Alors j'entendis des pas. Assunta venait vers moi, sa tête blanche
levée sur un vaste manteau sombre. Elle me dit un peu bas: «J'avais
peur que vous n'ayez froid, mon frère était couché, je suis revenue.»
Je m'approchai d'elle; je frissonnais, elle me prit sous son manteau et
pour en retenir le pan, passa sa main autour de mon cou. Nous fîmes
quelques pas sous les arbres, dans l'obscurité profonde. Quelque chose
brilla devant nous, je n'eus pas le temps de reculer et fis un écart,
croyant que nous butions contre un tronc, mais l'obstacle se déroba
sous nos pieds, nous avions marché dans de la lune. Je rapprochai sa
tête de la mienne. Elle sourit, je me mis à pleurer, je vis qu'elle
pleurait aussi. Alors nous comprîmes que la lune pleurait et que sa
tristesse était à l'unisson de la nôtre. Les accents poignants et doux
de sa lumière nous allaient au cœur. Comme nous, elle pleurait, et
comme nous faisons presque toujours, elle pleurait sans savoir
pourquoi, mais en le sentant si profondément qu'elle entraînait dans
son doux désespoir irrésistible les bois, les champs, le ciel, qui de
nouveau se mirait dans la mer, et mon cœur qui voyait enfin clair dans
son cœur.
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