BYRON.

»_P. S._ M. Turner dit que la traversée d'Europe en Asie est «la partie

la plus aisée de la tâche.» Je doute que Léandre fût de cet avis; car

c'était le retour: toutefois, il y avait plusieurs heures d'intervalle

entre les deux traversées. L'argument de M. Turner que «plus haut ou

plus bas, le détroit s'élargit si considérablement, qu'il y aurait eu

peu d'avantage à s'écarter,» n'est bon que pour de médiocres nageurs; un

homme de quelque habileté et de quelque expérience dans la natation,

aura toujours moins égard à la longueur du trajet qu'à la force du

courant. Si Ekenhead et moi eussions songé à traverser dans le point le

plus étroit, au lieu de remonter jusqu'au cap, nous aurions été

entraînés à Ténédos. Toutefois le détroit ne s'élargit pas

excessivement, même au-dessus ou au-dessous des forts. Comme la frégate

stationna quelque tems dans les Dardanelles, en attendant le firman, je

me baignai souvent dans le détroit après notre traversée, et

généralement sur la côte asiatique, sans apercevoir cette plus grande

force dans le courant par laquelle le voyageur diplomatique excuse son

échec. Notre amusement, dans la petite baie qui s'ouvre immédiatement

au-dessous du fort asiatique, était de plonger pour attraper les tortues

de terre, que nous jetions exprès dans l'eau, et qui, en véritables

amphibies, se traînaient au fond de la mer; cela ne prouve pas une plus

grande violence dans le courant que sur la rive européenne. Quant à la

modeste insinuation que nous choisîmes cette dernière rive comme «plus

facile,» j'en appelle à la décision de M. Hobhouse et au capitaine

Bathurst (le pauvre Ekenhead étant mort). Si nous avions été instruits

de cette prétendue différence du courant, nous en aurions du moins tenté

l'épreuve, et nous n'étions pas gens à renoncer après les vingt-cinq

minutes de l'expérience de M. Turner. Le secret de tout ceci est que M.

Turner a échoué et que nous avons réussi; il est par conséquent

désappointé, et paraît disposé à rabaisser le peu de mérite qu'il peut y

avoir dans notre succès. Pourquoi n'essaya-t-il pas du côté de l'Europe?

S'il y avait réussi, après avoir échoué du côté de l'Asie, son excuse

aurait été meilleure. M. Turner peut trouver tels défauts qu'il lui

plaira dans ma poésie ou ma politique; mais je lui recommande de

renoncer aux réflexions aquatiques, jusqu'à ce qu'il soit capable de

nager «vingt-cinq minutes sans être épuisé,» quoi qu'il soit, je pense,

le premier tory des tems modernes qui ait jamais nagé contre le courant

durant une demi-heure.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 199 / 366 题