«Je t'apporterai un jeune pavot, aux pétales de pourpre.»
(Théocrite: _Le Cyclope._)
Au jardin, dans le petit bois, à travers la campagne, le vent met une
ardeur folle et inutile à disperser les rafales du soleil, à les
pourchasser en agitant furieusement les branches du taillis où elles
s'étaient d'abord abattues, jusqu'au fourré étincelant où elles
frémissent maintenant, toutes palpitantes. Les arbres, les linges qui
sèchent, la queue du paon qui roue découpent dans l'air transparent des
ombres bleues extraordinairement nettes qui volent à tous les vents
sans quitter le sol comme un cerf volant mal lancé. Ce pêle-mêle de
vent et de lumière fait ressembler ce coin de la Champagne à un paysage
du bord de la mer. Arrivés en haut de ce chemin qui, brillé de lumière
et essoufflé de vent, monte en plein soleil, vers un ciel nu, n'est-ce
pas la mer que nous allons apercevoir blanche de soleil et d'écume?
Comme chaque matin vous étiez venue, les mains pleines de fleurs et des
douces plumes que le vol d'un ramier, d'une hirondelle ou d'un geai,
avait laissé choir dans l'allée. Les plumes tremblent à mon chapeau, le
pavot s'effeuille à ma boutonnière, rentrons promptement.
La maison crie sous le vent comme un bateau, on entend d'invisibles
voiles s'enfler, d'invisibles drapeaux claquer dehors. Gardez sur vos
genoux cette touffe de roses fraîches et laissez pleurer mon cœur entre
vos mains fermées.