«J'ajoute une autre enveloppe pour vous prier de demander à Moore qu'il
retire, si c'est possible, d'entre les mains de lady Cowper mes lettres
à feue lady Melbourne. Elles sont très-nombreuses, et m'auraient dû être
rendues depuis long-tems, vu que je suis prêt à donner celles de lady
Melbourne en échange. Celles-ci sont confiées à la garde de M. Hobhouse
avec mes autres papiers, et elles seront fidèlement rendues en cas de
besoin. Je n'ai pas voulu m'adresser auparavant à lady Cowper, parce que
je m'abstins de l'importuner à l'instant même de la mort de sa mère.
Quelques années se sont écoulées, et il est nécessaire que j'aie mes
épîtres. Elle sont essentielles comme confirmant cette partie des
_Mémoires_ qui a trait aux deux époques (1812 et 1814) où mon mariage
avec la nièce de lady Melbourne fut projeté, et elles montreront quelles
furent mes idées, quels furent mes sentimens réels sur ce point.
»Vous n'avez pas besoin de vous alarmer; les quatorze ans[155] ne
peuvent guère s'écouler sans que la mortalité frappe sur l'un de nous:
c'est une longue portion de vie comme objet de spéculation..........
[Note 155: Allusion à un passage d'une lettre de Murray, qui
remarquait que si les _Mémoires_ n'étaient pas publiés du vivant de sa
seigneurie, la somme actuellement payée (2,100 liv.) pour prix d'achat,
monterait, d'après un calcul très-probable des chances de vie, à près de
8,000 livres sterling. (_Note de Moore_.) ]
»Je veux aussi vous donner une ou deux idées à votre avantage, vu que
vous avez eu réellement une très-belle conduite envers Moore dans cette
affaire, et que vous êtes un brave homme dans votre genre. Si par vos
manoeuvres vous pouvez reprendre quelques-unes de mes lettres à lady
***, vous pourrez en faire usage dans votre recueil (en supprimant,
bien entendu, les noms et tous les détails qui pourraient blesser des
personnes encore vivantes, ou celles qui survivent aux personnes
compromises). J'y ai traité parfois des sujets autres que l'amour.....
......................................................................
»Je vous dirai encore quelles personnes peuvent avoir de mes lettres en
leurs mains: lord Powerscourt, quelques-unes à feu son frère; M. Long
de--(j'ai oublié le nom du pays), mais père d'Édouard Long, qui se noya
en allant à Lisbonne en 1809; miss Élisabeth Pigot de Southwell (elle
est peut-être devenue _mistress_[156] par le tems qui court, car elle
n'avait qu'un an ou deux de plus que moi): ce ne sont pas des lettres
d'amour, ainsi vous pouvez les obtenir sans difficulté. Il y en a
peut-être quelques-unes à feu révérend J. C. Tattersall, dans les mains
de son frère (à moitié frère) M. Wheatley, qui demeure, je crois, près
de Cantorbéry. Il y en a aussi à Charles Gordon, aujourd'hui de Dulwich,
et quelques-unes, en très-petit nombre, à Mrs. Chaworth; mais ces
dernières sont probablement détruites ou imprenables.
........................................................................
[Note 156: Madame.]
»Je mentionne ces personnes et ces détails comme de simples
possibilités. La plupart des lettres ont été probablement détruites; et,
dans le fait, elles sont de peu d'importance, ayant été pour la plupart
écrites dans ma première jeunesse, à l'école et au collége.
»Peel (le frère cadet du secrétaire-d'état) entretint avec moi une
correspondance, ainsi que Porter, fils de l'évêque de Clogher; lord
Clare en eut une très-volumineuse; William Harness, ami de Milman;
Charles Drummond, fils du banquier; William Bankes, le voyageur, votre
ami; R. G. Dallas, Esq.; Hodgson, Henri Drury en eurent aussi, et
Hobhouse, comme vous en êtes déjà instruit.
»J'ai mis dans cette longue liste:
Les amis froids, infidèles et morts.
parce que je sais que, comme les curieux gourmets, vous êtes amateur des
choses de ce genre.
»En outre, il y a par-ci par-là des lettres à des littérateurs et
autres, lettres de compliment, etc., qui ne valent pas mieux que le
reste. Il y a aussi une centaine de notes italiennes, griffonnées avec
un noble mépris de la grammaire et du dictionnaire, en étrusque
anglicanisé; car je parle l'italien couramment, mais je l'écris avec une
négligence et une incorrection extrêmes.»