Ravenne, 31 août 1821.
«J'ai reçu les chants de _Don Juan_, qui sont imprimés avec si peu de
soin (surtout le cinquième), que la publication en serait honteuse pour
moi, et peu honorable pour vous. Il faut réellement revoir les épreuves
avec le manuscrit, les fautes sont si grossières;--il y a des mots
ajoutés,--il y en a de changés,--d'où s'ensuivraient mille cacophonies
et absurdités. Vous n'avez pas soigné ce poème, parce que quelques
hommes de votre escouade ne l'approuvent pas; mais je vous dis qu'avant
long-tems vous n'aurez rien de moitié aussi bon, comme poésie ou style.
D'après quel motif avez-vous omis la note sur Bacon et Voltaire? et une
des stances finales que je vous ai envoyées pour être ajoutées au chant?
C'est, je présume, parce que la stance finissait par ces deux vers:
Et ne réunissez jamais deux ames vertueuses pour la vie,
En ce _centaure moral_, mari et femme.
»Or, il faut vous dire, une fois pour toutes, que je ne permettrai
jamais à personne de prendre de telles libertés à l'égard de mes écrits
à cause de mon absence. Je désire que les passages retranchés soient
remis à leur place (excepté la stance sur Sémiramis);--mais reproduisez
surtout la stance sur les mariages turcs. Je requiers d'ailleurs que le
tout soit revu avec soin sur le manuscrit.
»Je ne vis jamais d'impression si détestable:--_Gulleyaz_ au lieu de
_Gulbeyaz_, etc. Savez-vous que Gulbeyaz est un nom réel, et que l'autre
est un non sens? J'ai copié les chants avec soin, en sorte que les
fautes sont inexcusables.
»Si vous ne vous souciez pas de votre propre réputation, ayez, je vous
prie, quelques égards pour la mienne. J'ai relu le poème avec soin, et,
je vous le répète, c'est de la poésie. Votre envieuse bande de
prêtres-poètes peut dire ce qu'il lui plaît; le tems montrera que sur ce
point je ne me suis pas trompé.
»Priez mon ami Hobhouse de corriger l'impression, surtout pour le
dernier chant, d'après le manuscrit tel qu'il est....................
................................................................[145]
»Il ne faudrait pas s'étonner que le poème tombât (ce qui n'arrivera
pas, vous verrez)--avec un pareil cortége de sottises. Replacez ce qui
est omis, corrigez ces ignobles fautes d'impression, et laissez le poème
aller droit son chemin; alors je ne crains plus rien..................
»Vous publierez les drames quand ils seront prêts. Je suis de si
mauvaise humeur à cause de cette négligence dans l'impression de _Don
Juan_, que je suis obligé de clore ma lettre.
»Tout à vous.
»_P. S._ Je présume que vous n'avez pas perdu la stance dont je vous
parle? Je vous l'ai envoyée après les autres; cherchez dans mes lettres,
et vous la trouverez.»
[Note 145: Nous supprimons plusieurs fautes d'impression que Byron
se remet encore à citer. (_Note du Trad._)]