclamations, qui sont insignifiantes), de dire si Boulanger fut un

ambitieux de haute intelligence et capable de grands desseins, ou s'il

ne fut qu'un aventurier vulgaire, servi un moment par des

circonstances exceptionnelles, et, finalement, inégal à sa fortune.»

* * * * *

J'espère que l'on sentira plus de pitié que de raillerie dans ces

faciles horoscopes. Car, à moins qu'il ne soit devenu un grand sage

pour avoir vu les hommes de près ou qu'il n'ait été secouru par une

heureuse frivolité de caractère, cet homme si rudement tombé, et de si

haut, doit, à l'heure qu'il est, souffrir infiniment. Et volontiers je

lui adresserais le mot de Sophocle: «Ô malheureux! malheureux!

malheureux! Je ne puis désormais te donner un autre nom!»

Les Contemporains, 5ème Série Études et Portraits Littéraires, · 第 48 / 100 题