GRISÉLIDIS

_Grisélidis_, le mystère que vient de représenter la Comédie-Française,

se déroule dans des décors qui rappellent l'art symbolique des

primitifs; les enluminures des missels, les fleurettes et les grandes

lettres peintes qui enjolivent les grimoires, les vitraux de

cathédrales, ont inspiré le metteur en scène comme les poètes. C'est le

cadre qu'il faut à Grisélidis, la marquise de Saluces, une soeur,

Des vierges en or fin d'un livre de légendes

Dans un flot de velours traînant leurs petits pieds.

La gravure que nous publions représente la dernière scène du troisième

et dernier acte. Celui-ci se passe, comme le premier, dans l'oratoire de

dame Grisélidis. Le panneau de droite est occupé par un beau triptyque

dont les volets s'ouvrent ou se ferment sur une statue de Sainte-Agnès,

foulant sous ses pieds un diable sculpté... Le fond est garni d'une

large tapisserie que surmonte une fresque, où l'on voit peinte une scène

de l'Histoire sacrée... La fenêtre a vue sur la campagne verdoyante. De

hautes stalles et des coffres en bois sculpté meublent l'oratoire.

Donc, le diable n'a pas eu raison de la vertu de dame Grisélidis, et,

pour se venger, pour la mettre à une dernière épreuve, il lui a ravi son

fils, l'enfantelet Loys. Le marquis de Saluces, qui arrive de la

croisade et se croyait trompé, vient de reconnaître son erreur, mais, en

même temps, il apprend le rapt de son fils... Alors, un miracle

s'accomplit. La croix de l'autel se change en une épée flamboyante: elle

met en fuite le diable qui disparaît derrière la tapisserie avec un

dernier ricanement. On ouvre les volets de la niche de Sainte-Agnès,

qu'un instant auparavant les châtelains avaient trouvée vide, non sans

un grand effroi: Sainte-Agnès a repris sa place et elle porte le petit

Loys dans ses bras. Le miracle est complet: ce sont les prières

ferventes de dame Grisélidis qui l'ont obtenu du ciel. Vassaux,

tenanciers, hommes d'armes, bergers et lavandières tombent à genoux,

devant cette manifestation non équivoque de la faveur dont Dieu le père

et les saints entourent la demeure et la famille du marquis de Saluces:

il passe sur cette scène comme un souffle de la foi qui inspirait Fra

Angelico da Fiesole.

Ad. Ad.

[Illustration.]

L'Illustration, No. 2517, 23 Mai 1891 · 第 26 / 33 题