À M. MURRAY.

Ravenne, 20 septembre 1821.

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[Note 152: La lettre 454e, d'une quinzaine de lignes, a été

supprimée.]

«Les papiers dont je parle, en cas de survivance, sont des lettres,

etc., que j'ai amassées depuis l'âge de seize ans, et qui sont dans les

coffres de M. Hobhouse. Cette collection est au moins doublée par celles

que j'ai à présent ici,--toutes reçues depuis mon dernier ostracisme. Je

désirerais que l'éditeur eût accès dans cette dernière pacotille, non

dans le but d'abuser des confidences, ou d'offenser les sentimens de mes

correspondans vivans et la mémoire des morts; mais il y a des faits qui

n'auraient ni l'un ni l'autre de ces inconvéniens, et que cependant je

n'ai ni mentionnés ni expliqués: le tems seul (comme à l'égard de toutes

affaires pareilles) permettra de les mentionner et de les expliquer,

quoique quelques uns soient à ma gloire. La tâche, sans doute, exigera

de la délicatesse; mais cette exigence sera satisfaite, si Moore et

Hobhouse me survivent; et, je puis aussi le dire, si vous-même me

survivez: et je vous assure que mon sincère désir est que vous soyez

tous trois dans ce cas. Je ne suis pas sûr qu'une longue vie soit

souhaitable pour un homme de mon caractère, atteint d'une mélancolie

constitutionnelle[153] que, sans doute, je dissimule en société, mais

qui éclate dans la solitude et dans mes écrits malgré moi-même. Cette

disposition a été renforcée, peut-être, par quelques événemens de ma

vie passée (je ne veux pas parler de mon mariage, etc.,--au contraire,

alors la persécution ranima mes esprits); mais je la nomme

constitutionnelle, parce que je la crois telle. Vous savez, ou ne savez

pas, que mon grand-père-maternel (habile et aimable homme, m'a-t-on dit)

fut vivement soupçonné de suicide (on le trouva noyé dans l'Avon à

Bath), et qu'un autre de mes proches parens de la même ligne

s'empoisonna, et ne fut sauvé que par les contre-poisons. Dans le

premier cas, il n'y avait pas de motif apparent, vu que mon grand-père

était riche, considéré, doué de grands moyens intellectuels, à peine âgé

de quarante ans, et pur de tout vice ruineux. Le suicide d'ailleurs ne

fut qu'un soupçon fondé sur le genre de mort et sur le tempérament

mélancolique de mon aïeul. Dans le second cas, il y eut un motif, mais

il ne me convient pas d'en parler: cette mort arriva lorsque j'étais

trop jeune pour en être instruit, et je n'en ai entendu parler que

plusieurs années après. Je pense donc que je puis appeler

constitutionnel cet abattement de mes esprits. On m'a toujours dit que

je ressemblais plus à mon aïeul maternel qu'à personne de la famille de

mon père,--c'est-à-dire dans le plus sombre côté de son caractère; car

il était ce que vous appelez une bonne nature d'homme, ce que je ne suis

pas.

[Note 153: Ce mot est pris ici comme en anglais, dans son sens

physiologique et médical; il signifie ce qui est inhérent à la

constitution physique, à l'organisation. Nous avons cru devoir faire

cette remarque, parce que le sens politique, beaucoup plus généralement

employé, aurait pu préoccuper l'esprit du lecteur. (_Note du Trad._) ]

»Comptez, de plus, le journal ici tenu, que j'ai envoyé à Moore l'autre

jour; mais comme c'est un vrai _mémorandum_ quotidien, il ne faudrait en

publier que des extraits. Je pense aussi qu'Augusta vous laisserait

prendre une copie du journal de mon voyage en 1816.

»Je suis très-peiné que Gifford n'approuve pas mes nouveaux drames.

Certes, ils sont aussi contraires que possible au drame anglais; mais

j'ai idée que s'ils sont compris, ils trouveront à la fin faveur, je ne

dis pas sur le théâtre, mais dans le cabinet du lecteur. C'est à dessein

que l'intrigue est simple, l'exagération des sentimens évitée, et les

discours resserrés dans les situations sévères. Ce que je cherche à

montrer dans les _Foscari_, c'est la suppression des passions, plutôt

que l'exagération du tems présent, car ce dernier genre ne me serait pas

difficile, comme je crois l'avoir montré dans mes jeunes productions,--à

la vérité, non dramatiques. Mais, je le répète, je suis peiné que

Gifford n'aime pas mes drames; mais je n'y vois pas de remède, nos idées

sur ce point étant si différentes. Comment va-t-il?--bien, j'espère!

faites-le moi savoir. Son opinion me cause d'autant plus de regret, que

c'est lui qui a toujours été mon grand patron, et que je ne connais

aucune louange capable de compenser pour moi sa censure. Je ne songe

pas aux _Revues_, attendu que je puis les travailler avec leurs armes.

»Tout à vous, etc.

»Adressez-moi vos lettres à Pise, où je vais maintenant. La raison de

mon changement de résidence est que tous mes amis italiens d'ici ont été

exilés, et sont réunis à Pise pour le moment, et je vais les rejoindre,

comme il en a été convenu, pour y passer l'hiver avec eux.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 295 / 366 题