À M. HOPPNER.

Ravenne, 25 mai 1821.

«Je suis très-content de ce que vous me dites de la Suisse, et j'y

réfléchirai. Je préférerais que ma fille s'y mariât plutôt qu'ici pour

cette raison. Quant à la fortune,--je lui en ferai une avec tout ce que

je pourrai épargner (si je vis, et qu'elle se conduise bien); et si je

meurs avant qu'elle soit établie, je lui ai laissé par testament cinq

mille livres sterling, ce qui est, hors d'Angleterre, une assez jolie

somme pour un enfant naturel. J'y ajouterai tout ce que je pourrai, si

les circonstances me le permettent; mais, sans doute, cela est

très-incertain, comme toutes les choses humaines.

»Vous m'obligerez beaucoup d'employer votre intervention pour rétablir

les faits relatifs à la représentation, attendu que ces coquins

paraissent organiser un système d'outrages contre moi, parce que je suis

sur leur liste. Je me soucie peu de leur critique, mais c'est un point

de fait. J'ai composé quatre actes d'une autre tragédie: ainsi vous

voyez qu'ils ne peuvent m'effrayer.

»Vous savez, je présume, qu'ils ont actuellement une liste de tous les

individus, résidant en Italie, qui ne les aiment pas:--la liste doit

être longue. Leurs soupçons et leurs alarmes actuelles sur ma conduite

et sur mes intentions présumées dans le dernier mouvement, ont été

vraiment ridicules,--quoique, pour ne pas vous abuser, je m'y sois un

peu mêlé. Ils ont cru ici, et croient encore ou affectent de croire, que

c'est moi qui ai dressé le plan entier du soulèvement, et qui ai fourni

les moyens, etc. Tout ceci a été fomenté par les agens des barbares. Ils

sont ici fort nombreux, et, par parenthèse, l'un d'eux a reçu hier un

coup de poignard; mais peu dangereux;--et quoique le jour où le

commandant a été tué devant ma porte, en décembre dernier, je l'aie fait

transporter dans ma maison, coucher dans le lit de Fletcher; et lui aie

fait donner tous les secours jusqu'au dernier moment; quoique personne

n'eût osé lui donner asyle chez soi, et qu'on le laissât périr la nuit

dans la rue; cependant on répandit, il y a trois mois, un papier qui me

dénonçait comme le chef des libéraux, et qui excitait à m'assassiner.

Mais cela ne me fera jamais taire, ni changer mes opinions. Tout cela

est venu des barbares allemands.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 240 / 366 题