ANTOINE VAN DYCK

Douce fierté des cœurs, grâce noble des choses

Qui brillent dans les yeux, les velours et les bois,

Beau langage élevé du maintien et des poses

—Héréditaire orgueil des femmes et des rois!—,

Tu triomphes, Van Dyck, prince des gestes calmes,

Dans tous les êtres beaux qui vont bientôt mourir,

Dans toute belle main qui sait encor s'ouvrir;

Sans s'en douter,—qu'importe?—elle te tend les palmes!

Halte de cavaliers, sous les pins, près des flots

Calmes comme eux—comme eux bien proches des sanglots—;

Enfants royaux déjà magnifiques et graves,

Vêtements résignés, chapeaux à plumes braves,

Et bijoux en qui pleure—onde à travers les flammes—

L'amertume des pleurs dont sont pleines les âmes

Trop hautaines pour les laisser monter aux yeux;

Et toi par-dessus tous, promeneur précieux,

En chemise bleu pâle, une main à la hanche,

Dans l'autre un fruit feuillu détaché de la branche,

Je rêve sans comprendre à ton geste et tes yeux:

Debout, mais reposé, dans cet obscur asile,

Duc de Richmond, ô jeune sage!—ou charmant fou?—

Je te reviens toujours: Un saphir, à ton cou,

A des feux aussi doux que ton regard tranquille.

(Suivant: quatre pièces pour piano de Reynaldo Hahn)

Les plaisirs et les jours · 第 72 / 144 题