J'aimais surtout à m'arrêter sous les marronniers immenses quand ils
étaient jaunis par l'automne. Que d'heures j'ai passées dans ces
grottes mystérieuses et verdâtres à regarder au-dessus de ma tête les
murmurantes cascades d'or pâle qui y versaient la fraîcheur et
l'obscurité! J'enviais les rouges-gorges et les écureuils d'habiter ces
frêles et profonds pavillons de verdure dans les branches, ces antiques
jardins suspendus que chaque printemps, depuis deux siècles, couvre de
fleurs blanches et parfumées. Les branches, insensiblement courbées,
descendaient noblement de l'arbre vers la terre, comme d'autres arbres
qui auraient ôté plantés sur le tronc, la tête en bas. La pâleur des
feuilles qui restaient faisait ressortir encore les branchages qui déjà
paraissaient plus solides et plus noirs d'être dépouillés, et qui ainsi
réunis au tronc semblaient retenir comme un peigne magnifique la douce
chevelure blonde répandue.
Réveillon, octobre 1895.