6 octobre 1821.

«Je vous ai envoyé par le courrier de ce jour mon cauchemar, destiné à

contrebalancer le rêve où Southey célèbre par une impudente anticipation

l'apothéose de Georges III. J'aimerais que vous jetassiez un regard sur

la pièce, parce que je pense qu'il y a deux ou trois passages qui

pourront plaire à «nos pauvres montagnards.»

»Ma fièvre ne me rend visite que tous les deux ou trois jours, mais nous

ne sommes pas encore sur le pied de l'intimité. J'ai, en général, une

fièvre intermittente tous les deux ans, quand le climat y est favorable,

comme ici; mais je n'en éprouve aucun mal. Ce que je trouve pire, et

dont je ne puis me délivrer, est l'affaissement progressif de mes

esprits sans cause suffisante. Je vais à cheval;--je ne commets point

d'excès dans le boire ou le manger,--et ma santé générale va comme à

l'ordinaire, sauf ces légers accès fébriles, qui me font plutôt du bien

que du mal. Cet abattement doit tenir à ma constitution; car je ne sache

rien qui puisse m'abattre plus que de coutume.

»Comment vous arrangez-vous? Je crois que vous m'avez dit à Venise que

vos esprits ne se soutenaient pas sans un peu de vin. Je peux boire, et

supporter une bonne quantité de vin (comme vous l'avez vu en

Angleterre); mais par-là je ne m'égaie pas,--mais je deviens farouche,

soupçonneux, et même querelleur. Le laudanum a un effet semblable; mais

je puis même en prendre beaucoup sans en éprouver le moindre effet. Ce

qui relève le plus mes esprits (cela semble absurde, mais cela est

vrai), c'est une dose de sels,--je veux dire dans l'après-midi, après

leur effet. Mais on ne peut en prendre comme du Champagne.

»Excusez cette lettre de vieille femme; mais ma mélancolie ne dépend pas

de ma santé; car elle subsiste au même degré, que je sois bien ou mal,

ici ou là.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 310 / 366 题