À M. MURRAY.

Ravenne, 23 août 1821.

»Je vous envoie ci-inclus les deux actes corrigés. Quant aux accusations

relatives au naufrage[143], je crois vous avoir dit à vous et à Mr

Hobhouse, il y a déjà quelques années, qu'il n'y avait pas une seule

circonstance qui n'eût été prise dans les faits, non pas, il est vrai,

dans l'histoire d'un naufrage particulier quelconque, mais dans les

accidens réels de différens naufrages. Presque tout _Don Juan_ est une

peinture de la vie réelle, soit de la mienne, soit de celle de gens que

j'ai connus. Par parenthèse, une grande partie de la description de

l'ameublement, dans le troisième chant, est prise du _Tully's Tripoli_

(je vous prie de noter cela), et le reste, de mes propres observations.

Souvenez-vous que je n'ai jamais voulu cacher cela; et que si je ne l'ai

pas publiquement déclaré, c'est uniquement parce que _Don Juan_ a paru

sans préface et sans nom d'auteur. Si vous pensez que cela en vaille la

peine, mettez-le en note à la prochaine occasion. Je ris de pareilles

accusations, tant je suis convaincu que jamais nul écrivain n'emprunta

moins que moi, ou ne s'appropria davantage les matériaux empruntés.

Beaucoup de plagiats apparens ne sont dus qu'à une coïncidence fortuite.

Par exemple, Lady Morgan (dans un livre sur l'Italie, vraiment

excellent, je vous assure) appelle Venise _Rome de l'Océan_. J'ai

employé la même expression dans les _Foscari_, et pourtant vous savez

que la pièce est écrite depuis plusieurs mois, et envoyée en Angleterre.

Je n'ai reçu _l'Italie_ que le 16 courant.

[Note 143: On avait ridiculement accusé Byron de plagiat, parce

qu'il n'avait pas puisé sa description dans sa seule imagination, mais

dans les relations authentiques des divers naufrages. (_Note du Trad._)]

»Votre ami, ainsi que le public, ne sait pas que ma simplicité

dramatique est à dessein toute grecque, et que je continuerai dans cette

voie; nulle réforme n'a jamais réussi[144] tout d'abord. J'admire les

vieux dramaturges anglais; mais le système grec est sur un tout autre

terrain, et n'a rien à démêler avec eux. Je veux créer un drame anglais

régulier, peu m'importe qu'il soit propre ou non au théâtre, ce n'est

point là mon but;--je ne veux créer qu'un théâtre pour l'esprit.

[Note 144: «Nul homme, dit Pope, ne s'est jamais élevé à quelque

degré de perfection dans l'art d'écrire sans lutter avec une obstination

et une constance opiniâtres contre le courant de l'opinion publique.»

Que les ennemis de la nouvelle école méditent cette réflexion d'un

auteur reconnu pour classique. (_Notes du Trad._)]

»Tout à vous.

»_P. S._ Je ne puis accepter vos offres........................

Il faut traiter ces affaires-là avec M. Douglas Kinnaird. C'est mon

fondé de pouvoirs, et il est homme d'honneur. C'est à lui que vous

pourrez exposer toutes vos raisons mercantiles, plutôt que de me les

exposer à moi-même directement. Ainsi donc, la mauvaise saison,--le

public indifférent,--le défaut de vente,--sa seigneurie écrit trop,--la

popularité déclinant,--la déduction pour le commerce,--les pertes

presque constantes,--les contre-façons,--les éditions en pays

étranger,--les critiques sévères, etc., etc., etc., et autres phrases et

doléances oratoires;--je laisse à Douglas, qui est un orateur, le soin

d'y répondre.

»Vous pourrez exprimer plus librement toutes ces raisons à une tierce

personne, tandis qu'entre vous et moi elles pourraient faire échanger

quelques mots piquans qui n'orneraient pas nos archives.

»Je suis fâché pour la reine, et cela plus que vous ne l'êtes.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 279 / 366 题