Non seulement Barincq n'avait pas soixante-cinq mille francs dans sa
caisse ou chez son banquier, pour les donner à Sixte, mais encore il
n'en avait pas même dix mille, ni même cinq mille.
L'argent liquide trouvé dans la succession de Gaston et toutes les
valeurs mobilières avaient été absorbés par la transformation de la
terre d'Ourteau, défrichements, constructions, achat des machines,
acquisition des vaches, des porcs, et si complètement qu'il n'avait pu
faire face aux dépenses du mariage d'Anie que par un emprunt.
Mais cela n'était pas pour l'inquiéter: la réalité avait justifié toute
ses prévisions, aucun de ses calculs ne s'était trouvé faux, et avant
quelques années sa terre transformée donnerait tous les résultats qu'il
attendait de cette transformation et même les dépasserait largement:
c'était la fortune certaine, une belle fortune, et si facile à gérer,
qu'au cas où il viendrait à disparaître, Anie et Sixte n'auraient qu'à
en confier l'administration à un brave homme pour qu'elle continuât à
leur fournir pendant de longues années les mêmes revenus.
_(A suivre.)_
Hector Malot.
[Illustration.]