À M. MOORE.

Pise, 12 décembre 1821.

«Ce que vous dites sur les deux biographies de Galignani est fort

amusant; et si je n'étais paresseux, je ferais certainement ce que vous

désirez. Mais je doute à présent de mon fonds de gaîté,--assez pour ne

pas laisser le chat sortir du sac[166]. Je désire que vous entrepreniez

la chose. Je vous pardonne et vous accorde indulgence (comme un pape),

par avance, pour toutes les plaisanteries qui maintiendront ces sots

dans leur chère croyance qu'un homme est un loup-garou.

[Note 166: M. Galignani ayant exprimé le désir d'avoir une petite

biographie de Lord Byron, pour la placer à la tête de ses oeuvres,

j'avais dit par plaisanterie, dans une lettre précédente à mon noble

ami, que ce serait une bonne satire de la disposition du monde à le

peindre comme un monstre, que d'écrire lui-même pour le public, tant

anglais que français, une sorte de biographie héroï-comique, où il

raconterait, avec un assaisonnement d'horreurs et de merveilles, tout ce

qu'on avait déjà publié ou cru sur son compte, et laisserait même

l'histoire de Goëthe sur le double meurtre de Florence. (_Note de

Moore_.) ]

»Je crois vous avoir dit que l'histoire du Giaour avait quelque

fondement dans les faits; ou si je ne vous l'ai pas dit, vous le verrez

un jour dans une lettre que lord Sligo m'a écrite après la publication

du poème..............................................................

»Le dénoûment dont vous parlez pour le pauvre ***, a été sur le point

d'avoir lieu hier. Allant à cheval assez vite derrière M. Medwin et moi,

en tournant l'angle d'un défilé entre Pise et les montagnes, il s'est

jeté par terre,--et s'est fait une assez forte contusion; mais il n'est

pas en danger. Il a été saigné, et garde la chambre. Comme je le

précédais de quelques centaines d'yards[167], je n'ai pas vu l'accident;

mais mon domestique, qui était derrière, l'a vu, et il dit que le cheval

n'a pas bronché,--excuse ordinaire des écuyers démontés. Comme *** se

pique d'être bon écuyer, et que son cheval est réellement une assez

bonne bête, je désire entendre l'aventure de sa propre bouche,--attendu

que je n'ai encore rencontré personne qui réclamât une chute comme chose

de son fait.............................................................

»À toujours et de coeur, etc.»

»_P. S._ 13 décembre.

«Je vous envoie ci-joint des vers que j'ai composés il y a quelque tems;

vous en ferez ce qu'il vous plaira, vu qu'ils sont fort innocens[168].

Seulement, si vous les faites copier, imprimer ou publier, je désire

qu'ils soient plus correctement reproduits qu'on n'a coutume de le faire

quand, «des riens deviennent des monstruosités» comme dit Coriolan.

[Note 167: L'_yard_ vaut trois pieds. (_Note du Trad._) ]

[Note 168: Voici ces vers:

Oh! ne me parlez pas d'un grand nom dans l'histoire,

Les jours de notre jeunesse sont les jours de notre gloire.

Le myrte et le lierre du doux âge de vingt-deux ans

Valent tous vos lauriers, quelle qu'en soit l'abondance.

Que sont les guirlandes et les couronnes pour le front ridé?

Des fleurs mortes, mouillées de la rosée d'avril.

Arrière donc de la tête blanchie tous ces honneurs!

Que m'importent ces tresses qui ne donnent que la gloire?

Ô Renommée! Si jamais je m'enivrai de tes louanges,

Ce fut moins pour le plaisir de tes phrases sonores,

Que pour voir les yeux brillans d'une femme chérie révéler

Qu'elle ne me jugeait point indigne de l'aimer.

C'est là surtout que je te cherchai, c'est là seulement que je te trouvai.

Le regard féminin fut le plus doux des rayons qui t'environnaient;

Quand il brilla sur quelque éclatante partie de mon histoire,

Alors je connus l'amour, et je sentis la gloire.]

»Il faut réellement que vous fassiez publier ***: il n'aura pas de repos

jusque-là. Il vient d'aller avec la tête cassée à Lucques, suivant mon

désir, pour essayer de sauver un homme du supplice du feu. L'Espagnole,

dont la jupe règne sur Lucques, avait condamné un pauvre diable au

bûcher, pour vol d'une boîte de pains à chanter[169] dans une église.

Shelley et moi, nous nous sommes armés contre cet acte de piété, et nous

avons troublé tout le monde pour faire commuer la peine. *** est allé

voir ce qu'on peut faire.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 337 / 366 题