COMME A LA LUMIÈRE DE LA LUNE

La nuit était venue, je suis allé à ma chambre, anxieux de rester

maintenant dans l'obscurité sans plus voir le ciel, les champs et la

mer rayonner sous le soleil. Mais quand j'ai ouvert la porte, j'ai

trouvé la chambre illuminée comme au soleil couchant. Par la fenêtre je

voyais la maison, les champs, le ciel et la mer, ou plutôt il me

semblait les «revoir» en rêve; la douce lune me les rappelait plutôt

qu'elle ne me les montrait, répandant sur leur silhouette une splendeur

pâle qui ne dissipait pas l'obscurité, épaissie comme un oubli sur leur

forme. Et j'ai passé des heures à regarder dans la cour le souvenir

muet, vague, enchanté et pâli des choses qui, pendant le jour,

m'avaient fait plaisir ou m'avaient fait mal, avec leurs cris, leurs

voix ou leur bourdonnement.

L'amour s'est éteint, j'ai peur au seuil de l'oubli; mais apaisés, un

peu pâles, tout près de moi et pourtant lointains et déjà vagues,

voici, comme à la lumière de la lune, tous mes bonheurs passés et tous

mes chagrins guéris qui me regardent et qui se taisent. Leur silence

m'attendrit cependant que leur éloignement et leur pâleur indécise

m'enivrent de tristesse et de poésie. Et je ne puis cesser de regarder

ce clair de lune intérieur.

Les plaisirs et les jours · 第 128 / 144 题