À M. MURRAY.

Pise, 3 novembre 1821.

«Les deux passages ne peuvent être changés sans faire parler Lucifer

comme l'évêque de Lincoln, ce qui ne serait pas dans le caractère du

susdit Lucifer. L'idée des anciens mondes est de Cuvier, comme je l'ai

expliqué dans une note additionnelle jointe à la préface. L'autre

passage est aussi dans l'esprit du personnage; si c'est une absurdité,

tant mieux, puisque alors cela ne peut faire du mal, et plus on rend

Satan imbécile, moins on le rend dangereux. Quant au chapitre «des

alarmes,» croyez-vous réellement que de telles paroles aient jamais

égaré personne? Ces personnages sont-ils plus impies que le Satan de

Milton ou le Prométhée d'Eschyle? Adam, Ève, Ada et Abel ne sont-ils pas

aussi pieux que le Catéchisme?

»Gifford est un homme trop sage pour penser que de telles choses

puissent jamais avoir quelque effet sérieux. Qui fut jamais changé par

un poème? Je prie de remarquer qu'il n'y a dans tout cela aucune

profession de foi ou hypothèse de mon propre cru; mais j'ai été obligé

de faire parler Caïn et Lucifer, conformément à leurs caractères, et

certes cela a toujours été permis en poésie. Caïn est un homme

orgueilleux: si Lucifer lui promettait un royaume, il l'élèverait; le

démon a pour but de le rabaisser encore plus dans sa propre estime,

qu'il ne se rabaissait lui-même auparavant, et cela en lui montrant son

néant, jusqu'à ce qu'il ait créé en lui cette disposition d'esprit qui

le pousse à la catastrophe, par une pure irritation intérieure, non par

préméditation, ni par envie contre Abel (ce qui aurait rendu Caïn

méprisable), mais par colère, par fureur contre la disproportion de son

état et de ses conceptions, fureur qui se décharge plutôt sur la vie et

l'auteur de la vie, que contre la créature vivante.

»Son remords immédiat est l'effet naturel de sa réflexion sur cette

action soudaine. Si l'action avait été préméditée, le repentir aurait

été plus tardif.

»Dédiez le poème à Walter Scott, ou, si vous pensez qu'il préfère que

les _Foscari_ lui soient dédiés, mettez la dédicace aux _Foscari_.

Consultez-le sur ce point.

»Votre première note était assez bizarre; mais vos deux autres lettres,

avec les opinions de Moore et de Gifford, arrangent la chose. Je vous ai

déjà dit que je ne puis rien retoucher. Je suis comme le tigre: si je

manque au premier bond, je retourne en grognant dans mon antre; mais si

je frappe au but, c'est terrible.....

»Vous m'avez déprécié les trois derniers chants de _Don Juan_, et vous

les avez gardés plus d'un an; mais j'ai appris que, malgré les fautes

d'impression, ils sont estimés,--par exemple, par l'Américain Irving.

»Vous avez reçu ma lettre (ouverte) par l'entremise de M. Kinnaird;

ainsi, je vous prie, ne m'envoyez plus de _Revues_. Je ne veux plus rien

lire de bien ni de mal en ce genre. Walter-Scott n'a pas lu un article

sur lui pendant treize ans.

»Le buste n'est pas ma propriété, mais celle d'Hobhouse. Je vous l'ai

adressé comme à un homme de l'amirauté, puissant à la douane. Déduisez,

je vous prie, les frais du buste ainsi que tous autres.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 320 / 366 题