II

Alors j'entendis des pas. Assunta venait vers moi, sa tête blanche

levée sur un vaste manteau sombre. Elle me dit un peu bas: «J'avais

peur que vous n'ayez froid, mon frère était couché, je suis revenue.»

Je m'approchai d'elle; je frissonnais, elle me prit sous son manteau et

pour en retenir le pan, passa sa main autour de mon cou. Nous fîmes

quelques pas sous les arbres, dans l'obscurité profonde. Quelque chose

brilla devant nous, je n'eus pas le temps de reculer et fis un écart,

croyant que nous butions contre un tronc, mais l'obstacle se déroba

sous nos pieds, nous avions marché dans de la lune. Je rapprochai sa

tête de la mienne. Elle sourit, je me mis à pleurer, je vis qu'elle

pleurait aussi. Alors nous comprîmes que la lune pleurait et que sa

tristesse était à l'unisson de la nôtre. Les accents poignants et doux

de sa lumière nous allaient au cœur. Comme nous, elle pleurait, et

comme nous faisons presque toujours, elle pleurait sans savoir

pourquoi, mais en le sentant si profondément qu'elle entraînait dans

son doux désespoir irrésistible les bois, les champs, le ciel, qui de

nouveau se mirait dans la mer, et mon cœur qui voyait enfin clair dans

son cœur.

X

Les plaisirs et les jours · 第 100 / 144 题