De ces deux pièces, incluses dans la lettre précédente, l'une était une
lettre destinée à lady Byron, relativement à l'argent que Byron avait
dans les fonds publics: j'en donnerai les extraits suivans.
Ravenne, Ier mars 1821.
«J'ai reçu, par la lettre de ma soeur, votre communication sur la
sécurité de l'Angleterre, etc. Il est vrai que telle est l'opinion sur
ce point, mais telle n'est pas la mienne. M. *** mettra des obstacles à
toutes les tentatives de ce genre, jusqu'à ce qu'il ait accompli ses
propres desseins, c'est-à-dire, qu'il m'ait fait prêter ma fortune à
quelque client de son choix.
»À cette distance,--après une si longue absence, et avec mon ignorance
extrême dans les affaires d'intérêt,--avec mon caractère et mon
indolence, je n'ai ni les moyens ni l'intention de résister.....
»Avec l'opinion que j'ai sur les fonds publics, et le désir d'assurer
après moi une fortune honorable à ma soeur et à ses enfans, je dois me
jeter sur les expédiens.
»Ce que je vous ai dit s'accomplit:--la guerre napolitaine est déclarée.
Vos fonds tomberont, et je serai par conséquent ruiné, ce qui n'est
rien,--mais mes parens le seront aussi. Vous et votre enfant vous êtes
pourvus. Vivez et prospérez,--c'est ce que je vous souhaite à toutes
deux. Vivez et prospérez,--vous en avez le moyen. Je ne songe qu'à mes
vrais parens, à ceux dont le sang est le mien,--et qui seront peut-être
victimes de cette maudite filouterie.
»Vous ne songez pas aux conséquences de cette guerre; c'est une guerre
de l'humanité contre les monarques; elle se répandra comme une étincelle
sur l'herbe sèche des prairies désertes. Ce que c'est pour vous et vos
Anglais, vous n'en savez rien, car vous dormez. Ce que c'est pour nous
ici, je le sais; car nous avons l'incendie par-devant, par-derrière, et
jusqu'au milieu de nous.
»Jugez combien je déteste l'Angleterre et tout ce qu'elle renferme,
puisque je ne retourne pas dans votre pays à une époque où non-seulement
mes intérêts pécuniaires, mais peut-être ma sécurité personnelle,
exigeraient mon retour. Je ne puis en dire d'avantage, car on ouvre
toutes les lettres. En peu de tems se décidera ce qui doit s'accomplir
ici, et alors vous en serez instruite sans être troublée par moi ou ma
correspondance. Quoi qu'il arrive, un individu est peu de chose, pourvu
que le succès de la grande cause soit avancé.
»Je n'ai rien de plus à vous dire sur les affaires, ou sur tout autre
sujet.»
La seconde pièce ci-dessus mentionnée consistait en quelques vers, que
Byron composa en décembre 1820, en lisant l'article suivant dans un
journal. «Lady Byron est cette année dame patronnesse du bal de charité
que l'on donne annuellement à l'Hôtel-de-Ville, à Hinckly, dans le
Leicester-Shire, et sir G. Crewe, baronnet, est le principal
commissaire.» Ces vers respirent une vive indignation,--chaque stance
finit par ces mots: _bal de charité_, et la pensée qui domine percera
dans les huit premiers vers.
Qu'importent les angoisses d'un époux ou d'un père,
Que pour lui les ennuis de l'exil soient pesans ou légers;
Cependant, la sainte s'entoure de gloires pharisiennes,
Et se fait la patronne d'un bal de charité.
Qu'importe--qu'un coeur, fautif, il est vrai, mais sensible,
Soit poussé à des excès qui font trembler;--
La souffrance du pécheur est chose juste et belle,
La sainte réserve sa charité pour le bal.