La foire au pain d'épice

Il y avait quatre musiciens: une clarinette qui mesurait cinq pieds huit

pouces et qui pouvait être au besoin «géant belge» quand elle mettait

six jeux de cartes dans chacune de ses bottes, un trombone bossu, un

triangle en bas âge et une grosse caisse du sexe féminin, large comme

une tour.

Il y avait en outre un lancier polonais pour agiter la cloche, un

paillasse habillé de toile à matelas pour crier dans le porte-voix, et

une fillette rousse de cheveux, brune de teint, qui tapait à coups

redoublés sur le tam-tam, roi des instruments destinés à produire la

musique enragée.

Cela faisait un horrible fracas au-devant d'une baraque assez grande,

mais abondamment délabrée, qui portait pour enseigne un tableau déchiré

représentant la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des serpents

boas, une charge de cavalerie, un lion dévorant un missionnaire et le

roi Louis-Philippe avec sa nombreuse famille, recevant les ambassadeurs

de Tippoo-Saïb.

Le ciel du tableau où voltigeaient des hippogriffes, des ballons, des

comètes, des trapèzes, Auriol en train d'exécuter le saut périlleux, et

un oiseau rare, emportant un âne dans ses serres, était coupé par une

vaste banderole, déroulée en fantastiques méandres, qui laissait lire la

légende suivante:

L'avaleur de sabres Les Habits Noirs Tome VI · 第 10 / 95 题