La maîtresse de Fabrice était intelligente et belle; il ne pouvait s'en
consoler. «Elle ne devrait pas se comprendre! s'écriait-il en
gémissant, sa beauté m'est gâtée par son intelligence; m'éprendrais-je
encore de la Joconde chaque fois que je la regarde, si je devais dans
le même temps entendre la dissertation d'un critique, même exquis?» Il
la quitta, prit une autre maîtresse qui était belle et sans esprit.
Mais elle l'empêchait continuellement de jouir de son charme par un
manque de tact impitoyable. Puis elle prétendit à l'intelligence, lut
beaucoup, devint pédante et fut aussi intellectuelle que la première
avec moins d'aisance et des maladresses ridicules. Il la pria de garder
le silence: même quand elle ne parlait pas, sa beauté reflétait
cruellement sa stupidité. Enfin, il lit la connaissance d'une femme
chez qui l'intelligence ne se trahissait que par une grâce plus
subtile, qui se contentait de vivre et ne dissipait pas dans des
conversations trop précises le mystère charmant de sa nature. Elle
était douce comme les hôtes gracieuses et agiles aux yeux profonds, et
troublait comme, au matin, le souvenir poignant et vague de nos rêves.
Mais elle ne prit point la peine de faire pour lui ce qu'avaient fait
les deux autres: l'aimer.