«J'ai reçu une étrange nouvelle, qui ne peut être plus désagréable à
votre public qu'elle ne l'est à moi-même. Des lettres particulières et
les gazettes me font l'honneur de dire que c'est l'intention de quelques
directeurs de Londres de mettre en scène le poème de _Marino Faliero_,
etc., qui n'a jamais été destiné à cette exposition publique, et qui,
j'espère, ne la subira jamais. Il n'y est certainement pas propre. Je
n'ai jamais écrit que pour le lecteur solitaire, et ne demande d'autres
applaudissemens qu'une approbation silencieuse. Puisque le dessein de
m'amener de force, comme un gladiateur, sur l'arène théâtrale est une
violation de toutes les convenances littéraires, je compte que la partie
impartiale de la presse se rangera entre moi et cette monstrueuse
violation de mes droits; car je réclame comme auteur le droit d'empêcher
que mes écrits ne soient convertis en pièces de théâtre. Je respecte
trop le public pour que cela se fasse de mon gré. Si j'avais recherché
sa faveur, c'eût été par une pantomime.
»J'ai dit que je n'écris que pour le lecteur: je ne puis consentir à
aucun autre genre de publicité, ou à l'abus de la publication de mes
ouvrages dans l'intérêt des histrions. Les applaudissemens d'un
auditoire ne me causeraient point de plaisir; et pourtant, son
improbation pourrait me causer de la peine: les chances ne sont donc pas
égales. Vous me direz peut-être: «Comment est-ce possible? Si
l'improbation de l'auditoire vous cause de la peine, l'approbation ne
pourrait pas vous faire plaisir?» Point du tout: la ruade d'un âne ou la
piqûre d'une guêpe peut être pénible pour ceux qui ne trouveraient rien
d'agréable à entendre l'un braire et l'autre bourdonner.
»La comparaison peut sembler impolie; mais je n'en ai pas d'autre sous
la main, et elle se présente naturellement.»