À M. HOPPNER.

Ravenne, 3 avril 1821.

»Mille remercîmens pour la traduction. Je vous ai envoyé quelques

livres, sans savoir si vous les aviez déjà lus ou non;--en tout cas,

vous n'avez pas besoin de les renvoyer. Je vous envoie ci-joint une

lettre de Pise. Je ne me suis jamais épargné ni peine ni dépense pour le

soin de ma fille, et comme elle avait maintenant quatre ans accomplis et

qu'elle devait être tout-à-fait hors de la surveillance des

domestiques,--et comme, d'autre part, un homme qui sans femme est seul à

la tête de sa maison, ne peut donner une grande attention à une

éducation,--je n'ai eu d'autre ressource que de placer l'enfant pour

quelque tems (moyennant une forte pension) dans le couvent de

Bagna-Cavalli (à une distance de douze milles), endroit où l'air est

bon, et où elle fera du moins quelques progrès dans son instruction, et

recevra des principes de morale et de religion. J'avais encore une autre

raison.--Les affaires étaient et sont encore ici dans un état que je

n'ai aucune raison de regarder comme très-rassurant sous le point de vue

de ma sûreté personnelle, et j'ai pensé qu'il vaudrait mieux que

l'enfant fût éloigné de toute chance périlleuse, pour le moment présent.

»Il est également à propos d'ajouter que je n'ai jamais eu ni n'ai

encore l'intention de donner à un enfant naturel une éducation anglaise,

parce qu'avec le désavantage de sa naissance, son établissement à venir

serait deux fois plus difficile. À l'étranger, avec une éducation

conforme aux usages du pays, et avec une part de cinq ou six mille

livres sterling, ma fille pourra se marier fort honorablement. En

Angleterre une pareille dot donnerait à peine de quoi vivre, tandis

qu'ailleurs c'est une fortune. C'est d'ailleurs mon désir qu'Allégra

soit catholique romaine, c'est là la religion que je tiens pour la

meilleure, comme elle est sans contredit la plus ancienne des diverses

branches du christianisme. J'ai exposé mes idées quant à l'endroit où

ma fille est à présent, c'est le meilleur que j'aie pu trouver pour le

moment, mais je n'ai point de prévention en sa faveur.

»Je ne parle pas de politique, parce que c'est un sujet désespérant,

tant que ces faquins auront la faculté de menacer l'indépendance des

états.

»Croyez-moi votre ami pour jamais, et de coeur.

»_P. S._ On annonce ici un changement en France; mais la vérité n'est

pas encore connue.

»_P. S._ Mes respects à Mrs. Hoppner. J'ai la meilleure opinion des

femmes de son pays, et à l'époque de la vie où je suis (j'ai eu

trente-trois ans le 22 janvier 1821), c'est-à-dire, après la vie que

j'ai menée, une _bonne_ opinion est la seule opinion raisonnable qu'un

homme doive avoir sur tout le sexe:--jusqu'à trente ans, plus un homme

peut penser mal des femmes en général, mieux vaut pour lui; plus tard,

c'est une chose sans aucune importance pour elles ou pour lui, qu'il ait

telle ou telle opinion,--son tems est passé, ou du moins doit l'être.

»Vous voyez comme je suis devenu sage.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 210 / 366 题