VENT DE MER A LA CAMPAGNE

«Je t'apporterai un jeune pavot, aux pétales de pourpre.»

(Théocrite: _Le Cyclope._)

Au jardin, dans le petit bois, à travers la campagne, le vent met une

ardeur folle et inutile à disperser les rafales du soleil, à les

pourchasser en agitant furieusement les branches du taillis où elles

s'étaient d'abord abattues, jusqu'au fourré étincelant où elles

frémissent maintenant, toutes palpitantes. Les arbres, les linges qui

sèchent, la queue du paon qui roue découpent dans l'air transparent des

ombres bleues extraordinairement nettes qui volent à tous les vents

sans quitter le sol comme un cerf volant mal lancé. Ce pêle-mêle de

vent et de lumière fait ressembler ce coin de la Champagne à un paysage

du bord de la mer. Arrivés en haut de ce chemin qui, brillé de lumière

et essoufflé de vent, monte en plein soleil, vers un ciel nu, n'est-ce

pas la mer que nous allons apercevoir blanche de soleil et d'écume?

Comme chaque matin vous étiez venue, les mains pleines de fleurs et des

douces plumes que le vol d'un ramier, d'une hirondelle ou d'un geai,

avait laissé choir dans l'allée. Les plumes tremblent à mon chapeau, le

pavot s'effeuille à ma boutonnière, rentrons promptement.

La maison crie sous le vent comme un bateau, on entend d'invisibles

voiles s'enfler, d'invisibles drapeaux claquer dehors. Gardez sur vos

genoux cette touffe de roses fraîches et laissez pleurer mon cœur entre

vos mains fermées.

Les plaisirs et les jours · 第 118 / 144 题