À M. MURRAY.

Ravenne, 30 juillet 1821.

«Je vous envoie ci-joint la meilleure histoire sur le doge Faliero; elle

est tirée d'un vieux manuscrit, et je ne l'ai que depuis quelques jours.

Faites-la traduire et adjoignez-la en forme de note à la prochaine

édition. Vous serez peut-être content de voir que la manière dont j'ai

conçu le caractère du doge est conforme à la vérité; je regrette

néanmoins de n'avoir pas eu cet extrait auparavant. Vous verrez que

Faliero dit lui-même ce que je lui fais dire sur l'évêque de Trévise.

Vous verrez aussi que «il parla très-peu et ne laissa échapper que des

paroles de colère et de dédain» après qu'il eut été arrêté, ce qu'il

fait aussi dans la pièce, excepté quand il éclate à la fin du cinquième

acte. Mais son discours aux conspirateurs est meilleur dans le manuscrit

que dans la pièce; je regrette de ne pas l'avoir connu à tems. N'oubliez

pas cette note, avec la traduction.

»Dans une ancienne note de _Don Juan_, j'ai cité, en parlant de

Voltaire, sa phrase fameuse: «Zaïre, tu pleures,» c'est une erreur;

c'est: «Zaïre, vous pleurez.» Songez à corriger la citation.

»Je suis tellement occupé ici pour ces pauvres proscrits, qui sont

dispersés en exil çà-et-là, et à essayer d'en faire rappeler

quelques-uns, que j'ai à peine assez de tems ou de patience pour écrire

une courte préface pour les deux pièces: toutefois je la ferai en

recevant les prochaines épreuves.

»Tout à vous à jamais, etc.

»_P. S._ Veuillez joindre, à la première occasion, la lettre sur

l'Hellespont comme note aux vers sur Léandre, etc., dans _Childe

Harold_. N'oubliez pas cela au milieu de votre multitude d'occupations,

que je songe à célébrer dans une ode dithyrambique à Albemarle-Street.

»Savez-vous que Shelley a composé une élégie sur Keats, et qu'il accuse

la _Quarterly_ d'avoir tué ce jeune poète.

Qui tua John Keats?

«Moi, dit la _Quarterly_,

Farouche comme un Tartare;

C'est un de mes exploits!»

Qui décocha la flèche?--

Le poète-prêtre Milman,

(Toujours prêt à tuer son homme),

Ou Southey ou Barrow.

»Vous savez bien que je n'approuvais pas la poésie de Keats, ni ses

théories poétiques, ni son injurieux mépris pour Pope; mais puisqu'il

est mort, omettez tout ce que je dis sur son compte dans mes écrits,

soit manuscrits, soit déjà publiés. Son _Hypérion_ est un beau monument

et conservera son nom. Je ne porte pas envie à celui qui a écrit

l'article;--vous autres écrivains des _Revues_, vous n'avez pas plus le

droit de meurtre que les voleurs de grand chemin; mais, à la vérité,

celui qui est mort pour un article de critique serait probablement mort

pour toute autre cause non moins triviale. La même chose arriva presque

à Kirke White, qui mourut ensuite de consomption.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 271 / 366 题