1. BALANCE GÉNÉRALE DE L'INDUSTRIE RAVITAILLÉE PAR L'ÉTAT.

Voici, d'après le budget du Conseil suprême de l'économie nationale, du

1er janvier jusqu'au 1er octobre 1922, la balance générale de

l'industrie ravitaillée par l'État (en millions de roubles-or)[48].

[Footnote 48: _Economitcheskaia Jizn_, 10 janvier et 5 février 1922.]

+------------------+----------+----------+----------------+-------+

| | | | Valeur des | |

| |Production| Dépenses | disponibilités | |

| Industries | en | pour la |de l'État et des|Déficit|

| | 1922 |production| recettes sans | |

| | | | contre-partie | |

| | | | en argent | |

+------------------+----------+----------+----------------+-------+

| Forestière | 78,0 | 74,2 | 24,0 | 50,2 |

| Tourbe | 10,5 | 10,2 | 1,8 | 6,2 |

| Charbonnière | 63,5 | 82,5 | 37,6 | 44,9 |

| Naphte | 85,0 | 52,0 | 29,1 | 23,0 |

| Minière | 16,7 | 16,7 | 5,2 | 11,6 |

| Métallurgique | 123,0 | 135,0 | 60,1 | 67,4 |

| Électrotechnique | 16,6 | 14,9 | 6,5 | 8,4 |

| Textile | 149,2 | 139,9 | 68,9 | 55,0 |

| Chimique | 49,8 | 44,0 | 20,4 | 14,8 |

| Minerais | 11,6 | 10,6 | 2,7 | 6,1 |

| Papier | 6,9 | 14,4 | 8,3 | 6,1 |

| Produits animaux | 93,0 | 92,3 | 29,2 | 54,4 |

| Aliments | 87,1 | 81,3 | 29,5 | 28,8 |

| Sucre | 19,5 | 21,0 | 1,8 | 19,0 |

| _Autres_ | 96,4 | 105,0 | 34,4 | 70,6 |

| |----------|----------|----------------|-------|

| _Total_ | 906,6 | 894,1 | 359,3 | 466,8 |

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D'après les renseignements fournis au Conseil suprême de l'économie

nationale en février 1922, une somme de 371 millions de roubles-or était

nécessaire comme fonds de roulement pour tous les trusts.

Les sommes suivantes furent reçues effectivement par les diverses

branches de l'industrie[49].

[Footnote 49: _Economitcheskaia Jizn_, 25 février 1922.]

Industries Sommes nécessaires Sommes reçues

(en millions de roubles-or)

Textile 154 72

Métallurgique 60 38

Électrotechnique 11 7

Construction 7 4

«L'union industrielle _Gomza_ devait recevoir de l'État 21 milliards

afin de payer les salaires de trois mois (août, septembre, octobre),

salaires qui étaient loin d'atteindre le minimum nécessaire pour vivre;

elle n'en a reçu toutefois qu'un milliard et demi. En général, 10 % des

besoins seulement furent satisfaits par les administrations centrales de

l'État; pour les 90 % restants, pas un sou ne fut attribué. On peut dire

la même chose des entreprises qui s'occupaient de l'approvisionnement en

bois et d'autres qui ne furent pas ravitaillées du tout ou ne le furent

que pour une très faible partie de leurs besoins. Quant aux sommes en

espèces qui devaient remplacer les produits manquants dans le

ravitaillement par l'État, elles ne furent presque jamais payées. Il en

résulte que les usines n'ont pas du tout de fonds de roulement. Dans de

pareilles conditions, tout effort pour introduire le «rendement

commercial» est impossible[50].»

[Footnote 50: _Ibid._, 6 décembre 1921.]

«Il faut l'avouer franchement, disait M. Taratouta à la conférence des

trusts, le ravitaillement par l'État n'existe pas, et il faut en tirer

les conclusions. Le trust que je représente, dont le budget mensuel est

de 300 milliards, n'a reçu que 10 millions de roubles soviétiques. Dans

ces conditions-là, le sens principal de la formation des trusts,

c'est-à-dire la responsabilité des chefs, disparaît, car dans de

pareilles conditions il est impossible d'assumer une responsabilité

quelconque.

«L'industrie ukrainienne n'a reçu en janvier que 204,000 roubles, au

lieu des 10 millions et demi prévus par le budget; elle n'a reçu de

vivres que pour 120,000 ouvriers au lieu de 235.000 ...»

* * * * *

«En fait, il n'y a pas de ravitaillement par l'État en Ukraine», disait

à la conférence des trusts le représentant du Conseil d'économie

nationale ukrainien. «La cause principale de la faiblesse de

l'industrie, d'après l'opinion de M. Kactyne, est l'absence de fonds de

roulement, de capitaux. Telle est la raison fondamentale de

l'impuissance et de l'anémie des entreprises industrielles. L'État a

donné à ses unions industrielles d'assez grands capitaux au moment de la

fondation, exigeant de grandes dépenses pour l'amortissement, mais il a

accordé trop peu ou pas du tout de fonds de roulement et de capitaux de

réserve pour le travail courant; en même temps, toute ou presque toute

la production est perçue par les commissariats des chemins de fer, de

l'instruction publique, de l'hygiène, etc., à titre de «compensation

pour le ravitaillement». Où l'industrie doit-elle se procurer les fonds

de roulement? Dans certaines branches de l'industrie, dont la production

est _entièrement_ absorbée par les besoins militaires, cette question se

pose dans toute son acuité aux dirigeants des entreprises et des unions,

en les menaçant de l'arrêt complet de la production ...»

«Tout le monde sait, d'après l'expérience pratique, disait-on à la

conférence des trusts, que le ravitaillement par l'État se borne à des

quantités insignifiantes; l'entreprise doit faire elle-même

l'acquisition de ses fonds de roulement, même si elle est «ravitaillée»

par l'État. Où que l'on s'adresse, partout on demande un paiement

immédiat en marchandises et en argent[51].

[Footnote 51: _Economitcheskaia Jizn_, 28 janvier 1922.]

«En fait, le ravitaillement par l'État se réduit à la partie

insignifiante de vivres que doivent recevoir les entreprises dont le

ravitaillement par l'État est maintenu. Quoique le nombre de ces

entreprises soit insignifiant, que les ressources obtenues par elles

soient minimes, le ravitaillement par l'État est d'une irrégularité

incroyable.

«En même temps, l'industrie ravitaillée par l'État, donc la plus

importante de toutes, est limitée dans son activité, surtout en ce qui

concerne les commandes et le ravitaillement, et se trouve être par

là-même dans une situation infiniment plus désavantageuse que l'autre

partie de l'industrie, qui, n'étant pas ravitaillée par l'État parce que

n'ayant pas la même importance, ne connaît pas ces restrictions à son

activité.»

* * * * *

En partant de ces constatations, les représentants des trusts ont exigé

«que l'industrie nationalisée ne soit plus ravitaillée par l'État en

aucune façon, car le ravitaillement par l'État est pour l'industrie ce

qu'est la chaîne pour le forçat qu'elle tient attaché[52].»

[Footnote 52: _Ibid._, 18 janvier 1922.]

* * * * *

«Pour autant qu'il est évident, écrivait M. Lomov, que l'ancien plan de

ravitaillement par l'État a fait faillite et doit être modifié, il

faudra soustraire au ravitaillement par l'État dans un avenir prochain

quantité de branches de l'industrie[53].»

[Footnote 53: A. LOMOV: «Un pas en avant, deux pas en arrière», dans

_Economitcheskaia Jizn_, 11 janvier 1922.]

Sous l'influence des considérations ci-dessus, une partie des

entreprises et des institutions de l'État (par exemple l'administration

centrale des combustibles, les transports, etc.) ne sont plus

ravitaillées par l'État, mais doivent être organisées sur la base du

«rendement commercial».

L'organisation de l'industrie et les conditions du travail dans la Russie des Soviets · 第 41 / 89 题