«Je vous ai envoyé par le courrier de ce jour mon cauchemar, destiné à
contrebalancer le rêve où Southey célèbre par une impudente anticipation
l'apothéose de Georges III. J'aimerais que vous jetassiez un regard sur
la pièce, parce que je pense qu'il y a deux ou trois passages qui
pourront plaire à «nos pauvres montagnards.»
»Ma fièvre ne me rend visite que tous les deux ou trois jours, mais nous
ne sommes pas encore sur le pied de l'intimité. J'ai, en général, une
fièvre intermittente tous les deux ans, quand le climat y est favorable,
comme ici; mais je n'en éprouve aucun mal. Ce que je trouve pire, et
dont je ne puis me délivrer, est l'affaissement progressif de mes
esprits sans cause suffisante. Je vais à cheval;--je ne commets point
d'excès dans le boire ou le manger,--et ma santé générale va comme à
l'ordinaire, sauf ces légers accès fébriles, qui me font plutôt du bien
que du mal. Cet abattement doit tenir à ma constitution; car je ne sache
rien qui puisse m'abattre plus que de coutume.
»Comment vous arrangez-vous? Je crois que vous m'avez dit à Venise que
vos esprits ne se soutenaient pas sans un peu de vin. Je peux boire, et
supporter une bonne quantité de vin (comme vous l'avez vu en
Angleterre); mais par-là je ne m'égaie pas,--mais je deviens farouche,
soupçonneux, et même querelleur. Le laudanum a un effet semblable; mais
je puis même en prendre beaucoup sans en éprouver le moindre effet. Ce
qui relève le plus mes esprits (cela semble absurde, mais cela est
vrai), c'est une dose de sels,--je veux dire dans l'après-midi, après
leur effet. Mais on ne peut en prendre comme du Champagne.
»Excusez cette lettre de vieille femme; mais ma mélancolie ne dépend pas
de ma santé; car elle subsiste au même degré, que je sois bien ou mal,
ici ou là.»