Ce dimanche-là, les trois cousines, réunies chez Mme Serveroy,
boulevard Latour-Maubourg, ne devaient pas sortir, Marie-Annette se
plaignant d'un fort mal de gorge.
Aussi, dès que les jeunes filles furent installées devant le maigre feu
de la chambre, les institutrices s'empressèrent-elles de prendre leur
volée.
Immédiatement, la scène changea. Marie-Annette jeta le foulard et la
ouate enveloppant son cou, se débarrassa de son peignoir et vêtit
rapidement un costume de ville.
--Sapristi, mes bottines ne sont pas faites!... Tant pis, je vais les
frotter avec mon mouchoir!
Cady l'assistait en riant, tandis qu'Alice qui n'était pas de
l'escapade projetée, se désintéressait, boudeuse et sarcastique.
--Bonne chance! cria-t-elle avec jalousie derrière les jeunes filles
qui dégringolaient l'escalier de service, afin de sortir par la petite
porte que ne surveillait aucun domestique.
Sur le boulevard presque désert, un fiacre attendait, trois maisons
plus loin.
--C'est _lui_? demanda Cady.
--Je pense!... Oh! ma chère, mon cœur bat!
Cady étouffa un violent éclat de rire, car pendant que sa cousine
parlait, elle avait eu une de ces convulsions du visage qui lui
étaient familières. A l'idée du singulier spectacle que devait donner
Marie-Anne amoureuse et grimaçant des paroles tendres, la fillette
sentait les spasmes d'une folle gaîté la submerger.
--Si son type est seulement moitié aussi loufoque qu'elle, ce ne sera
pas banal! pensait-elle.
Marie-Annette la bousculait.
--Oui, oui, c'est lui!...
Elles coururent au fiacre, ouvrirent la portière et se précipitèrent
dedans.
--C'est nous! annonça Marie-Annette, tandis que Cady, renversée au
fond de la voiture, riait de tout son cœur réjoui par l'irrésistible
comique de la scène.
Leur double entrée en tempête avait fait se tapir burlesquement dans un
angle un individu au long corps maigre. Il les examinait, péniblement
recroquevillé, avec une intense et risible expression d'ahurissement.
Ses petits yeux noirs disparaissaient dans la bouffissure d'une large
face enfantine, toute mangée de grosse barbe noire, et un minuscule nez
pointu, relevé à l'extrémité, saillait en piton au milieu de pommettes
rouges et luisantes.
--Eh bien, c'est nous, répéta Marie-Annette, un peu énervée par son
silence et dépitée par son attitude grotesque. Est-ce que vous ne me
reconnaissez pas?
Le jeune homme fit un grand geste maladroit, protestant:
--Oh! pouvez-vous dire!... Mais je ne m'attendais pas...
--A ma présence, à moi? glissa Cady en l'examinant effrontément... Non,
mais, mon garçon, vous n'imaginez pas que ma cousine serait venue toute
seule à votre rendez-vous?
Il s'excusa, démonté.
--Mademoiselle, soyez sûre que... mon respect...
Le cocher se penchait.
--On va?
--Ah! oui, au fait, où allons-nous? s'écria le jeune homme de plus en
plus éperdu.
Marie-Annette se taisait, la figure calme, jolie, au fond de la
voiture, où elle se rencoignait, un peu émue des suites de l'aventure
dans laquelle elle s'était inconsidérément engagée.
Cady lança avec décision:
--Eh bien! chez vous!... n'est-ce pas convenu?
Il bégaya des mots incompréhensibles, hésita, s'agita; puis, prenant un
parti, pencha son buste dans la portière ouverte:
--Rue Vaneau, 140!
La secousse régulière du fiacre, l'immobilité de ses compagnes finirent
par le remettre.
Il prit la main de Marie-Annette.
--Combien je vous suis reconnaissant!
Cady l'interrompit.
--Dites donc! si l'on faisait les présentations.
Marie-Annette se redressa.
--M. Jules Desfossés, avocat... Ma cousine Cady, la fille de mon oncle
Darquet!
Le jeune homme jeta avec vivacité:
--Ah! c'est vous, la fille de l'éminent député?...
Cady étudiait le corps gauche, la mine intimidée de l'individu.
--Vous plaidez, vous? fit-elle avec incrédulité.
--Oui... c'est-à-dire pas beaucoup encore... Je suis secrétaire de la
rédaction d'un journal judiciaire.
Marie-Annette continuait, souriant à des ressouvenirs:
--Voici plus de six mois que nous nous connaissons... Du moins, que
nous nous rencontrons presque tous les jours dans la rue de Vaugirard...
--Par hasard, c'est prodigieux! remarqua Cady avec ironie.
Le jeune homme expliqua:
--Je fréquente un cabinet de lecture au 170.
Marie-Annette poursuivit:
--Qui est précisément au rez-de-chaussée de la maison où est notre
cours. Une fois, sous le porche, on s'est parlé... on s'est écrit... et
puis...
Jules lui prit la main avec une apparence de sincérité tendre qui
surprit Cady.
--Enfin, vous avez bien voulu consentir à venir me voir aujourd'hui
pour que nous causions de notre avenir. Vous avez eu confiance en moi,
chère Annette... Croyez que j'en suis bien heureux!
Le tour sentimental de l'aventure stupéfiait Cady.
Elle ne comprenait le flirt qu'ainsi qu'une sorte d'escarmouche rapide
et légère, où la femme pique la curiosité de son partenaire, harcèle
son désir et s'enfuit tout à coup avec un rire insouciant, l'esprit
distrait par un jeu et un but nouveaux.
--Ils sont fous, pensa-t-elle.
Et elle s'intéressa subitement au mouvement des rues noires et étroites
que le fiacre longeait, oubliant ses compagnons qui l'ennuyaient.
On s'arrêta.
--Alors, fit Cady maussade, nous entrons chez vous?... Y a-t-il, au
moins, quelque chose à manger?
--Oui... c'est-à-dire, non dit le jeune homme embarrassé.
--Oui, non, enfin, quoi? faudrait s'entendre! jeta Cady, mécontente et
péremptoire.
--Il y a du thé et des gâteaux secs, murmura le jeune homme, anéanti
par cet interrogatoire sans bienveillance.
Cady fit la grimace.
--Ça ne suffit pas... Les gâteaux secs c'est toujours trop mou...
--Voyons, Cady, intervint Marie-Annette, gênée par sa désinvolture.
--Ah! ta bouche! s'écria Cady révoltée. Crois-tu que je m'amuse? Au
moins que j'aie de bonnes choses à manger! Tenez, m'sieu l'avocat,
voilà ce que nous allons faire. Donnez-moi votre clef, expliquez-moi
où est votre caserne, et, pendant que nous nous installerons, jouez
des quilles jusqu'à la prochaine pâtisserie, et revenez vite avec une
bonne provision.
--Mais, je vais d'abord vous conduire...
--Du tout! Ça n'en finirait pas... Croyez-vous que nous resterons ici
jusqu'à demain? Allons, la clef, et filez!...
Le jeune homme se soumit, dompté par l'entrain et l'entêtement de la
fillette.
--Eh bien, voici mon trousseau... Le passe-partout, c'est la plus
grande clef... L'appartement est à l'entresol, à gauche... Cinq minutes
et je serai revenu, le pâtissier est tout près.
Cady haussa les épaules avec un blâme.
--Et vous n'aviez pas pensé à vous approvisionner?... Si c'est pas
malheureux!...
Marie-Annette, émue de la mortification de son ami, jeta avec une
contorsion de tout son visage.
--Tais-toi donc, Cady, on ne venait pas pour manger!
Cady la poussa d'un coup de poing dans l'escalier.
--Tu dis, petite brute?...
Et, hors de portée des oreilles de Jules Desfossés, elle ajouta:
--Alors, quoi, tu lui avoues que tu venais pour faire l'amour?...
Tu n'as pas la trouille, ma vieille! Alors, pourquoi que tu
m'amènes?... Tu ne penses tout de même pas que je m'en vas zyeuter vos
enlacements?...
Marie-Annette se défendait, confuse.
--Cady, tu es insupportable!... Jamais je n'ai eu l'idée!... Tu le sais
bien...
L'autre s'esclaffait en fourrageant dans la serrure.
--C'est tout de même drôle de pénétrer chez un type que l'on ne connaît
pas! C'est surtout pour cela que je l'ai envoyé courir... parce que,
ses gâteaux, j'y tiens pas tant que cela.
--Ah! oui, c'est amusant! s'écria Marie-Annette.
Et toutes deux pénétrèrent en courant comme des folles dans un couloir
sombre encombré de vêtements pendus; puis dans deux petites pièces,
chambre et cabinet de travail, aux vieux meubles désuets.
Avec un cabinet de toilette noir et une cuisine grande comme un
placard, pleine de chaussures non cirées, de linge sale et de vaisselle
malpropre, c'était tout l'appartement.
--Bigre! c'est pas la turne d'un prince! remarqua Cady, déçue.
Marie-Annette se jeta dans un «voltaire» comme l'on n'en rencontre plus
que rive gauche.
--Que veux-tu, ma chère, je l'aime! s'écria-t-elle d'un air inspiré.
Cady pouffa.
--Et puis?
--Comment, et puis?
--Qu'est-ce que tu en feras?
--Je l'épouserai.
Cady esquissa un cake-walk désordonné.
--Oh! oh! elle l'épousera!
--Pourquoi pas?... Il est très comme il faut, et un avocat, ça arrive à
tout.
--Ce type!... avec sa barbe de marchand de marrons... et son petit pif,
piqué entre deux pommes d'api frottées!... Et Jules qu'il s'appelle!...
Jules! Jules! Jules! glapit Cady au paroxysme de la joie.
A ce moment, on heurta à la porte.
--Tais-toi, c'est lui! s'écria Marie-Annette.
--Eh! laisse-le voir à la porte un moment!... On n'a pas encore assez
regardé, ici.
Et allant au bureau, elle ouvrir les tiroirs délibérément avec une
clef du trousseau qu'elle avait gardé à la main.
--Faut connaître un peu le monde qu'on fréquente, expliqua-t-elle
gravement.
Comme elle feuilletait les papiers, parcourait des lettres,
Marie-Annette se récria, scandalisée:
--Oh! tu ne vas pas lire?
--Non, mais, je me gênerai?... D'abord, pourquoi nous a-t-il confié ses
clefs?
Et s'interrompant tout à coup.
--Tiens, voici justement quelque chose qui paraît intéressant!
Elle lut, haut, avec rapidité:
«Mon cher garçon, tu nous dis à ton père et à moi, que tu n'as plus
d'argent pour finir ton mois. C'est que, en se privant de tout ici,
c'est avec bien de la peine qu'on t'envoie les cent cinquante francs
mensuels qu'on t'a promis. Peut-être que tante Claire consentira à
t'envoyer cinquante francs, seulement, il ne faudra plus compter sur
son cadeau à ta fête de naissance. Mon cher enfant, j'ai bien du souci
de ce que tu me dis. Si ta place au journal ne te rapporte pas plus que
les faux frais où cela t'engage, pourquoi t'y obstiner? Et puis, au
sujet de la personne dont tu me parles, elle me paraît bien jeune sur
son portrait, et c'est le plus vite possible qu'il faudrait t'établir
et tâcher de vivre pour toi-même...»
Cette fois, une série de coups de plus en plus sonores annonçaient que
le maître du logis était bien derrière la porte. Mais Cady acheva sa
lecture, écoutée attentivement par sa cousine.
«C'est plutôt une veuve aisée, encore jeune que je te souhaiterais.
Enfin, prends bien tes informations sur cette jeune fille. Il y a du
vilain monde partout, et surtout à Paris. Avant de t'engager, sois
sûr que la famille est telle que tu dis, et tâche de savoir le chiffre
exact de la succession du père. Je t'embrasse, mon cher garçon, et je
pense à toi nuit et jour.
«Ta mère,
«Louise DESFOSSÉS.»
Cady fourra prestement la lettre dans sa poche, referma le tiroir et
courut ouvrir.
--A la bonne heure! s'écria-t-elle avec satisfaction, en apercevant le
volumineux paquet de papier fin dont le jeune homme était chargé.
L'avocat semblait avoir repris son aplomb.
--Avez-vous mis chauffer la bouillotte pour le thé? demanda-t-il en
souriant avec amabilité.
--Ma foi non, répondit Cady, nous étions trop occupées à fouiller dans
vos meubles.
Il n'attacha aucun importance à ces mots et se mit à préparer le thé,
en garçon accoutumé à faire lui-même sa cuisine matinale.
Cady le regardait avec intérêt, Marie-Annette souriait de façon
ambiguë, incertaine de ce qui se passait en elle.
Le thé et les gâteaux servis, les jeunes gens installés, Cady se récria
tout à coup:
--Vrai! pour des amoureux, vous ne parlez guère!...
Le jeune homme se rapprocha de Marie-Annette dont il enlaça la taille.
--Vous m'intimidez, mademoiselle Cady!
La fillette lança un regard dédaigneux à leur groupe insuffisamment
esthétique.
--Pardi!... parce que vous sentez bien que je ne suis pas gourde,
poire, bouse de veau comme ma cousine!...
Marie-Annette grimaça, furieuse:
--Tu pourrais garder tes appréciations pour toi!...
Le jeune homme prononça sentimentalement:
--Elle est trop jeune pour comprendre notre amour pur, profond...
Avec un rire aigu, Cady tira de sa poche la lettre qu'elle venait de
lire, et recommença à voix haute:
«Mon cher garçon, tu nous dis à ton père et à moi...»
--Cady! protesta Marie-Annette, devenant cramoisie.
Jules avait tressailli, éperdu. Puis il bondit sur la fillette,
essayant de se saisir du papier, qu'elle lui déroba adroitement, en se
sauvant au fond de la pièce.
--Mademoiselle!... je ne supporterai pas!... Comment cette lettre
est-elle entre vos mains?...
Cady poursuivit sa lecture, plus haut, très vite, scandant les mots
impitoyablement.
L'avocat retomba sur son siège, désemparé.
--Cady! tu es odieuse! déclara Marie-Annette en sanglotant derrière ses
mains.
Le nez blême au milieu des pommettes pourpres, le jeune homme s'écria
avec énergie:
--Après tout, que prouve cette lettre?... Que j'ai des idées
sérieuses... Beaucoup de jeunes gens n'auraient vu qu'une aventure
amusante et sans lendemain où j'ai mis tout l'espoir de ma vie!...
Marie-Annette releva la tête, reconquise par cette éloquence.
--Cady? dit-elle avec émotion.
L'autre leva les épaules.
Jules continua avec chaleur, s'adressant à la fillette:
--Oui, mademoiselle, votre indiscrétion que je ne qualifierai pas, vous
a révélé que j'étais pauvre, que j'ai des parents à qui je ne cache
rien de mes pensées et de mes projets, mais cela ne prouve point que
je ne ressente pas une affection sincère pour Mlle Serveroy.
--Nièce de Cyprien Darquet, ministre demain peut-être, et qui,
orpheline, touchera à ses vingt et un ans la fortune de son père,
remarqua Cady ironiquement. Tout cela est très juste, mon cher
monsieur, et pas mal calculé; seulement, vous oubliez qu'il faudra sept
ans avant que Marie-Annette arrive à sa majorité... Et comme le dit
votre chère maman, c'est bien long!...
Le jeune avocat sursauta.
--Sept ans?
Marie-Annette implora en rougissant.
--Cady! je t'en prie. Tais-toi!
Cady poursuivit, impitoyable:
--Sans doute, sept ans... je sais compter peut-être!... Puisqu'elle n'a
que quatorze ans!...
Jules sauta sur ses pieds.
--Quatorze ans, bon Dieu! gémit-il avec consternation. Marie-Annette,
vous disiez dix-huit!...
Cady éclata de rire.
--Ah! ça vaut le coup!... Dix-huit ans! vous ne voudriez pas, mon
empereur!... Nous sommes des gosses, faut pas faire erreur!
Marie-Annette se renversa sur son siège, trépigna et poussa une série
de cris inarticulés, croyant devoir simuler une violente crise de nerfs.
--Oh! non, calme-toi! supplia Cady. Ça ne va pas à ton genre de beauté.
L'attaque d'hystérie, c'est trop nature!...
Jules s'effondra sur le voltaire.
--Quatorze ans! Mais alors, je suis inexcusable!
Cady lui rit au nez.
--Si elle n'a que quatorze ans, moi, j'en ai douze! Frémissez, satyre,
qui nous avez attirées dans un affreux guet-apens!... Mais as pas
peur, vieux, ça n'est pas encore à cause de nous que tu passeras en
correctionnelle!... On ne te cramponnera pas.
Marie-Annette pleurait bruyamment.
--Cady, tu avais bien besoin de te mêler de tout cela!
La fillette se rebiffa.
--Tiens, qui est-ce qui a demandé à ce que je t'accompagne, est-ce
moi?... En voilà des magnes!...
Le jeune homme se leva avec agitation.
--Mesdemoiselles, il est impossible que vous restiez ici plus longtemps!
Cady éclata de rire.
--Des scrupules!...
Il prit la main de Marie-Annette.
--Je vous en prie, ne m'en veuillez pas... J'avais fait un rêve trop
beau!
Elle tomba sur sa poitrine.
--Alors, c'est donc fini? s'écria-t-elle avec désespoir.
Il hésita, les bras ballants, n'osant ni la repousser ni l'étreindre.
--Oui... non... c'est-à-dire... Vous me mettez dans un cruel
embarras... Ma délicatesse... votre âge... Songez donc!...
--Et ti, ti, ti! et ta, ta, ta! et poum, poum! comme je m'instruis,
comme je m'amuse! chanta Cady en trépignant d'aise.
Marie-Annette se rejeta en arrière.
--Mon âge? s'écria-t-elle aigrement. Et puis après?... En vérité,
je commence à croire que ma cousine avait raison, vous n'êtes qu'un
intrigant!
--Mademoiselle!
Cady intervint.
--Pas de colère ni de gros mots!... J'ai jamais dit que Jules n'était
pas un brave type!... C'est vrai, je vous crois un bon garçon, pas
très fort, mais sans malice... Séparons-nous sans nous fâcher...
Marie-Annette, crois-en ma vieille expérience, faut jamais se fâcher
avec les hommes, ça fait des embêtements... Ecoutez, Julot, on a admiré
vos salons, on a boulotté vos gâteaux, maintenant on va se quitter.
Le jeune homme, mû par une impulsion inattendue, s'empara de la main de
Cady:
--Si l'on se quitte bons amis, l'on peut s'embrasser?
Il se penchait, avançant les lèvres. Cady fit un grand saut en arrière,
poussant sa cousine à sa place.
--Embrassez...
Les lèvres des deux jeunes gens se rencontrèrent maladroitement.
Cady appela:
--Vite, vite! on embarque!
--Adieu!... murmura Marie-Annette d'une voix étouffée.
Et elle sortit précipitamment, suivie de Cady, qui arrêta l'avocat du
geste:
--Vous dérangez pas!... On connaît la piste.
Dans le fiacre où elles ne tardèrent pas à se jeter, Marie-Annette
fondit en larmes, s'écriant mélodramatiquement:
--Oh! Cady, tu viens de briser mon avenir!
--Tu parles, chérie!