IV

Quand ils furent sortis de chez Rasseneur, Étienne et Catherine

marchèrent en silence. Le dégel commençait, un dégel froid et lent,

qui salissait la neige sans la fondre. Dans le ciel livide, on

devinait la lune pleine, derrière de grands nuages, des haillons noirs

qu'un vent de tempête roulait furieusement, très haut; et, sur la

terre, aucune haleine ne soufflait, on n'entendait que l'égouttement

des toitures, d'où tombaient des paquets blancs, d'une chute molle.

Étienne, embarrassé de cette femme qu'on lui donnait, ne trouvait rien

à dire, dans son malaise. L'idée de la prendre et de la cacher avec

lui, à Réquillart, lui semblait absurde. Il avait voulu la conduire

au coron, chez ses parents; mais elle s'y était refusée, d'un air de

terreur: non, non, tout plutôt que de se remettre à leur charge, après

les avoir quittés si vilainement! Et ni l'un ni l'autre ne parlaient

plus, ils piétinaient au hasard, par les chemins qui se changeaient en

fleuves de boue. D'abord, ils étaient descendus vers le Voreux; puis

ils tournèrent à droite, ils passèrent entre le terri et le canal.

--Il faut pourtant que tu couches quelque part, dit-il enfin. Moi, si

j'avais seulement une chambre, je t'emmènerais bien...

Mais un accès de timidité singulière l'interrompit. Leur passé lui

revenait, leurs gros désirs d'autrefois, et les délicatesses, et les

hontes qui les avaient empêchés d'aller ensemble. Est-ce qu'il

voulait toujours d'elle, pour se sentir si troublé, peu à peu chauffé

au coeur d'une envie nouvelle?

Le souvenir des gifles qu'elle lui avait allongées, à Gaston-Marie,

l'excitait maintenant, au lieu de l'emplir de rancune. Et il restait

surpris, l'idée de la prendre à Réquillart devenait toute naturelle et

d'une exécution facile.

--Voyons, décide-toi, où veux-tu que je te mène?... Tu me détestes

donc bien, que tu refuses de te mettre avec moi?

Elle le suivait lentement, retardée par les glissades pénibles de ses

sabots dans les ornières; et, sans lever la tête, elle murmura:

--J'ai assez de peine, mon Dieu! ne m'en fais pas davantage. A quoi

ça nous avancerait-il, ce que tu demandes, aujourd'hui que j'ai un

galant et que tu as toi-même une femme?

C'était de la Mouquette dont elle parlait. Elle le croyait avec cette

fille, comme le bruit en courait depuis quinze jours; et, quand il lui

jura que non, elle hocha la tête, elle rappela le soir où elle les

avait vus se baiser à pleine bouche.

--Est-ce dommage, toutes ces bêtises? reprit-il à demi-voix, en

s'arrêtant. Nous nous serions si bien entendus!

Elle eut un petit frisson, elle répondit:

--Va, ne regrette rien, tu ne perds pas grand-chose, si tu savais

quelle patraque je suis, guère plus grosse que deux sous de beurre, si

mal fichue que je ne deviendrai jamais une femme, bien sûr!

Et elle continua librement, elle s'accusait comme d'une faute de ce

long retard de sa puberté. Cela, malgré l'homme qu'elle avait eu, la

diminuait, la reléguait parmi les gamines. On a une excuse encore,

lorsqu'on peut faire un enfant.

--Ma pauvre petite! dit tout bas Étienne, saisi d'une grande pitié.

Ils étaient au pied du terri, cachés dans l'ombre du tas énorme. Un

nuage d'encre passait justement sur la lune, ils ne distinguaient même

plus leurs visages, et leurs souffles se mêlaient, leurs lèvres se

cherchaient, pour ce baiser dont le désir les avait tourmentés pendant

des mois. Mais, brusquement, la lune reparut, ils virent au-dessus

d'eux, en haut des roches blanches de lumière, la sentinelle détachée

du Voreux, toute droite. Et, sans qu'ils se fussent baisés enfin, une

pudeur les sépara, cette pudeur ancienne où il y avait de la colère,

une vague répugnance et beaucoup d'amitié. Ils repartirent pesamment,

dans le gâchis jusqu'aux chevilles.

--C'est décidé, tu ne veux pas? demanda Étienne.

--Non, dit-elle. Toi, après Chaval, hein? et, après toi, un autre...

Non, ça me dégoûte, je n'y ai aucun plaisir, pour quoi faire alors?

Ils se turent, marchèrent une centaine de pas, sans échanger un mot.

--Sais-tu où tu vas au moins? reprit-il. Je ne puis te laisser dehors

par une nuit pareille.

Elle répondit simplement:

--Je rentre, Chaval est mon homme, je n'ai pas à coucher ailleurs que

chez lui.

--Mais il t'assommera de coups!

Le silence recommença. Elle avait eu un haussement d'épaules résigné.

Il la battrait, et quand il serait las de la battre, il s'arrêterait:

ne valait-il pas mieux ça, que de rouler les chemins comme une gueuse?

Puis, elle s'habituait aux gifles, elle disait, pour se consoler, que,

sur dix filles, huit ne tombaient pas mieux qu'elle. Si son galant

l'épousait un jour, ce serait tout de même bien gentil de sa part.

Étienne et Catherine s'étaient dirigés machinalement vers Montsou, et

à mesure qu'ils s'en approchaient, leurs silences devenaient plus

longs. C'était comme s'ils n'avaient déjà plus été ensemble. Lui, ne

trouvait rien pour la convaincre, malgré le gros chagrin qu'il

éprouvait à la voir retourner avec Chaval. Son coeur se brisait, il

n'avait guère mieux à offrir, une existence de misère et de fuite, une

nuit sans lendemain, si la balle d'un soldat lui cassait la tête.

Peut-être, en effet, était-ce plus sage de souffrir ce qu'on

souffrait, sans tenter une autre souffrance. Et il la reconduisait

chez son galant, la tête basse, et il n'eut pas de protestation,

lorsque, sur la grande route, elle l'arrêta au coin des Chantiers, à

vingt mètres de l'estaminet Piquette, en disant:

--Ne viens pas plus loin. S'il te voyait, ça ferait encore du vilain.

Onze heures sonnaient à l'église, l'estaminet était fermé, mais des

lueurs passaient par les fentes.

--Adieu, murmura-t-elle.

Elle lui avait donné sa main, il la gardait, et elle dut la retirer

péniblement, d'un lent effort, pour le quitter. Sans retourner la

tête, elle rentra par la petite porte, avec sa loquette. Mais lui ne

s'éloignait point, debout à la même place, les yeux sur la maison,

anxieux de ce qui se passait là. Il tendait l'oreille, il tremblait

d'entendre des hurlements de femme battue. La maison demeurait noire

et silencieuse, il vit seulement s'éclairer une fenêtre du premier

étage; et, comme cette fenêtre s'ouvrait et qu'il reconnaissait

l'ombre mince qui se penchait sur la route, il s'avança.

Catherine, alors, souffla d'une voix très basse:

--Il n'est pas rentré, je me couche... Je t'en supplie, va-t'en!

Étienne s'en alla. Le dégel augmentait, un ruissellement d'averse

tombait des toitures, une sueur d'humidité coulait des murailles, des

palissades, de toutes les masses confuses de ce faubourg industriel,

perdues dans la nuit. D'abord, il se dirigea vers Réquillart, malade

de fatigue et de tristesse, n'ayant plus que le besoin de disparaître

sous la terre, de s'y anéantir. Puis, l'idée du Voreux le reprit, il

songeait aux ouvriers belges qui allaient descendre, aux camarades du

coron exaspérés contre les soldats, résolus à ne pas tolérer des

étrangers dans leur fosse. Et il longea de nouveau le canal, au

milieu des flaques de neige fondue.

Comme il se retrouvait près du terri, la lune se montra très claire.

Il leva les yeux, regarda le ciel, où passait le galop des nuages,

sous les coups de fouet du grand vent qui soufflait là-haut; mais ils

blanchissaient, ils s'effiloquaient, plus minces, d'une transparence

brouillée d'eau trouble sur la face de la lune; et ils se succédaient

si rapides que l'astre, voilé par moments, reparaissait sans cesse

dans sa limpidité.

Le regard empli de cette clarté pure, Étienne baissait la tête,

lorsqu'un spectacle, au sommet du terri, l'arrêta. La sentinelle,

raidie par le froid, s'y promenait maintenant, faisait vingt-cinq pas

tournée vers Marchiennes, puis revenait tournée vers Montsou. On

voyait la flamme blanche de la baïonnette, au-dessus de cette

silhouette noire, qui se découpait nettement dans la pâleur du ciel.

Et ce qui intéressait le jeune homme, c'était, derrière la cabane où

s'abritait Bonnemort pendant les nuits de tempête, une ombre mouvante,

une bête rampante et aux aguets, qu'il reconnut tout de suite pour

Jeanlin, à son échine de fouine, longue et désossée. La sentinelle ne

pouvait l'apercevoir, ce brigand d'enfant préparait à coup sûr une

farce, car il ne décolérait pas contre les soldats, il demandait quand

on serait débarrassé de ces assassins, qu'on envoyait avec des fusils

tuer le monde.

Un instant, Étienne hésita à l'appeler, pour l'empêcher de faire

quelque bêtise. La lune s'était cachée, il l'avait vu se ramasser sur

lui-même, prêt à bondir; mais la lune reparaissait, et l'enfant

restait accroupi. A chaque tour, la sentinelle s'avançait jusqu'à la

cabane, puis tournait le dos et repartait. Et, brusquement, comme un

nuage jetait ses ténèbres, Jeanlin sauta sur les épaules du soldat,

d'un bond énorme de chat sauvage, s'y agrippa de ses griffes, lui

enfonça dans la gorge son couteau grand ouvert. Le col de crin

résistait, il dut appuyer des deux mains sur le manche, s'y pendre de

tout le poids de son corps. Souvent, il avait saigné des poulets,

qu'il surprenait derrière les fermes. Cela fut si rapide, qu'il y eut

seulement dans la nuit un cri étouffé, pendant que le fusil tombait

avec un bruit de ferraille. Déjà, la lune, très blanche, luisait.

Immobile de stupeur, Étienne regardait toujours. L'appel s'étranglait

au fond de sa poitrine. En haut, le terri était vide, aucune ombre ne

se détachait plus sur la fuite effarée des nuages. Et il monta au pas

de course, il trouva Jeanlin à quatre pattes, devant le cadavre, étalé

en arrière, les bras élargis. Dans la neige, sous la clarté limpide,

le pantalon rouge et la capote grise tranchaient durement. Pas une

goutte de sang n'avait coulé, le couteau était encore dans la gorge,

jusqu'au manche.

D'un coup de poing irraisonné, furieux, il abattit l'enfant près du

corps.

--Pourquoi as-tu fait ça? bégayait-il éperdu.

Jeanlin se ramassa, se traîna sur les mains, avec le renflement félin

de sa maigre échine; et ses larges oreilles, ses yeux verts, ses

mâchoires saillantes, frémissaient et flambaient, dans la secousse de

son mauvais coup.

--Nom de Dieu! pourquoi as-tu fait ça?

--Je ne sais pas, j'en avais envie.

Il se buta à cette réponse. Depuis trois jours, il en avait envie.

Ça le tourmentait, la tête lui en faisait du mal, là, derrière les

oreilles, tellement il y pensait. Est-ce qu'on avait à se gêner, avec

ces cochons de soldats qui embêtaient les charbonniers chez eux? Des

discours violents dans la forêt, des cris de dévastation et de mort

hurlés au travers des fosses, cinq ou six mots lui étaient restés,

qu'il répétait en gamin jouant à la révolution. Et il n'en savait pas

davantage, personne ne l'avait poussé, ça lui était venu tout seul,

comme lui venait l'envie de voler des oignons dans un champ.

Étienne, épouvanté de cette végétation sourde du crime au fond de ce

crâne d'enfant, le chassa encore, d'un coup de pied, ainsi qu'une bête

inconsciente. Il tremblait que le poste du Voreux n'eût entendu le

cri étouffé de la sentinelle, il jetait un regard vers la fosse,

chaque fois que la lune se découvrait. Mais rien n'avait bougé, et il

se pencha, il tâta les mains peu à peu glacées, il écouta le coeur,

arrêté sous la capote. On ne voyait, du couteau, que le manche d'os,

où la devise galante, ce mot simple: «Amour», était gravée en lettres

noires.

Ses yeux allèrent de la gorge au visage. Brusquement, il reconnut le

petit soldat: c'était Jules, la recrue, avec qui il avait causé, un

matin. Et une grande pitié le saisit, en face de cette douce figure

blonde, criblée de taches de rousseur. Les yeux bleus, largement

ouverts, regardaient le ciel, de ce regard fixe dont il lui avait vu

chercher à l'horizon le pays natal. Où se trouvait-il, ce Plogof, qui

lui apparaissait dans un éblouissement de soleil? Là-bas, là-bas. La

mer hurlait au loin, par cette nuit d'ouragan. Ce vent qui passait si

haut, avait peut-être soufflé sur la lande. Deux femmes étaient

debout, la mère, la soeur, tenant leurs coiffes emportées, regardant,

elles aussi, comme si elles avaient pu voir ce que faisait à cette

heure le petit, au-delà des lieues qui les séparaient. Elles

l'attendraient toujours, maintenant. Quelle abominable chose, de se

tuer entre pauvres diables, pour les riches!

Mais il fallait faire disparaître ce cadavre, Étienne songea d'abord à

le jeter dans le canal. La certitude qu'on l'y trouverait, l'en

détourna. Alors, son anxiété devint extrême, les minutes pressaient,

quelle décision prendre? Il eut une soudaine inspiration: s'il

pouvait porter le corps jusqu'à Réquillart, il saurait l'y enfouir à

jamais.

--Viens ici, dit-il à Jeanlin.

L'enfant se méfiait.

--Non, tu veux me battre. Et puis, j'ai des affaires. Bonsoir.

En effet, il avait donné rendez-vous à Bébert et à Lydie, dans une

cachette, un trou ménagé sous la provision des bois, au Voreux.

C'était toute une grosse partie, de découcher, pour en être, si l'on

cassait les os des Belges à coups de pierres, quand ils descendraient.

--Écoute, répéta Étienne, viens ici, ou j'appelle les soldats, qui te

couperont la tête.

Et, comme Jeanlin se décidait, il roula son mouchoir, en banda

fortement le cou du soldat, sans retirer le couteau, qui empêchait le

sang de couler. La neige fondait, il n'y avait, sur le sol, ni flaque

rouge, ni piétinement de lutte.

--Prends les jambes.

Jeanlin prit les jambes, Étienne empoigna les épaules, après avoir

attaché le fusil derrière son dos; et tous deux, lentement,

descendirent le terri, en tâchant de ne pas faire débouler les roches.

Heureusement, la lune s'était voilée. Mais, comme ils filaient le

long du canal, elle reparut très claire: ce fut miracle si le poste ne

les vit pas. Silencieux, ils se hâtaient, gênés par le ballottement

du cadavre, obligés de le poser à terre tous les cent mètres. Au coin

de la ruelle de Réquillart, un bruit les glaça, ils n'eurent que le

temps de se cacher derrière un mur, pour éviter une patrouille. Plus

loin, un homme les surprit, mais il était ivre, il s'éloigna en les

injuriant. Et ils arrivèrent enfin à l'ancienne fosse, couverts de

sueur, si bouleversés, que leurs dents claquaient.

Étienne s'était bien douté qu'il ne serait pas commode de faire passer

le soldat par le goyot des échelles. Ce fut une besogne atroce.

D'abord, il fallut que Jeanlin, resté en haut, laissât glisser le

corps, pendant que lui, pendu aux broussailles, l'accompagnait, pour

l'aider à franchir les deux premiers paliers, où des échelons se

trouvaient rompus. Ensuite, à chaque échelle, il dut recommencer la

même manoeuvre, descendre en avant, puis le recevoir dans ses bras; et

il eut ainsi trente échelles, deux cent dix mètres, à le sentir tomber

continuellement sur lui. Le fusil raclait son échine, il n'avait pas

voulu que l'enfant allât chercher le bout de chandelle, qu'il gardait

en avare. A quoi bon? la lumière les embarrasserait, dans ce boyau

étroit. Pourtant, lorsqu'ils furent arrivés à la salle d'accrochage,

hors d'haleine, il envoya le petit prendre la chandelle. Il s'était

assis, il l'attendait au milieu des ténèbres, près du corps, le coeur

battant à grands coups.

Dès que Jeanlin reparut avec de la lumière, Étienne le consulta, car

l'enfant avait fouillé ces anciens travaux, jusqu'aux fentes où les

hommes ne pouvaient passer. Ils repartirent, ils traînèrent le mort

près d'un kilomètre, par un dédale de galeries en ruine. Enfin, le

toit s'abaissa, ils se trouvaient agenouillés, sous une roche

ébouleuse, que soutenaient des bois à demi rompus. C'était une sorte

de caisse longue, où ils couchèrent le petit soldat comme dans un

cercueil; ils déposèrent le fusil contre son flanc; puis, à grands

coups de talon, ils achevèrent de casser les bois, au risque d'y

rester eux-mêmes. Tout de suite, la roche se fendit, ils eurent à

peine le temps de ramper sur les coudes et sur les genoux. Lorsque

Étienne se retourna, pris du besoin de voir, l'affaissement du toit

continuait, écrasait lentement le corps, sous la poussée énorme. Et

il n'y eut plus rien, rien que la masse profonde de la terre.

Jeanlin, de retour chez lui, dans son coin de caverne scélérate,

s'étala sur le foin, en murmurant, brisé de lassitude:

--Zut! les mioches m'attendront, je vais dormir une heure.

Étienne avait soufflé la chandelle, dont il ne restait qu'un petit

bout. Lui aussi était courbaturé, mais il n'avait pas sommeil, des

pensées douloureuses de cauchemar tapaient comme des marteaux dans son

crâne. Une seule bientôt demeura, torturante, le fatiguant d'une

interrogation à laquelle il ne pouvait répondre: pourquoi n'avait-il

pas frappé Chaval, quand il le tenait sous le couteau? et pourquoi cet

enfant venait-il d'égorger un soldat, dont il ignorait même le nom?

Cela bousculait ses croyances révolutionnaires, le courage de tuer, le

droit de tuer. Était-ce donc qu'il fût lâche? Dans le foin, l'enfant

s'était mis à ronfler, d'un ronflement d'homme soûl, comme s'il eût

cuvé l'ivresse de son meurtre. Et, répugné, irrité, Étienne souffrait

de le savoir là, de l'entendre. Tout d'un coup, il tressaillit, le

souffle de la peur lui avait passé sur la face. Un frôlement léger,

un sanglot lui semblait être sorti des profondeurs de la terre.

L'image du petit soldat, couché là-bas avec son fusil, sous les

roches, lui glaça le dos et fit dresser ses cheveux. C'était

imbécile, toute la mine s'emplissait de voix, il dut rallumer la

chandelle, il ne se calma qu'en revoyant le vide des galeries, à cette

clarté pâle.

Pendant un quart d'heure encore, il réfléchit, toujours ravagé par la

même lutte, les yeux fixés sur cette mèche qui brûlait. Mais il y eut

un grésillement, la mèche se noyait, et tout retomba aux ténèbres. Il

fut repris d'un frisson, il aurait giflé Jeanlin, pour l'empêcher de

ronfler si fort. Le voisinage de l'enfant lui devenait si

insupportable, qu'il se sauva, tourmenté d'un besoin de grand air, se

hâtant par les galeries et par le goyot, comme s'il avait entendu une

ombre s'essouffler derrière ses talons.

En haut, au milieu des décombres de Réquillart, Étienne put enfin

respirer largement. Puisqu'il n'osait tuer, c'était à lui de mourir;

et cette idée de mort, qui l'avait effleuré déjà, renaissait,

s'enfonçait dans sa tête, comme une espérance dernière. Mourir

crânement, mourir pour la révolution, cela terminerait tout, réglerait

son compte bon ou mauvais, l'empêcherait de penser davantage. Si les

camarades attaquaient les Borains, il serait au premier rang, il

aurait bien la chance d'attraper un mauvais coup. Ce fut d'un pas

raffermi qu'il retourna rôder autour du Voreux. Deux heures

sonnaient, un gros bruit de voix sortait de la chambre des porions, où

campait le poste qui gardait la fosse. La disparition de la

sentinelle venait de bouleverser ce poste, on était allé réveiller le

capitaine, on avait fini par croire à une désertion, après un examen

attentif des lieux. Et, aux aguets dans l'ombre, Étienne se souvenait

de ce capitaine républicain, dont le petit soldat lui avait parlé.

Qui sait si on ne le déciderait pas à passer au peuple? la troupe

mettrait la crosse en l'air, cela pouvait être le signal du massacre

des bourgeois. Un nouveau rêve l'emporta, il ne songea plus à mourir,

il resta des heures, les pieds dans la boue, la bruine du dégel sur

les épaules, enfiévré par l'espoir d'une victoire encore possible.

Jusqu'à cinq heures, il guetta les Borains. Puis, il s'aperçut que la

Compagnie avait eu la malignité de les faire coucher au Voreux. La

descente commençait, les quelques grévistes du coron des

Deux-Cent-Quarante, postés en éclaireurs, hésitaient à prévenir les

camarades. Ce fut lui qui les avertit du bon tour, et ils partirent

en courant, tandis qu'il attendait derrière le terri, sur le chemin de

halage. Six heures sonnèrent, le ciel terreux pâlissait, s'éclairait

d'une aube rougeâtre, lorsque l'abbé Ranvier déboucha d'un sentier,

avec sa soutane relevée sur ses maigres jambes. Chaque lundi, il

allait dire une messe matinale à la chapelle d'un couvent, de l'autre

côté de la fosse.

--Bonjour, mon ami, cria-t-il d'une voix forte, après avoir dévisagé

le jeune homme de ses yeux de flamme.

Mais Étienne ne répondit pas. Au loin, entre les tréteaux du Voreux,

il venait de voir passer une femme, et il s'était précipité, pris

d'inquiétude, car il avait cru reconnaître Catherine.

Depuis minuit, Catherine battait le dégel des routes. Chaval, en

rentrant et en la trouvant couchée, l'avait mise debout d'un soufflet.

Il lui criait de passer tout de suite par la porte, si elle ne voulait

pas sortir par la fenêtre; et, pleurante, vêtue à peine, meurtrie de

coups de pied dans les jambes, elle avait dû descendre, poussée dehors

d'une dernière claque. Cette séparation brutale l'étourdissait, elle

s'était assise sur une borne, regardant la maison, attendant toujours

qu'il la rappelât; car ce n'était pas possible, il la guettait, il lui

dirait de remonter, quand il la verrait grelotter ainsi, abandonnée,

sans personne pour la recueillir.

Puis, au bout de deux heures, elle se décida, mourant de froid, dans

cette immobilité de chien jeté à la rue. Elle sortit de Montsou,

revint sur ses pas, n'osa ni appeler du trottoir ni taper à la porte.

Enfin, elle s'en alla par le pavé, sur la grande route droite, avec

l'idée de se rendre au coron, chez ses parents. Mais, quand elle y

fut, une telle honte la saisit, qu'elle galopa le long des jardins,

dans la crainte d'être reconnue de quelqu'un, malgré le lourd sommeil,

appesanti derrière les persiennes closes. Et, dès lors, elle

vagabonda, effarée au moindre bruit, tremblante d'être ramassée et

conduite, comme une gueuse, à cette maison publique de Marchiennes,

dont la menace la hantait d'un cauchemar depuis des mois. Deux fois,

elle buta contre le Voreux, s'effraya des grosses voix du poste,

courut essoufflée, avec des regards en arrière, pour voir si on ne la

poursuivait pas. La ruelle de Réquillart était toujours pleine

d'hommes soûls, elle y retournait pourtant, dans l'espoir vague d'y

rencontrer celui qu'elle avait repoussé, quelques heures plus tôt.

Chaval, ce matin-là, devait descendre; et cette pensée ramena

Catherine vers la fosse, bien qu'elle sentît l'inutilité de lui

parler: c'était fini entre eux. On ne travaillait plus à Jean-Bart,

il avait juré de l'étrangler, si elle reprenait du travail au Voreux,

où il craignait d'être compromis par elle. Alors, que faire? partir

ailleurs, crever la faim, céder sous les coups de tous les hommes qui

passeraient? Elle se traînait, chancelait au milieu des ornières, les

jambes rompues, crottée jusqu'à l'échine. Le dégel roulait maintenant

par les chemins en fleuve de fange, elle s'y noyait, marchant

toujours, n'osant chercher une pierre où s'asseoir.

Le jour parut. Catherine venait de reconnaître le dos de Chaval qui

tournait prudemment le terri, lorsqu'elle aperçut Lydie et Bébert,

sortant le nez de leur cachette, sous la provision des bois. Ils y

avaient passé la nuit aux aguets, sans se permettre de rentrer chez

eux, du moment où l'ordre de Jeanlin était de l'attendre; et, tandis

que ce dernier, à Réquillart, cuvait l'ivresse de son meurtre, les

deux enfants s'étaient pris aux bras l'un de l'autre, pour avoir

chaud. Le vent sifflait entre les perches de châtaignier et de chêne,

ils se pelotonnaient, comme dans une hutte de bûcheron abandonnée.

Lydie n'osait dire à voix haute ses souffrances de petite femme

battue, pas plus que Bébert ne trouvait le courage de se plaindre des

claques dont le capitaine lui enflait les joues; mais, à la fin,

celui-ci abusait trop, risquant leurs os dans des maraudes folles,

refusant ensuite tout partage; et leur coeur se soulevait de révolte,

ils avaient fini par s'embrasser, malgré sa défense, quittes à

recevoir une gifle de l'invisible, ainsi qu'il les en menaçait. La

gifle ne venant pas, ils continuaient de se baiser doucement, sans

avoir l'idée d'autre chose, mettant dans cette caresse leur longue

passion combattue, tout ce qu'il y avait en eux de martyrisé et

d'attendri. La nuit entière, ils s'étaient ainsi réchauffés, si

heureux au fond de ce trou perdu, qu'ils ne se rappelaient pas l'avoir

été davantage, même à la Sainte-Barbe, quand on mangeait des beignets

et qu'on buvait du vin.

Une brusque sonnerie de clairon fit tressaillir Catherine. Elle se

haussa, elle vit le poste du Voreux qui prenait les armes. Étienne

arrivait au pas de course, Bébert et Lydie avaient sauté d'un bond

hors de leur cachette. Et, là-bas, sous le jour grandissant, une

bande d'hommes et de femmes descendaient du coron, avec de grands

gestes de colère.

V

On venait de fermer toutes les ouvertures du Voreux; et les soixante

soldats, l'arme au pied, barraient la seule porte restée libre, celle

qui menait à la recette, par un escalier étroit, où s'ouvraient la

chambre des porions et la baraque. Le capitaine les avait alignés sur

deux rangs, contre le mur de briques, pour qu'on ne pût les attaquer

par-derrière.

D'abord, la bande des mineurs descendue du coron se tint à distance.

Ils étaient une trentaine au plus, ils se concertaient en paroles

violentes et confuses.

La Maheude, arrivée la première, dépeignée sous un mouchoir noué à la

hâte, ayant au bras Estelle endormie, répétait d'une voix fiévreuse:

--Que personne n'entre et que personne ne sorte! Faut les pincer tous

là-dedans!

Maheu approuvait, lorsque le père Mouque, justement, arriva de

Réquillart. On voulut l'empêcher de passer. Mais il se débattit, il

dit que ses chevaux mangeaient tout de même leur avoine et se

fichaient de la révolution. D'ailleurs, il y avait un cheval mort, on

l'attendait pour le sortir. Étienne dégagea le vieux palefrenier, que

les soldats laissèrent monter au puits. Et, un quart d'heure plus

tard, comme la bande des grévistes, peu à peu grossie, devenait

menaçante, une large porte se rouvrit au rez-de-chaussée, des hommes

parurent, charriant la bête morte, un paquet lamentable, encore serré

dans le filet de corde, qu'ils abandonnèrent au milieu des flaques de

neige fondue. Le saisissement fut tel, qu'on ne les empêcha pas de

rentrer et de barricader la porte de nouveau. Tous avaient reconnu le

cheval, à sa tête repliée et raidie contre le flanc. Des

chuchotements coururent.

--C'est Trompette, n'est-ce pas? c'est Trompette.

C'était Trompette, en effet. Depuis sa descente, jamais il n'avait pu

s'acclimater. Il restait morne, sans goût à la besogne, comme torturé

du regret de la lumière. Vainement, Bataille, le doyen de la mine, le

frottait amicalement de ses côtes, lui mordillait le cou, pour lui

donner un peu de la résignation de ses dix années de fond. Ces

caresses redoublaient sa mélancolie, son poil frémissait sous les

confidences du camarade vieilli dans les ténèbres; et tous deux,

chaque fois qu'ils se rencontraient et qu'ils s'ébrouaient ensemble,

avaient l'air de se lamenter, le vieux d'en être à ne plus se

souvenir, le jeune de ne pouvoir oublier. A l'écurie, voisins de

mangeoire, ils vivaient la tête basse, se soufflant aux naseaux,

échangeant leur continuel rêve du jour, des visions d'herbes vertes,

de routes blanches, de clartés jaunes, à l'infini. Puis, quand

Trompette, trempé de sueur, avait agonisé sur sa litière, Bataille

s'était mis à le flairer désespérément, avec des reniflements courts,

pareils à des sanglots. Il le sentait devenir froid, la mine lui

prenait sa joie dernière, cet ami tombé d'en haut, frais de bonnes

odeurs, qui lui rappelaient sa jeunesse au plein air. Et il avait

cassé sa longe, hennissant de peur, lorsqu'il s'était aperçu que

l'autre ne remuait plus.

Mouque, du reste, avertissait depuis huit jours le maître-porion.

Mais on s'inquiétait bien d'un cheval malade, en ce moment-là! Ces

messieurs n'aimaient guère déplacer les chevaux. Maintenant, il

fallait pourtant se décider à le sortir. La veille, le palefrenier

avait passé une heure avec deux hommes, ficelant Trompette. On attela

Bataille, pour l'amener jusqu'au puits. Lentement, le vieux cheval

tirait, traînait le camarade mort, par une galerie si étroite, qu'il

devait donner des secousses, au risque de l'écorcher; et, harassé, il

branlait la tête, en écoutant le long frôlement de cette masse

attendue chez l'équarrisseur. A l'accrochage, quand on l'eut dételé,

il suivit de son oeil morne les préparatifs de la remonte, le corps

poussé sur des traverses, au-dessus du puisard, le filet attaché sous

une cage. Enfin, les chargeurs sonnèrent à la viande, il leva le cou

pour le regarder partir, d'abord doucement, puis tout de suite noyé de

ténèbres, envolé à jamais en haut de ce trou noir. Et il demeurait le

cou allongé, sa mémoire vacillante de bête se souvenait peut-être des

choses de la terre. Mais c'était fini, le camarade ne verrait plus

rien, lui-même serait ainsi ficelé en un paquet pitoyable, le jour où

il remonterait par là. Ses pattes se mirent à trembler, le grand air

qui venait des campagnes lointaines l'étouffait; et il était comme

ivre, quand il rentra pesamment à l'écurie.

Sur le carreau, les charbonniers restaient sombres, devant le cadavre

de Trompette. Une femme dit à demi-voix:

--Encore un homme, ça descend si ça veut!

Mais un nouveau flot arrivait du coron, et Levaque qui marchait en

tête, suivi de la Levaque et de Bouteloup, criait:

--A mort, les Borains! pas d'étrangers chez nous! à mort! à mort!

Tous se ruaient, il fallut qu'Étienne les arrêtât. Il s'était

approché du capitaine, un grand jeune homme mince, de vingt-huit ans à

peine, à la face désespérée et résolue; et il lui expliquait les

choses, il tâchait de le gagner, guettant l'effet de ses paroles. A

quoi bon risquer un massacre inutile? est-ce que la justice ne se

trouvait pas du côté des mineurs? On était tous frères, on devait

s'entendre. Au mot de république, le capitaine avait eu un geste

nerveux. Il gardait une raideur militaire, il dit brusquement:

--Au large! ne me forcez pas à faire mon devoir.

Trois fois, Étienne recommença. Derrière lui, les camarades

grondaient. Le bruit courait que M. Hennebeau était à la fosse, et on

parlait de le descendre par le cou, pour voir s'il abattrait son

charbon lui-même. Mais c'était un faux bruit, il n'y avait là que

Négrel et Dansaert, qui tous deux se montrèrent un instant à une

fenêtre de la recette: le maître-porion se tenait en arrière,

décontenancé depuis son aventure avec la Pierronne; tandis que

l'ingénieur, bravement, promenait sur la foule ses petits yeux vifs,

souriant du mépris goguenard dont il enveloppait les hommes et les

choses. Des huées s'élevèrent, ils disparurent. Et, à leur place, on

ne vit plus que la face blonde de Souvarine. Il était justement de

service, il n'avait pas quitté sa machine un seul jour, depuis le

commencement de la grève, ne parlant plus, absorbé peu à peu dans une

idée fixe, dont le clou d'acier semblait luire au fond de ses yeux

pâles.

--Au large! répéta très haut le capitaine. Je n'ai rien à entendre,

j'ai l'ordre de garder le puits, je le garderai... Et ne vous poussez

pas sur mes hommes, ou je saurai vous faire reculer.

Malgré sa voix ferme, une inquiétude croissante le pâlissait, à la vue

du flot toujours montant des mineurs. On devait le relever à midi;

mais, craignant de ne pouvoir tenir jusque-là, il venait d'envoyer à

Montsou un galibot de la fosse, pour demander du renfort.

Des vociférations lui avaient répondu.

--A mort les étrangers! à mort les Borains!... Nous voulons être les

maîtres chez nous!

Étienne recula, désolé. C'était la fin, il n'y avait plus qu'à se

battre et à mourir. Et il cessa de retenir les camarades, la bande

roula jusqu'à la petite troupe. Ils étaient près de quatre cents, les

corons du voisinage se vidaient, arrivaient au pas de course. Tous

jetaient le même cri, Maheu et Levaque disaient furieusement aux

soldats:

--Allez-vous-en! nous n'avons rien contre vous, allez-vous-en!

--Ça ne vous regarde pas, reprenait la Maheude. Laissez-nous faire

nos affaires.

Et, derrière elle, la Levaque ajoutait, plus violente:

--Est-ce qu'il faudra vous manger pour passer? On vous prie de foutre

le camp!

Même on entendit la voix grêle de Lydie, qui s'était fourrée au plus

épais avec Bébert, dire sur un ton aigu:

--En voilà des andouilles de lignards!

Catherine, à quelques pas, regardait, écoutait, l'air hébété par ces

nouvelles violences, au milieu desquelles le mauvais sort la faisait

tomber. Est-ce qu'elle ne souffrait pas trop déjà? quelle faute

avait-elle donc commise, pour que le malheur ne lui laissât pas de

repos? La veille encore, elle ne comprenait rien aux colères de la

grève, elle pensait que, lorsqu'on a sa part de gifles, il est inutile

d'en chercher davantage; et, à cette heure, son coeur se gonflait d'un

besoin de haine, elle se souvenait de ce qu'Étienne racontait

autrefois à la veillée, elle tâchait d'entendre ce qu'il disait

maintenant aux soldats. Il les traitait de camarades, il leur

rappelait qu'ils étaient du peuple eux aussi, qu'ils devaient être

avec le peuple, contre les exploiteurs de la misère.

Mais il y eut dans la foule une longue secousse, et une vieille femme

déboula. C'était la Brûlé, effrayante de maigreur, le cou et les bras

à l'air, accourue d'un tel galop, que des mèches de cheveux gris

l'aveuglaient.

--Ah! nom de Dieu, j'en suis! balbutiait-elle, l'haleine coupée. Ce

vendu de Pierron qui m'avait enfermée dans la cave!

Et, sans attendre, elle tomba sur l'armée, la bouche noire, vomissant

l'injure.

--Tas de canailles! tas de crapules! ça lèche les bottes de ses

supérieurs, ça n'a de courage que contre le pauvre monde!

Alors, les autres se joignirent à elle, ce furent des bordées

d'insultes. Quelques-uns criaient encore: «Vivent les soldats! au

puits l'officier!» Mais bientôt il n'y eut plus qu'une clameur: «A bas

les pantalons rouges!» Ces hommes qui avaient écouté, impassibles,

d'un visage immobile et muet, les appels à la fraternité, les

tentatives amicales d'embauchage, gardaient la même raideur passive,

sous cette grêle de gros mots. Derrière eux, le capitaine avait tiré

son épée; et, comme la foule les serrait de plus en plus, menaçant de

les écraser contre le mur, il leur commanda de croiser la baïonnette.

Ils obéirent, une double rangée de pointes d'acier s'abattit devant

les poitrines des grévistes.

--Ah! les jean-foutre! hurla la Brûlé, en reculant.

Déjà, tous revenaient, dans un mépris exalté de la mort. Des femmes

se précipitaient, la Maheude et la Levaque clamaient:

--Tuez-nous, tuez-nous donc! Nous voulons nos droits.

Levaque, au risque de se couper, avait saisi à pleines mains un paquet

de baïonnettes, trois baïonnettes, qu'il secouait, qu'il tirait à lui,

pour les arracher; et il les tordait, dans les forces décuplées de sa

colère, tandis que Bouteloup, à l'écart, ennuyé d'avoir suivi le

camarade, le regardait faire tranquillement.

--Allez-y, pour voir, répétait Maheu, allez-y un peu, si vous êtes de

bons bougres!

Et il ouvrait sa veste, et il écartait sa chemise, étalant sa poitrine

nue, sa chair velue et tatouée de charbon. Il se poussait sur les

pointes, il les obligeait à reculer, terrible d'insolence et de

bravoure. Une d'elles l'avait piqué au sein, il en était comme fou et

s'efforçait qu'elle entrât davantage, pour entendre craquer ses côtes.

--Lâches, vous n'osez pas... Il y en a dix mille derrière nous. Oui,

vous pouvez nous tuer, il y en aura dix mille à tuer encore.

La position des soldats devenait critique, car ils avaient reçu

l'ordre sévère de ne se servir de leurs armes qu'à la dernière

extrémité. Et comment empêcher ces enragés-là de s'embrocher

eux-mêmes? D'autre part, l'espace diminuait, ils se trouvaient

maintenant acculés contre le mur, dans l'impossibilité de reculer

davantage. Leur petite troupe, une poignée d'hommes, en face de la

marée montante des mineurs, tenait bon cependant, exécutait avec

sang-froid les ordres brefs donnés par le capitaine. Celui-ci, les

yeux clairs, les lèvres nerveusement amincies, n'avait qu'une peur,

celle de les voir s'emporter sous les injures. Déjà, un jeune

sergent, un grand maigre dont les quatre poils de moustaches se

hérissaient, battait des paupières d'une façon inquiétante. Près de

lui, un vieux chevronné, au cuir tanné par vingt campagnes, avait

blêmi, quand il avait vu sa baïonnette tordue comme une paille. Un

autre, une recrue sans doute, sentant encore le labour, devenait très

rouge, chaque fois qu'il s'entendait traiter de crapule et de

canaille. Et les violences ne cessaient pas, les poings tendus, les

mots abominables, des pelletées d'accusations et de menaces qui les

souffletaient au visage. Il fallait toute la force de la consigne

pour les tenir ainsi, la face muette, dans le hautain et triste

silence de la discipline militaire.

Une collision semblait fatale, lorsqu'on vit sortir, derrière la

troupe, le porion Richomme, avec sa tête blanche de bon gendarme,

bouleversée d'émotion. Il parlait tout haut.

--Nom de Dieu, c'est bête à la fin! On ne peut pas permettre des

bêtises pareilles.

Et il se jeta entre les baïonnettes et les mineurs.

--Camarades, écoutez-moi... Vous savez que je suis un vieil ouvrier

et que je n'ai jamais cessé d'être un des vôtres. Eh bien! nom de

Dieu! je vous promets que, si l'on n'est pas juste avec vous, ce sera

moi qui dirai aux chefs leurs quatre vérités... Mais en voilà de

trop, ça n'avance à rien de gueuler des mauvaises paroles à ces braves

gens et de vouloir se faire trouer le ventre.

On écoutait, on hésitait. En haut, malheureusement, reparut le profil

aigu du petit Négrel. Il craignait sans doute qu'on ne l'accusât

d'envoyer un porion, au lieu de se risquer lui-même; et il tâcha de

parler. Mais sa voix se perdit au milieu d'un tumulte si

épouvantable, qu'il dut quitter de nouveau la fenêtre, après avoir

simplement haussé les épaules. Richomme, dès lors, eut beau les

supplier en son nom, répéter que cela devait se passer entre

camarades: on le repoussait, on le suspectait. Mais il s'entêta, il

resta au milieu d'eux.

--Nom de Dieu! qu'on me casse la tête avec vous, mais je ne vous lâche

pas, tant que vous serez si bêtes!

Étienne, qu'il suppliait de l'aider à leur faire entendre raison, eut

un geste d'impuissance. Il était trop tard, leur nombre maintenant

montait à plus de cinq cents. Et il n'y avait pas que des enragés,

accourus pour chasser les Borains: des curieux stationnaient, des

farceurs qui s'amusaient de la bataille. Au milieu d'un groupe, à

quelque distance, Zacharie et Philomène regardaient comme au

spectacle, si paisibles, qu'ils avaient amené les deux enfants,

Achille et Désirée. Un nouveau flot arrivait de Réquillart, dans

lequel se trouvaient Mouquet et la Mouquette: lui, tout de suite, alla

en ricanant taper sur les épaules de son ami Zacharie; tandis qu'elle,

très allumée, galopait au premier rang des mauvaises têtes.

Cependant, à chaque minute, le capitaine se tournait vers la route de

Montsou. Les renforts demandés n'arrivaient pas, ses soixante hommes

ne pouvaient tenir davantage. Enfin, il eut l'idée de frapper

l'imagination de la foule, il commanda de charger les fusils devant

elle. Les soldats exécutèrent le commandement, mais l'agitation

grandissait, des fanfaronnades et des moqueries.

--Tiens! ces feignants, ils partent pour la cible! ricanaient les

femmes, la Brûlé, la Levaque et les autres.

La Maheude, la gorge couverte du petit corps d'Estelle, qui s'était

réveillée et qui pleurait, s'approchait tellement, que le sergent lui

demanda ce qu'elle venait faire, avec ce pauvre mioche.

--Qu'est-ce que ça te fout? répondit-elle. Tire dessus, si tu l'oses.

Les hommes hochaient la tête de mépris. Aucun ne croyait qu'on pût

tirer sur eux.

--Il n'y a pas de balles dans leurs cartouches, dit Levaque.

--Est-ce que nous sommes des Cosaques? cria Maheu. On ne tire pas

contre des Français, nom de Dieu!

D'autres répétaient que, lorsqu'on avait fait la campagne de Crimée,

on ne craignait pas le plomb. Et tous continuaient à se jeter sur les

fusils. Si une décharge avait eu lieu à ce moment, elle aurait fauché

la foule.

Au premier rang, la Mouquette s'étranglait de fureur, en pensant que

des soldats voulaient trouer la peau à des femmes. Elle leur avait

craché tous ses gros mots, elle ne trouvait pas d'injure assez basse,

lorsque, brusquement, n'ayant plus que cette mortelle offense à

bombarder au nez de la troupe, elle montra son cul. Des deux mains,

elle relevait ses jupes, tendait les reins, élargissait la rondeur

énorme.

--Tenez, v'là pour vous! et il est encore trop propre, tas de salauds!

Elle plongeait, culbutait, se tournait pour que chacun en eût sa part,

s'y reprenait à chaque poussée qu'elle envoyait.

--V'là pour l'officier! v'là pour le sergent! v'là pour les

militaires!

Un rire de tempête s'éleva, Bébert et Lydie se tordaient, Étienne

lui-même, malgré son attente sombre, applaudit à cette nudité

insultante. Tous, les farceurs aussi bien que les forcenés, huaient

les soldats maintenant, comme s'ils les voyaient salis d'un

éclaboussement d'ordure; et il n'y avait que Catherine, à l'écart,

debout sur d'anciens bois, qui restât muette, le sang à la gorge,

envahie de cette haine dont elle sentait la chaleur monter.

Mais une bousculade se produisit. Le capitaine, pour calmer

l'énervement de ses hommes, se décidait à faire des prisonniers. D'un

saut, la Mouquette s'échappa, en se jetant entre les jambes des

camarades. Trois mineurs, Levaque et deux autres, furent empoignés

dans le tas des plus violents, et gardés à vue, au fond de la chambre

des porions.

D'en haut, Négrel et Dansaert criaient au capitaine de rentrer, de

s'enfermer avec eux. Il refusa, il sentait que ces bâtiments, aux

portes sans serrure, allaient être emportés d'assaut, et qu'il y

subirait la honte d'être désarmé. Déjà sa petite troupe grondait

d'impatience, on ne pouvait fuir devant ces misérables en sabots. Les

soixante, acculés au mur, le fusil chargé, firent de nouveau face à la

bande.

Il y eut d'abord un recul, un profond silence. Les grévistes

restaient dans l'étonnement de ce coup de force. Puis, un cri monta,

exigeant les prisonniers, réclamant leur liberté immédiate. Des voix

disaient qu'on les égorgeait là-dedans. Et, sans s'être concertés,

emportés d'un même élan, d'un même besoin de revanche, tous coururent

aux tas de briques voisins, à ces briques dont le terrain marneux

fournissait l'argile, et qui étaient cuites sur place. Les enfants

les charriaient une à une, des femmes en emplissaient leurs jupes.

Bientôt, chacun eut à ses pieds des munitions, la bataille à coups de

pierres commença.

Ce fut la Brûlé qui se campa la première. Elle cassait les briques,

sur l'arête maigre de son genou, et de la main droite, et de la main

gauche, elle lâchait les deux morceaux. La Levaque se démanchait les

épaules, si grosse, si molle, qu'elle avait dû s'approcher pour taper

juste, malgré les supplications de Bouteloup, qui la tirait en

arrière, dans l'espoir de l'emmener, maintenant que le mari était à

l'ombre. Toutes s'excitaient, la Mouquette, ennuyée de se mettre en

sang, à rompre les briques sur ses cuisses trop grasses, préférait les

lancer entières. Des gamins eux-mêmes entraient en ligne, Bébert

montrait à Lydie comment on envoyait ça, par-dessous le coude.

C'était une grêle, des grêlons énormes, dont on entendait les

claquements sourds. Et, soudain, au milieu de ces furies, on aperçut

Catherine, les poings en l'air, brandissant elle aussi des moitiés de

brique, les jetant de toute la force de ses petits bras. Elle

n'aurait pu dire pourquoi, elle suffoquait, elle crevait d'une envie

de massacrer le monde. Est-ce que ça n'allait pas être bientôt fini,

cette sacrée existence de malheur? Elle en avait assez, d'être giflée

et chassée par son homme, de patauger ainsi qu'un chien perdu dans la

boue des chemins, sans pouvoir seulement demander une soupe à son

père, en train d'avaler sa langue comme elle. Jamais ça ne marchait

mieux, ça se gâtait au contraire depuis qu'elle se connaissait; et

elle cassait des briques, et elle les jetait devant elle, avec la

seule idée de balayer tout, les yeux si aveuglés de sang, qu'elle ne

voyait même pas à qui elle écrasait les mâchoires.

Étienne, resté devant les soldats, manqua d'avoir le crâne fendu. Son

oreille enflait, il se retourna, il tressaillit en comprenant que la

brique était partie des poings fiévreux de Catherine; et, au risque

d'être tué, il ne s'en allait pas, il la regardait. Beaucoup d'autres

s'oubliaient également là, passionnés par la bataille, les mains

ballantes. Mouquet jugeait les coups, comme s'il eût assisté à une

partie de bouchon: oh! celui-là, bien tapé! et cet autre, pas de

chance! Il rigolait, il poussait du coude Zacharie, qui se querellait

avec Philomène, parce qu'il avait giflé Achille et Désirée, en

refusant de les prendre sur son dos, pour qu'ils pussent voir. Il y

avait des spectateurs, massés au loin, le long de la route. Et, en

haut de la pente, à l'entrée du coron, le vieux Bonnemort venait de

paraître, se traînant sur une canne, immobile maintenant, droit dans

le ciel couleur de rouille.

Dès les premières briques lancées, le porion Richomme s'était planté

de nouveau entre les soldats et les mineurs. Il suppliait les uns, il

exhortait les autres, insoucieux du péril, si désespéré que de grosses

larmes lui coulaient des yeux. On n'entendait pas ses paroles au

milieu du vacarme, on voyait seulement ses grosses moustaches grises

qui tremblaient.

Mais la grêle des briques devenait plus drue, les hommes s'y

mettaient, à l'exemple des femmes.

Alors, la Maheude s'aperçut que Maheu demeurait en arrière. Il avait

les mains vides, l'air sombre.

--Qu'est-ce que tu as, dis? cria-t-elle. Est-ce que tu es lâche?

est-ce que tu vas laisser conduire tes camarades en prison?... Ah! si

je n'avais pas cette enfant, tu verrais!

Estelle, qui s'était cramponnée à son cou en hurlant, l'empêchait de

se joindre à la Brûlé et aux autres. Et, comme son homme ne semblait

pas entendre, elle lui poussa du pied des briques dans les jambes.

--Nom de Dieu! veux-tu prendre ça! Faut-il que je te crache à la

figure devant le monde, pour te donner du coeur?

Redevenu très rouge, il cassa des briques, il les jeta. Elle le

cinglait, l'étourdissait, aboyait derrière lui des paroles de mort, en

étouffant sa fille sur sa gorge, dans ses bras crispés; et il avançait

toujours, il se trouva en face des fusils.

Sous cette rafale de pierres, la petite troupe disparaissait.

Heureusement, elles tapaient trop haut, le mur en était criblé. Que

faire? l'idée de rentrer, de tourner le dos, empourpra un instant le

visage pâle du capitaine; mais ce n'était même plus possible, on les

écharperait, au moindre mouvement. Une brique venait de briser la

visière de son képi, des gouttes de sang coulaient de son front.

Plusieurs de ses hommes étaient blessés; et il les sentait hors d'eux,

dans cet instinct débridé de la défense personnelle, où l'on cesse

d'obéir aux chefs. Le sergent avait lâché un nom de Dieu! l'épaule

gauche à moitié démontée, la chair meurtrie par un choc sourd, pareil

à un coup de battoir dans du linge. Eraflée à deux reprises, la

recrue avait un pouce broyé, tandis qu'une brûlure l'agaçait au genou

droit: est-ce qu'on se laisserait embêter longtemps encore? Une pierre

ayant ricoché et atteint le vieux chevronné sous le ventre, ses joues

verdirent, son arme trembla, s'allongea, au bout de ses bras maigres.

Trois fois, le capitaine fut sur le point de commander le feu. Une

angoisse l'étranglait, une lutte interminable de quelques secondes

heurta en lui des idées, des devoirs, toutes ses croyances d'homme et

de soldat. La pluie des briques redoublait, et il ouvrait la bouche,

il allait crier: Feu! lorsque les fusils partirent d'eux-mêmes, trois

coups d'abord, puis cinq, puis un roulement de peloton, puis un coup

tout seul, longtemps après, dans le grand silence.

Ce fut une stupeur. Ils avaient tiré, la foule béante restait

immobile, sans le croire encore. Mais des cris déchirants

s'élevèrent, tandis que le clairon sonnait la cessation du feu. Et il

y eut une panique folle, un galop de bétail mitraillé, une fuite

éperdue dans la boue.

Bébert et Lydie s'étaient affaissés l'un sur l'autre, aux trois

premiers coups, la petite frappée à la face, le petit troué au-dessous

de l'épaule gauche. Elle, foudroyée, ne bougeait plus. Mais lui,

remuait, la saisissait à pleins bras, dans les convulsions de

l'agonie, comme s'il eût voulu la reprendre, ainsi qu'il l'avait

prise, au fond de la cachette noire, où ils venaient de passer leur

nuit dernière. Et Jeanlin, justement, qui accourait enfin de

Réquillart, bouffi de sommeil, gambillant au milieu de la fumée, le

regarda étreindre sa petite femme, et mourir.

Les cinq autres coups avaient jeté bas la Brûlé et le porion Richomme.

Atteint dans le dos, au moment où il suppliait les camarades, il était

tombé à genoux; et, glissé sur une hanche, il râlait par terre, les

yeux pleins des larmes qu'il avait pleurées. La vieille, la gorge

ouverte, s'était abattue toute raide et craquante comme un fagot de

bois sec, en bégayant un dernier juron dans le gargouillement du sang.

Mais alors le feu de peloton balayait le terrain, fauchait à cent pas

les groupes de curieux qui riaient de la bataille. Une balle entra

dans la bouche de Mouquet, le renversa, fracassé, aux pieds de

Zacharie et de Philomène, dont les deux mioches furent couverts de

gouttes rouges. Au même instant, la Mouquette recevait deux balles

dans le ventre. Elle avait vu les soldats épauler, elle s'était

jetée, d'un mouvement instinctif de bonne fille, devant Catherine, en

lui criant de prendre garde; et elle poussa un grand cri, elle s'étala

sur les reins, culbutée par la secousse. Étienne accourut, voulut la

relever, l'emporter; mais, d'un geste, elle disait qu'elle était

finie. Puis, elle hoqueta, sans cesser de leur sourire à l'un et à

l'autre, comme si elle était heureuse de les voir ensemble, maintenant

qu'elle s'en allait.

Tout semblait terminé, l'ouragan des balles s'était perdu très loin,

jusque dans les façades du coron, lorsque le dernier coup partit,

isolé, en retard.

Maheu, frappé en plein coeur, vira sur lui-même et tomba la face dans

une flaque d'eau, noire de charbon.

Stupide, la Maheude se baissa.

--Eh! mon vieux, relève-toi. Ce n'est rien, dis?

Les mains gênées par Estelle, elle dut la mettre sous un bras, pour

retourner la tête de son homme.

--Parle donc! où as-tu mal?

Il avait les yeux vides, la bouche baveuse d'une écume sanglante.

Elle comprit, il était mort. Alors, elle resta assise dans la crotte,

sa fille sous le bras comme un paquet, regardant son vieux d'un air

hébété.

La fosse était libre. De son geste nerveux, le capitaine avait

retiré, puis remis son képi coupé par une pierre; et il gardait sa

raideur blême devant le désastre de sa vie; pendant que ses hommes,

aux faces muettes, rechargeaient leurs armes. On aperçut les visages

effarés de Négrel et de Dansaert, à la fenêtre de la recette.

Souvarine était derrière eux, le front barré d'une grande ride, comme

si le clou de son idée fixe se fût imprimé là, menaçant. De l'autre

côté de l'horizon, au bord du plateau, Bonnemort n'avait pas bougé,

calé d'une main sur sa canne, l'autre main aux sourcils pour mieux

voir, en bas, l'égorgement des siens. Les blessés hurlaient, les

morts se refroidissaient dans des postures cassées, boueux de la boue

liquide du dégel, ça et là envasés parmi les taches d'encre du

charbon, qui reparaissaient sous les lambeaux salis de la neige. Et,

au milieu de ces cadavres d'hommes, tout petits, l'air pauvre avec

leur maigreur de misère, gisait le cadavre de Trompette, un tas de

chair morte, monstrueux et lamentable.

Étienne n'avait pas été tué. Il attendait toujours, près de Catherine

tombée de fatigue et d'angoisse, lorsqu'une voix vibrante le fit

tressaillir. C'était l'abbé Ranvier, qui revenait de dire sa messe,

et qui, les deux bras en l'air, dans une fureur de prophète, appelait

sur les assassins la colère de Dieu. Il annonçait l'ère de justice,

la prochaine extermination de la bourgeoisie par le feu du ciel,

puisqu'elle mettait le comble à ses crimes en faisant massacrer les

travailleurs et les déshérités de ce monde.

Germinal(#5711) · 第 39 / 44 题