PEINES D'AMOUR

Violante fut amoureuse, c'est-à-dire qu'un jeune Anglais qui s'appelait

Laurence fut pendant plusieurs mois l'objet de ses pensées les plus

insignifiantes, le but de ses plus importantes actions. Elle avait

chassé une fois avec lui et ne comprenait pas pourquoi le désir de le

revoir assujettissait sa pensée, la poussait sur les chemins à sa

rencontre, éloignait d'elle le sommeil, détruisait son repos et son

bonheur. Violante était éprise, elle fut dédaignée. Laurence aimait le

monde, elle l'aima pour le suivre. Mais Laurence n'y avait pas de

regards pour cette campagnarde de vingt ans. Elle tomba malade de

chagrin et de jalousie, alla oublier Laurence aux Eaux de..., mais elle

demeurait blessée dans son amour-propre de s'être vu préférer tant de

femmes qui ne la valaient pas, et, décidée à conquérir, pour triompher

d'elles, tous leurs avantages.

—Je te quitte, mon bon Augustin, dit-elle, pour aller près de la cour

d'Autriche.

—Dieu nous en préserve, dit Augustin. Les pauvres du pays ne seront

plus consolés par vos charités quand vous serez au milieu de tant de

personnes méchantes. Vous ne jouerez plus avec nos enfants dans les

bois. Qui tiendra l'orgue à l'église? Nous ne vous verrons plus peindre

dans la campagne, vous ne nous composerez plus de chansons.

—Ne t'inquiète pas, Augustin, dit Violante, garde-moi seulement beaux

et fidèles mon château, mes paysans de Styrie. Le monde ne m'est qu'un

moyen. Il donne des armes vulgaires, mais invincibles, et si quelque

jour je veux être aimée, il me faut les posséder. Une curiosité m'y

pousse aussi et comme un besoin de mener une vie un peu plus matérielle

et moins réfléchie que celle-ci. C'est à la fois un repos et une école

que je veux. Dès que ma situation sera faite et mes vacances finies, je

quitterai le monde pour la campagne, nos bonnes gens simples et ce que

je préfère à tout, mes chansons. À un moment précis et prochain, je

m'arrêterai sur cette pente et je reviendrai dans notre Styrie, vivre

auprès de toi, mon cher.

—Le pourrez-vous? dit Augustin.

—On peut ce qu'on veut, dit Violante.

—Mais vous ne voudrez peut-être plus la même chose, dit Augustin.

—Pourquoi? demanda Violante.

—Parce que vous aurez changé, dit Augustin.

Les plaisirs et les jours · 第 22 / 144 题