À M. MOORE.

Ravenne, 4 juin 1821.

«Vous ne m'avez pas écrit dernièrement, quoiqu'il soit d'usage entre

littérateurs bien élevés de consoler ses amis par ses observations dans

les cas d'importance. Je ne sais si je vous ai envoyé mon _élégie sur le

rétablissement de lady_ ***[131].

Voyez les félicités de mon fortuné sort,

Ma pièce tombe, et non pas lady ***.

[Note 131: Le nom a été supprimé par Moore, comme tous ceux qui sont

remplacés par des astérisques. Il est facile de voir que c'est ici Lady

Noël. (_Note du Trad._) ]

»Les journaux (et peut-être votre correspondance.) vous auront fait

connaître la conduite dramatique du directeur Elliston. Il est

présumable que la pièce a été arrangée pour le théâtre par M. Dibdin,

qui remplit l'office de tailleur dans les occasions semblables, et qui

aura pris mesure avec son exactitude ordinaire. J'apprends que l'on

continue toujours à me jouer,--trait d'entêtement dont je me console un

peu en pensant qu'il aura vidé la bourse du discourtois histrion.

»Vous serez étonné d'apprendre que j'ai fini une autre tragédie en cinq

actes, dans laquelle j'ai observé strictement toutes les unités. Elle a

pour titre _Sardanapale_, et je l'ai envoyée en Angleterre par le

dernier courrier. Elle n'est pas plus pour le théâtre que la première

n'y fut destinée,--et je prendrai cette fois plus de précautions pour

empêcher qu'on ne s'en empare.

»Je vous ai aussi envoyé, il y a quelques mois, une nouvelle lettre sur

Bowles, etc.; mais il paraît à tel point touché des égards (c'est son

expression) que j'eus pour lui dans la première épître, que je ne suis

pas sûr de publier celle-ci, qui est un peu trop pleine de phrases

«récréatives et surabondantes.» J'apprends par des lettres particulières

de M. Bowles, que c'est vous qui étiez l'illustre littérateur en

astérisques[132]. Qui donc y aurait songé? Vous voyez quel mal ce

révérend personnage a fait en imprimant les notes sans nom. Comment

diable pouvais-je supposer que les premiers quatre astérisques

désignaient Campbell et non Pope, et que le nom laissé en blanc était

celui de Thomas Moore? Vous voyez ce qui résulte d'être en intimité avec

des ecclésiastiques. Les réponses de Bowles ne me sont pas parvenues,

mais je sais d'Hobhouse, que lui (Hobhouse) y a été attaqué. En ce cas,

Bowles aurait rompu la trève (que, par parenthèse, il avait lui-même

proclamée), et il me faut avoir encore un démêlé avec lui.

[Note 132: M. Bowles avait cité à son appui une phrase d'une lettre

particulière de Moore, en l'annonçant comme l'opinion d'un illustre

littérateur, mais en remplaçant le nom par des astérisques; Byron avait

fait là-dessus force plaisanteries. (_Note du Trad._)]

»Avez-vous reçu mes lettres avec les deux ou trois dernières feuilles

des mémoires?

»Il n'y a point ici de nouvelles très-intéressantes. Un espion allemand

(se vantant de l'être) a reçu un coup de poignard la semaine dernière,

mais le coup n'était pas mortel. Dès l'instant où j'appris qu'il s'était

laissé aller à cette vanterie fanfaronne, il fut aisé pour moi, comme

pour tout autre, de prédire ce qui lui adviendrait; c'est ce que je fis,

et il reçut le coup deux jours après.

»L'autre nuit, une querelle sur une dame de l'endroit, entre ses divers

amans, a occasioné à minuit une décharge de pistolets, mais personne n'a

été blessé. Ç'a été toutefois un grand scandale:--la dame est plantée

là par son amant,--pour être rebutée par son mari, pour cause

d'inconstance à son légitime _servente_; elle s'est retirée toute

confuse à la campagne, quoique nous soyons dans le fort de la saison de

l'opéra. Toutes les femmes sont furieuses contre elle (attendu qu'elle

était médisante) pour s'être laissée ainsi découvrir. C'est une jolie

femme,--une comtesse ***,--un beau vieux nom visigoth ou ostrogoth.

»Et les Grecs! Qu'en pensez-vous? Ce sont mes vieilles

connaissances;--mais je ne sais que penser. Espérons, néanmoins.

»Tout à vous.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 253 / 366 题