À M. MOORE.

Ravenne, 28 avril 1821.

«Vous ne pouvez avoir été plus désappointé que moi-même, ni autant

trompé. Je l'ai été en courant même quelques dangers personnels dont je

ne suis pas encore délivré. Cependant ni le tems ni les circonstances ne

changeront ni mes cris ni mes sentimens d'indignation contre la tyrannie

triomphante. Le dénoûment actuel a été autant l'ouvrage de la trahison

que de la couardise, quoique l'une et l'autre y aient eu leur part. Si

jamais nous nous trouvons ensemble, j'aurai avec vous une conversation

sur ce sujet. À présent, pour raisons évidentes, je ne puis écrire que

peu de chose, vu qu'on ouvre toutes les lettres. On trouvera toujours

dans les miennes mes propres sentimens, mais rien qui puisse servir de

motif à l'oppression d'autrui.

»Vous voudrez bien songer que les Napolitains ne sont maintenant nulle

part plus exécrés qu'en Italie, et ne pas blâmer un peuple entier pour

les vices d'une province. C'est comme si l'on condamnait la

Grande-Bretagne parce qu'on pille des vaisseaux naufragés sur les côtes

de Cornouailles.

»Or maintenant occupons-nous de littérature,--triste chute à la vérité,

mais c'est toujours une consolation. Si «l'occupation d'Othello est

passée» prenons la meilleure après celle-là; et si nous ne pouvons

contribuer à rendre le monde plus libre et plus sage, nous pourrons nous

amuser, nous et ceux qui aiment à s'amuser ainsi. Qu'est-ce que vous

composez à présent? J'ai fait de tems en tems quelques griffonnages, et

Murray va les publier.

»Lady Noël, dites-vous, a été dangereusement malade, mais consolez-vous

en apprenant qu'elle est maintenant dangereusement bien portante.

»J'ai écrit une ou deux autres feuilles de _Memoranda_ pour vous; et

j'ai tenu un petit journal pendant un mois ou deux jusqu'à ce que j'aie

eu rempli le cahier. Puis je l'ai interrompu, parce que les affaires me

donnaient trop d'occupation, et puis, parce qu'elles étaient trop

sombres pour être mentionnées sans un douloureux sentiment. Je serais

charmé de vous envoyer ce petit journal, si j'avais une occasion; mais

un volume, quelque petit qu'il soit, ne passe pas sûrement par la voie

des postes, dans ce pays d'inquisition.

»Je n'ai point de nouvelles. Comme une fort jolie femme assise à son

clavecin me le disait un de nos soirs, avec des larmes dans les yeux,

«hélas! il faut que les Italiens se remettent à faire des opéras», je

crains que cela seul ne soit leur fort, plus les _macaroni_. Cependant,

il y a des ames hautes parmi eux.--Je vous en prie, écrivez-moi.

»Et croyez-moi, etc.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 220 / 366 题