Ravenne, 26 avril 1831.
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»Hé bien! avez-vous publié la tragédie? et la lettre prend-elle?
»Est-il vrai, comme Shelley me l'écrit, que le pauvre John Keats soit
mort à Rome de la _Quarterly-Review_. J'en suis fâché, quoiqu'il eût, à
mon avis, adopté un mauvais système poétique; je sais par expérience,
qu'un article hostile est aussi dur à avaler que la ciguë; et celui
qu'on fit sur moi (et qui produisit _les Poètes anglais_, etc.)
m'abattit,--mais je me relevai; au lieu de me rompre un vaisseau, je bus
trois bouteilles de vin et commençai une réponse, parce que l'article ne
m'avait rien offert qui pût me donner le droit légitime de frapper
Jeffrey d'une façon honorable. Toutefois je ne voudrais pas être
l'auteur de l'homicide article pour tout l'honneur et toute la gloire du
monde, quoique je n'approuve point du tout cette école d'écrivassiers
qui en fait le sujet.
»Vous voyez que les Italiens ont fait une triste besogne--et cela grâce
à la trahison, et à la désunion qui règne entre eux. Cela m'a causé une
grande vexation. Les malédictions accumulées sur les Napolitains par
tous les autres Italiens sont à l'unisson de celles du reste de
l'Europe.
»Tout à vous.
»_P. S._ Votre dernier paquet de livres est en route, mais n'est pas
arrivé: _Kenilworth_ est excellent. Mille remercîmens pour les
portefeuilles, dont j'ai fait présent aux dames qui aiment les gravures,
les paysages, etc. J'ai maintenant un ou deux livres italiens que je
voudrais vous faire passer si j'avais une occasion.
»Je ne suis pas à présent dans le meilleur état de santé,--c'est
probablement le printems qui en est cause; aussi j'ai restreint mon
régime et me suis mis au sel d'Epsom.
»Puisque vous dites que ma prose est bonne, pourquoi ne traitez-vous pas
avec Moore pour la propriété des _Mémoires_?--à la condition expresse
(songez-y bien) qu'ils ne soient publiés qu'après mon décès; Moore a la
permission d'en disposer, et je lui ai conseillé de le faire.