Comme un ciel sanglant avertit le passant: là il y a un incendie;
certes, souvent certains regards embrasés dénoncent des passions qu'ils
servent seulement à réfléchir. Ce sont les flammes sur le miroir. Mais
parfois aussi des personnes indifférentes et gaies ont des yeux vastes
et sombres ainsi que des chagrins, comme si un filtre était tendu entre
leur âme et leurs yeux et si elles avaient pour ainsi dire «passé» tout
le contenu vivant de leur âme dans leurs yeux. Désormais, échauffée
seulement par la ferveur de leur égoïsme,—cette sympathique ferveur de
l'égoïsme qui attire autant les autres que l'incendiaire passion les
éloigne,—leur âme desséchée ne sera plus que le palais factice des
intrigues. Mais leurs yeux sans cesse enflammés d'amour et qu'une rosée
de langueur arrosera, lustrera, fera flotter, noiera sans pouvoir les
éteindre, étonneront l'univers par leur tragique flamboiement. Sphères
jumelles désormais indépendantes de leur âme, sphères d'amour, ardents
satellites d'un monde à jamais refroidi, elles continueront jusqu'à
leur mort de jeter un éclat insolite et décevant, faux prophètes,
parjures aussi qui promettent un amour que leur cœur ne tiendra pas.