À M. MOORE.

Pise, 16 novembre 1821.

«Il y a ici M. ***, génie irlandais, avec qui nous sommes liés. Il a

composé un excellent commentaire de Dante, plein de renseignemens

nouveaux et vrais, et d'observations habiles; mais sa versification est

telle qu'il a plu à Dieu de la lui donner. Néanmoins, il est si

fermement persuadé de l'égale excellence de ses vers, qu'il ne

consentira jamais à séparer le commentaire de la traduction, comme je me

hasardai à lui en insinuer délicatement l'idée,--sans la peur de

l'Irlande devant les yeux, et avec l'assurance d'avoir assez bien tiré

en sa présence (avec des pistolets ordinaires) le jour précédent.

»Mais il est empressé de publier le tout, et doit en avoir la

satisfaction, quoique les réviseurs doivent lui faire souffrir plus de

tourmens qu'il n'y en a dans l'original. En vérité, les notes sont bien

dignes de la publication; mais il insiste à les accompagner de la

traduction. Je lui ai lu hier une de vos lettres, et il me prie de vous

écrire sur sa poésie. Il paraît être réellement un brave homme, et j'ose

dire que son vers est très-bon irlandais.

»Or, que ferons-nous pour lui? Il dit qu'il se chargera d'une partie des

frais de la publication. Il n'aura de repos que lorsqu'il aura été

publié et vilipendé,--car il a une haute opinion de lui-même,--et je ne

vois pas d'autre ressource que de ne le laisser vilipender que le moins

possible, car je crois qu'il en peut mourir. Écrivez donc à Jeffrey pour

le prier ne pas parler de lui dans sa _Revue_; je ferai demander la même

faveur à Gifford par Murray. Peut-être on pourrait parler du commentaire

sans mentionner le texte; mais je doute que les chiens...--car le texte

est trop tentant.

»J'ai à vous remercier encore, comme je crois l'avoir déjà fait, pour

votre opinion sur _Caïn_. ........................

»Je vous adresse cette lettre à Paris, suivant votre désir. Répondez

bientôt, et croyez-moi toujours, etc.

»_P. S._ Ce que je vous ai écrit sur l'abattement de mes esprits est

vrai. À présent, grâce au climat, etc. (je puis me promener dans mon

jardin et cueillir mes oranges, et, par parenthèse, j'ai gagné la

diarrhée pour m'être trop livré à ce luxe méridional de la propriété),

mes esprits sont beaucoup mieux. Vous semblez penser que je n'aurais pu

composer la _Vision_, etc., si mes esprits eussent été abattus;--mais je

crois que vous vous trompez. La poésie, dans l'homme, est une faculté ou

ame distincte, et n'a pas plus de rapport avec l'individu de tous les

jours, que l'inspiration avec la pythonisse une fois éloignée de son

trépied.»

La correspondance que je vais maintenant insérer ici, quoique publiée

depuis long-tems par celui[164] qui l'eut avec Lord Byron, sera, je n'en

doute pas, relue avec plaisir, même par ceux qui sont déjà instruits de

toutes les circonstances, vu que, parmi les étranges et intéressans

événemens dont ces pages abondent, il n'y en a peut-être aucun aussi

touchant et aussi singulier que celui auquel les lettres suivantes ont

trait.

[Note 164: _Voir_ les _Pensées sur la dévotion privée_, par M.

Sheppard. (_Note de Moore_.) ]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 324 / 366 题