Il y a des silences qui sont des mensonges. MELCHIOR DE VOGLÉ.
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Les pays où l'on n'a ni aimé ni souffert ne vous laissent aucun
souvenir. PIERRE LOTI.
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Progrès matériel et décadence morale: l'attelage dépareillé d'une nation
qui court aux catastrophes.
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Le rappel de nos lointains souvenirs fait moins songer au retour
printanier des hirondelles qu'à leurs rassemblements sur les toits d'où
l'hiver les chasse. G.-M. VALTOUR.
[Illustration: LA MISSION DE SEGONZAC AU MAROC.--La caravane dans le
Haut-Atlas (26 janvier 1905).]
Le marquis de Segonzac vient d'être fait prisonnier dans le Sud
marocain. Il avait été chargé, par le Comité du Maroc, d'une mission
dans les régions de l'Atlas méridional et du Sous. C'est au cours de
cette mission, après en avoir accompli la majeure partie et se trouvant
déjà à mi-chemin sur la voie du retour, qu'il fut, par trahison, attiré
dans un guet-apens et arrêté sur l'ordre du cheik de la tribu des
Sektana, Mohammed ben Tabia. Il avait déjà accompli au Maroc trois
importants voyages d'exploration (octobre 1899-septembre 1901). Il avait
visité le Sous, le Maroc central, puis exploré le Rif, dernière partie
ignorée du littoral méditerranéen dont, comme l'a écrit Duveyrier, on ne
connaissait que ce que l'on pouvait apercevoir du pont des navires.
C'est sous des déguisements divers que M. de Segonzac était parvenu à
mener à bien ses périlleuses entreprises. Au Sous, accompagné d'un vieil
Algérien échappé de la Guyane, il avait erré sous le déguisement d'un
pèlerin dévot. Il avait pénétré chez les Beraber, à la suite de cheurfa
d'Ouezzan, en qualité de domestique. Dans la région du Rif, il avait
cheminé sous les haillons minables d'un mendiant allant de mosquée en
mosquée et vivant d'aumônes. Comme on le voit, ces trois voyages furent
de jolis tours de force, dénotant chez l'homme qui les a accomplis
autant d'audace que d'intelligence.
[Illustration: Le marquis de Segonzac. _Phot. Pirou, rue Royale._]
[Illustration: Itinéraire de la mission de Segonzac en 1905. (Le trait
plein indique le chemin parcouru jusqu'au 4 février; le trait
interrompu, le chemin que la mission devait parcourir.)]
[Illustration: Zenagui. M. de Segonzac. La mission de Segonzac sur un
sommet de l'Atlas. _D'après une épreuve communiquée par M. L. Bouet._]
Cette fois, la mission de Segonzac avait quitté Marseille le 1er
novembre 1904. Elle se composait de: MM. de Segonzac, Gentil, maître de
conférence de géologie à la Sorbonne, R. de Flotte Roquevaire,
cartographe, Boulifa, professeur à l'École des lettres d'Alger,
interprète berbère, et Abd el Aziz Zenagui, professeur à l'École des
langues orientales de Paris, interprète arabe. Cette mission était
entrée en territoire marocain par Mogador. Depuis son départ, on n'avait
eu à son sujet que très peu de nouvelles. Dernièrement, le Comité du
Maroc avait appris qu'afin de se mouvoir avec plus de sécurité, la
petite troupe s'était divisée en trois: M. Gentil explorait, au point de
vue géologique, la région de Marrakech, tandis que M. de Flotte
Roquevaire faisait de la triangulation dans le Haut-Atlas.
Quant à M de Segonzac, accompagné de ses deux interprètes berbère et
arabe, il se dirigea sur l'Est marocain, vers l'Atlas. L'itinéraire
qu'il suivit part de Demnat, passe par la zaouia d'Ahansal, la zaouia
d'Amhaouch, coupe le Haut-Atlas au col de Tounfit et aboutit au mont
Aiachi. Ce dernier point est une montagne de 4.200 mètres d'altitude qui
est le noeud des massifs du Haut et du Moyen-Atlas. En parvenant
jusqu'au pied de l'Aiachi, M. de Segonzac a comblé le dernier grand
blanc restant sur la carte du Maroc.
De l'Aiachi, le voyageur se dirigea vers l'Anti-Atlas. C'est de cette
région, de la zaouia Sidi-el-Haouari, dans le Ferkla, à deux jours du
Tafilalet, que, pour la dernière fois, on eut de ses nouvelles. Il se
proposait de revenir par l'oued Dra, l'oued Noun et la partie supérieure
de la vallée de l'oued Sous. M. de Segonzac a donc été fait prisonnier
en accomplissant la dernière partie de son magnifique voyage. À ce
moment, il était seul avec son interprète arabe, son interprète berbère
étant retourné à Marrakech. Fort heureusement, Abd el Aziz Zenagui put
s'échapper, on ne sait pas encore comment, se rendre à Mogador et
télégraphier la nouvelle de la capture de M. de Segonzac.
À l'instant même où le Comité du Maroc recevait cette nouvelle, lui
parvenaient plusieurs caisses remplies de documents et de photographies
expédiés par M. de Segonzac et résultant de sa belle exploration. Les
deux panoramas que publie aujourd'hui l'_Illustration_ nous ont été
obligeamment communiqués par le Comité du Maroc.
Il s'agit maintenant de délivrer le courageux Français victime, de son
intrépidité. Le ministre des affaires étrangères est saisi de la
question et les négociations vont commencer. Puissent-elles aboutir
rapidement! ANDRÉ MÉVIL..
[Illustration: Vue de la chaîne, du Haut-Atlas, prise du col de Tounfit
(27 janvier) _Les deux vues panoramiques reproduites ici ont été prises
par la mission pendant qu'elle franchissait une région complètement
inconnue dans le Haut-Atlas._]
[Illustration: M. COQUELIN AÎNÉ DANS SON NOUVEAU ROLE DE SCARRON]
La première représentation de «Scarron», comédie tragique en cinq actes,
en vers, de M. Catulle Mendès, sera le grand événement théâtral de la
semaine prochaine.--«Mon rôle est admirable», dit M. Constant
Coquelin.--«Mon interprète est prodigieux», dit M. Catulle Mendès. Nos
lecteurs nous sauront gré de leur faire connaître, même avant les
privilégiés de la répétition générale et de la première, la physionomie
que le célèbre acteur va donner à l'énigmatique figure du poète
burlesque et infirme, qui fut le mari de la belle Françoise d'Aubigné.
[Illustration: Le président Roosevelt, escorté par les rough-riders, se
rend au Capitole.]
[Illustration: Le défilé des cadets de West-Point.--_Phot comm. par M.
Léon Bouet._]
[Illustration: L'INAUGURATION DE LA NOUVELLE PRÉSIDENCE DE M. ROOSEVELT
Sur la place du Capitole, à Washington: le Président prête le serment
constitutionnel, la main droite sur la Bible que lui présente le
Chief-Justice. M. Fuller. _Photographie Underwood et Underwood.--Voir
l'article, page 196._]
[Illustration: LE GÉNÉRAL LINIÉVITCH, QUI REMPLACE LE GÉNÉRAL
KOUROPATKINE À LA TÊTE DES ARMÉES RUSSES EN MANDCHOURIE.
_Photographie de notre correspondant de guerre, Victor Bulla, attaché à
la 1re armée russe._]
Le général Liniévitch, appelé, le 15 mars, par un ordre télégraphique du
tsar, à remplacer Kouropatkine en qualité de généralissime, est âgé de
soixante-sept ans. N'ayant passé par aucune école militaire, il a porté
pendant sept ans la _chinèle_ du simple soldat. En 1900, il commandait
le corps de Sibérie, avec lequel il prit part à la campagne de Chine; en
1904, il exerçait le commandement intérimaire des troupes de
Mandchourie, qu'il dut, au mois de mars, remettre à Kouropatkine. Depuis
le mois de novembre, il était à la tête de la 1re armée, poste où son
ancien général en chef, déférant au désir de l'empereur, va le remplacer
à son tour.
Malgré son âge et ses nombreuses blessures, le général Liniévitch est
encore très robuste et a conservé une rare activité, dont il vient de
donner des preuves. Le fait qu'il est sorti du rang contribue à rendre
son nom populaire en Russie, où l'on compte un peu sur sa longue
expérience pour changer la fortune des armes, jusqu'à présent si
obstinément défavorable.
[Illustration double: L'ENVERS DE LA GUERRE: UNE RUE DE MOUKDEN PENDANT
LES DERNIERS JOURS DE L'OCCUPATION RUSSE Un flot humain: charrettes de
réfugiés des villages voisins, voitures d'ambulances transportant des
blessés, coolies chinois, détachements d'infanterie sibérienne, voitures
d'intendance...]
[Illustration: LE TRANSPORT DES PIÈCES DE SIÈGE JAPONAISES DE
PORT-ARTHUR AU CHA-HO.--_Photographie d'un de nos correspondants, le
colonel Edwin Emerson._ _De même qu'à Port-Arthur, l'artillerie
japonaise et, particulièrement, les pièces de siège paraissent avoir
joué un rôle considérable dans les succès du Cha-Ho et du Houn-Ho qui
ont eu pour conséquence la prise de Moukden. On voit, par la
photographie ci-dessus, avec quel soin minutieux les Japonais allaient
confier à la voie ferrée transmandchourienne, pour être transportés de
Port-Arthur au Cha-Ho, leurs gros canons, soigneusement enveloppés et
emballés._]
[Illustration: L'HÔTEL BRISTOL, À SAINT-PÉTERSBOURG, APRÈS L'EXPLOSION
D'UNE BOMBE DANS UNE CHAMBRE DU SECOND ÉTAGE.--_Phot. C.-O. Bulla._
_Dans la nuit du 10 au 11 mars, une explosion formidable retentissait au
coin de la perspective Voznessensky et de la rue Grande-Morskaïa. Une
bombe, qu'un étranger, Henri Mac-Cullock, venait de fabriquer
clandestinement au second étage de l'hôtel Bristol, avait éclaté par
accident, tuant son auteur, éventrant le plancher, faisant voler toutes
les vitres en éclats, blessant plusieurs personnes dans les appartements
voisins et à l'étage inférieur. Mac-Cullock appartenait au parti
révolutionnaire. Outre des proclamations et des brochures séditieuses,
on a trouvé dans sa chambre plusieurs formules chimiques permettant
d'obtenir des engins de force explosive extraordinaire, divers dessins
de machines infernales perfectionnées, et enfin des annotations
relatives à Gatchina et à Tsarskoïé-Sélo._]
[Illustration: Une des pattes du dinosaure mise à découvert dans une
carrière de l'État de Wyoming.]
[Illustration: Le montage d'une des pattes antérieures du dinosaure au
musée paléontologique de New-York.]