À M. MURRAY.

Ravenne, 22 juillet 1821.

«L'imprimeur a fait un miracle;--il a lu ce que je ne puis lire

moi-même,--mon écriture.

»Je m'oppose au délai jusqu'à l'hiver; je désire particulièrement que

l'on imprime tandis que les théâtres d'hiver sont fermés, afin de gagner

du tems au cas que les directeurs ne nous jouent le même tour de

politesse. Toute perte sera prise en considération dans notre contrat,

quelle qu'en soit l'occasion, soit la saison, soit autre chose; mais

imprimez et publiez.

»Je crois qu'il faudra avouer que j'ai plus d'un style. Sardanapale,

toutefois, est presque un personnage comique; mais ainsi est Richard

III. Faites attention que les trois unités sont mon principal but. Je

suis charmé de l'approbation de Gifford; quant à la foule, vous voyez

que j'ai eu en vue toute autre chose que le goût du jour pour

d'extravagans «coups de théâtre.» Toute perte probable, comme je vous

l'ai déjà dit, sera évaluée dans nos comptes. Les _Revues_ (excepté une

ou deux, le _Blackwood Magazine_, par exemple) sont assez froides; mais

ne songez plus aux journalistes,--je les ferai marcher droit, si je me

le mets en tête. J'ai toujours trouvé les Anglais plus vils en certains

points que toute autre nation. Vous vous étonnez de mon assertion, mais

elle est vraie quant à la reconnaissance,--peut-être est-ce parce que

les Anglais sont fiers, et que les gens fiers haïssent les obligations.

»La tyrannie du gouvernement éclate ici. On a exilé environ mille

personnes des meilleures familles des états romains. Comme plusieurs de

mes amis sont de ce nombre, je songe à partir aussi, mais pas avant que

je n'aie reçu vos réponses. Continuez de m'adresser vos lettres ici,

comme d'ordinaire, et le plus vite possible. Ce que vous ne serez pas

fâché d'apprendre, c'est que les pauvres de l'endroit, apprenant que

j'avais l'intention de partir, ont fait une pétition au cardinal pour le

prier de me prier de rester. Je n'ai entendu parler que de cela il y a

un ou deux jours; et ce n'est un déshonneur ni pour eux ni pour moi;

mais cette démarche aura mécontenté les hautes autorités, qui me

regardent comme un chef de charbonniers. On a arrêté un de mes

domestiques pour une querelle dans la rue avec un officier (on a pris

sur un autre des couteaux et des pistolets); mais comme l'officier

n'était pas en uniforme, et qu'il était d'ailleurs dans son tort, mon

domestique, sur ma vigoureuse protestation, a été relâché. Je n'étais

pas présent à la bagarre, qui arriva de nuit près de mes écuries. Mon

homme (qui est un Italien), d'un caractère brave et peu endurant, aurait

tiré une cruelle vengeance, si je ne l'en eusse pas empêché. Voici ce

qu'il avait fait: il avait tiré son _stiletto_, et, sans les passans, il

aurait fricassé le capitaine, qui, à ce qu'il paraît, fit triste figure

dans la querelle, qu'il avait cependant provoquée. L'officier s'était

adressé à moi, et je lui avais offert toute sorte de satisfaction, soit

par le renvoi de l'homme, soit autrement, puisque l'homme avait tiré son

couteau. Il me répondit que des reproches seraient suffisans. Je fis des

reproches au domestique; et cependant, après cela, le misérable chien

alla se plaindre au gouvernement,--après avoir dit qu'il était

complètement satisfait. Cela me mit en colère, et j'adressai une

remontrance qui eut quelque effet. Le capitaine a été réprimandé, le

domestique relâché, et l'affaire en est restée là.»

Parmi les victimes de «la noire sentence» et de la proscription par

laquelle les maîtres de l'Italie, comme il appert des lettres

précédentes, se vengeaient maintenant de leur dernière alarme sur tous

ceux qui y avaient contribué, même dans le plus faible degré, les deux

Gamba se trouvèrent nécessairement compris comme chefs présumés des

carbonari de la Romagne. Vers le milieu de juillet, Mme Guiccioli, dans

un profond désespoir, écrivit à Lord Byron pour l'informer que son père,

dans le palais duquel elle résidait alors, venait de recevoir l'ordre

de quitter Ravenne dans les vingt-quatre heures, et que c'était

l'intention de son frère de partir le lendemain matin. Mais le jeune

comte n'avait pas même été laissé tranquille si long-tems, et avait été

conduit par des soldats jusqu'à la frontière; et la comtesse elle-même,

peu de jours après, vit qu'elle devait aussi se joindre aux exilés. La

perspective d'être de nouveau séparée de Byron, semble avoir rendu

l'exil presque aussi terrible que la mort aux yeux de cette noble dame.

«Cela seul», dit-elle dans une lettre à son amant, «manquait pour

combler la mesure de mon désespoir. Venez à mon aide, mon amour, car je

suis dans la plus terrible situation, et sans vous je ne puis me

résoudre à rien. *** vient de me quitter; il était envoyé par *** pour

me dire qu'il faut que je parte de Ravenne avant mardi prochain, parce

que mon mari a eu recours à la cour de Rome pour me forcer de retourner

avec lui ou d'entrer dans un couvent; et la réponse est attendue sous

peu de jours. Je ne dois parler de cela à personne; il faut que je

m'échappe de nuit; car, si mon projet est découvert, on y mettra

obstacle, et mon passeport (que la bonté du ciel m'a permis je ne sais

comment d'obtenir), me sera retiré. Byron! je suis au désespoir!--S'il

faut vous laisser ici sans savoir quand je vous reverrai; si c'est votre

volonté que je souffre si cruellement, je suis résolue à rester. On peut

me mettre dans un couvent; je mourrai,--mais,--mais vous ne pouvez me

secourir, et je ne puis rien vous reprocher. Je ne sais ce qu'on me dit:

car mon agitation m'anéantit;--et pourquoi? ce n'est point parce que je

crains mon danger présent, mais seulement, j'en prends le ciel à témoin,

seulement parce qu'il faut vous quitter.»

Vers la fin de juillet, celle qui écrivait cette lettre si tendre et si

vraie se trouva forcée de quitter Ravenne,--séjour de sa jeunesse, et

maintenant de ses affections,--sans savoir où elle irait, et où elle

retrouverait son amant. Après avoir langui quelque tems à Bologne, dans

la faible espérance que la cour de Rome pourrait encore, par la

médiation de quelques amis, être engagée à rapporter l'arrêt prononcé

contre son père et son frère; cette espérance une fois évanouie, elle

rejoignit enfin ses parens à Florence.

On a déjà vu, par les lettres de Lord Byron, qu'il était lui-même devenu

l'objet des plus vifs soupçons pour le gouvernement, et que c'était même

surtout dans le désir de se débarrasser de lui qu'on avait pris toutes

ces mesures contre la famille Gamba:--attendu qu'on craignait que la

constante bienfaisance qu'il exerçait envers les pauvres de Ravenne ne

lui donnât une dangereuse popularité parmi des hommes non accoutumés à

l'exercice de la charité sur une si large échelle. «Une des principales

causes, dit Mme Guiccioli, de l'exil de mes parens fut l'idée que Lord

Byron partagerait l'exil de ses amis. Déjà le gouvernement voyait d'un

mauvais oeil le séjour de Lord Byron à Ravenne; on connaissait ses

opinions; on craignait son influence, et on s'exagérait même l'étendue

de ses moyens d'action. On s'imaginait qu'il avait donné l'argent pour

l'achat des armes, etc., et qu'il avait fourni à tous les besoins

pécuniaires de la société. La vérité est que lorsqu'il était invité à

exercer sa bienfaisance, il ne s'enquérait point des opinions politiques

ou religieuses de ceux qui réclamaient son aide: tous les hommes

malheureux et indigens avaient un droit égal à sa bienveillance. Les

anti-libéraux cependant s'étaient fermement persuadés qu'il était le

principal soutien du libéralisme en Romagne, et désiraient qu'il s'en

allât; mais n'osant pas exiger directement son départ, ils espéraient

pouvoir indirectement le forcer à cette mesure[135].»

[Note 135: Una delle principali ragioni per cui si erano esigliati i

miei parenti, era la speranza che Lord Byron pure lascerebbe la Romagna

quando i suoi amici fossero partiti. Già da qualche tempo la permanenza

di Lord Byron in Ravenna era mal gradita dal governo, conoscendo si le

sue opinioni, e temendosi la sua influenza, ed esaggerandosi anche i

suoi mezzi per esercitarla. Si credeva che egli somministrasse danaro

per provvedere armi, che provvedesse ai bisogni della società. La verità

era che nello spargere le sue beneficenze egli non s'informava delle

opinioni politiche e religiose di quello che aveva bisogno del suo

soccorso; ogni misero ed ogni infelice aveva un eguale diritto alla sua

generosità. Ma in ogni modo gli anti-liberali lo credevano il principale

sostegno del liberalismo della Romagna, e desideravano la sua partenza;

ma non osando provocarla in nessun modo diretto, speravano di ottenerla

indirettamente.]

Après avoir donné les détails de son propre départ, la comtesse

continue: «Lord Byron cependant resta à Ravenne, ville déchirée par

l'esprit de parti, ville où il avait certainement, à cause de ses

opinions, bon nombre d'ennemis fanatiques et perfides; et mon

imagination me le peignait toujours au milieu de mille dangers. On peut

donc concevoir ce que fut pour moi ce voyage, et ce que je souffris si

loin de Lord Byron. Ses lettres m'auraient consolé; mais il y avait deux

jours d'intervalle entre l'instant où il me les écrivait et celui où je

les recevais. Cette idée empoisonnait toute la consolation qu'elles

auraient pu me donner, et par conséquent mon coeur était déchiré par les

craintes les plus cruelles. Cependant il était nécessaire, pour son

propre honneur, qu'il restât encore quelque tems à Ravenne, afin que

l'on ne pût pas dire qu'il avait été banni aussi. D'ailleurs il avait

conçu une grande affection pour la ville même, et il désirait, avant

d'en partir, épuiser tous les moyens de procurer le rappel de mes

parens[136].»

[Note 136: Lord Byron restava frattanto a Ravenna, in un paese

sconvolto dai partiti, e dove aveva certamente dei nemici di opinioni

fanatiche perfidi, e la mia imaginazione me lo dipingeva circondato

sempre da mille pericoli. Si può dunque pensare cosa dovesse essere

cruel viaggio per me, e cosa io dovessi soffrire nella sua lontananza.

Le sue lettere avrebbero potuto essermi di conforto; ma quando io le

riceveva, era già trascorso lo spazio di due giorni dal momento in cui

furono scritte, e questo pensiero distruggeva tutto il bene che esse

potevano farmi, e la mia anima era lacerata dai più crudeli timori.

Frattanto era necessario per la di lui convenienza che egli restasse

ancora qualche tempo in Ravenna affinchè non avesse a dirsi che egli

pure ne era esigliato; ed oltre ciò egli si era sommamente affezionato à

quel soggiorno, e voleva innanzi di partire vedere esauriti tutti i

tentativi e tutte le speranze del ritorno dei miei parenti.]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 267 / 366 题