À M. MOORE.

Pise, Ier mars 1822.

«Comme je n'ai pas encore de nouvelles de mon _Werner_, etc., paquet que

je vous envoyai le 29 janvier, je continue à vous importuner (pour la

cinquième fois, je pense) pour savoir s'il n'a pas été égaré en route.

Comme il était très-bien mis au net, ce serait une vexation s'il était

perdu. Je l'avais assuré au bureau de poste pour qu'on en prît plus de

soin, et qu'on vous l'adressât sans faute à Paris.

»Je vois dans l'impartial Galignani un extrait du _Blackwood's

Magazine_, où l'on dit que certaines gens ont découvert que ni vous ni

moi n'étions poètes. Relativement à l'un de nous, je sais que ce passage

nord-ouest à mon pôle magnétique a été depuis long-tems découvert par

quelques sages, et je leur laisse la pleine jouissance de leur

pénétration. Je pense de ma poésie ce que Gibbon dit de son histoire

«que peut-être dans cent ans d'ici on continuera encore à en médire.»

Toutefois, je suis loin de prétendre m'égaler ou me comparer à cet

illustre homme de lettres.

»Mais, relativement à vous, je pensais que vous aviez toujours été

reconnu poète par la stupidité comme par l'envie,--mauvais poète, sans

contredit,--immoral, fleuri, asiatique, et diaboliquement populaire,

mais enfin poète _nemine contradicente_. Cette découverte a donc pour

moi tout le charme de la nouveauté, tout en me consolant (suivant La

Rochefoucauld) de me trouver dépoétisé en si bonne compagnie. Je suis

content «de me tromper avec Platon», et je vous assure très-sincèrement

que j'aimerais mieux n'être pas tenu pour poète avec vous, que de

partager les couronnes des lakistes (non encore couronnés,

toutefois)........ ..................................................

»Quant à Southey, sa réponse à mon cartel n'est pas encore arrivée. Je

lui envoyai le message, avec une courte note, par l'intermédiaire de

Douglas Kinnaird, et la réponse de celui-ci n'est pas encore parvenue.

Si Southey accepte, j'irai en Angleterre; mais, dans le cas contraire,

je ne pense pas que la succession de lady Noel m'y amène, vu que les

arbitres peuvent arranger les affaires en mon absence, et qu'il ne

semble s'élever aucune difficulté. L'autorisation du nouveau nom et des

nouvelles armes sera obtenue par la pétition qu'on adresse à la couronne

dans les cas semblables, puis me sera envoyée......»

La lettre précédente était incluse dans celle qui suit.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 358 / 366 题